"L'argent qui entoure le commerce de cocaïne est énorme", s'insurgeait hier Bart De Wever dans les colonnes du journal néerlandais De Volkskrant. Le bourgmestre d'Anvers compare, sans détour, le port de sa ville à une passoire, où les "requins passent entre les mailles du filet".
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"L'argent qui entoure le commerce de cocaïne est énorme", s'insurgeait hier Bart De Wever dans les colonnes du journal néerlandais De Volkskrant. Le bourgmestre d'Anvers compare, sans détour, le port de sa ville à une passoire, où les "requins passent entre les mailles du filet". L'homme fort de la N-VA va même jusqu'à affirmer l'existence d'un fort impact de ce trafic illégal dans la classe politique. "Cela porte atteinte à la société dans son ensemble. L'influence de ce volume d'argent n'est pas limitée à certains quartiers, mais pourrait s'infiltrer au niveau politique. J'ose le dire: à Anvers, nous sommes à la limite de voir l'influence politique se faire acheter". Des accusations envers le monde politique jugées inapropriées par certains.Toujours est-il que le trafic de cocaïne qui s'organise dans le port d'Anvers ne date pas d'hier. Le phénomène va d'ailleurs crescendo. En 2013, les autorités affirmaient avoir saisi près de 5 tonnes de cocaïne dans l'enceinte portuaire. Trois ans plus tard, en 2016, le bilan se multipliait par six puisqu'on atteignait les 30 tonnes. Début janvier de cette année, c'est une saisie record de 7 tonnes, cachée dans un conteneur transportant des caisses de bananes, qui a été réalisée.Des chiffres qui font du port d'Anvers une des entrées principales de la drogue sur le continent européen. Mais d'où proviennent ces quantités impressionnantes? Les différentes opérations antidrogues montrent qu'il s'agit principalement des arrivages de fruits tropicaux, depuis divers pays d'Amérique du Sud (Colombie, Equateur et Brésil, entre autres), qui sont utilisés par les narcotrafiquants comme "planque" pour y cacher la drogue dans de faux fruits. La preuve en est avec la dernière saisie record à Anvers réalisée dans des boîtes de "bananes". Mais alors, comment stopper l'hémorragie? La problématique est plus que complexe, résultant d'un jeu d'influence, de violence et de corruption... à divers niveaux. Les sommes d'argent sont telles qu'une véritable mafia de la drogue règnerait dans le deuxième port le plus important d'Europe, infiltrant même la police, les employés, la douane, voire les politiques, comme l'affirme Bart De Wever. Véritable poumon économique de la Belgique, le port situé sur l'estuaire de l'Escaut est une des entrées principales de marchandises en Europe, juste derrière celui de Rotterdam. Un trafic énorme... qui rend donc les contrôles plus difficiles à effectuer. Eradiquer l'arrivée de cocaïne à Anvers s'apparenterait donc à chercher une aiguille dans une botte de foin. Mais pourquoi le port belge a-t-il la préférence des narcotrafiquants au détriment de son homologue néerlandais? La raison principale réside dans la configuration du port en tant que telle, celui d'Anvers étant "plus ouvert en comparaison avec Rotterdam qui dispose de terminaux fermés. Rotterdam est aussi très automatisé, cela joue un rôle", souligne Van Den Berghe, coordinateur régional de l'Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime (UNODS), à la VRT. L'UNODS est d'ailleurs un organisme qui travaille en étroite collaboration avec la police fédérale et la douane belge. Tout comme le fait le Container Control Program (CCP), qui, quant à lui, offre une expertise supplémentaire aux autorités. Malgré ces avancées, la police fédérale a continué à formuler plusieurs demandes afin que ses effectifs de contrôles soient renforcés, tant ce "drame social", comme le qualifie la VRT dans un reportage de l'émission Pano, semble en dépasser plus d'un. Dans ce documentaire de la chaîne néerlandophone, on y découvre un sombre milieu clandestin, où des travailleurs du port empochent pas moins de 50.000 euros rien que pour fermer les yeux sur ce trafic. Pire encore, on y voit des mineurs d'âge être payés des milliers d'euros pour complicité. Sorti en décembre dernier, le documentaire a suscité de nombreuses réactions. Dont, déjà, celle de Bart De Wever, qui, à l'époque, avait visé la communauté marocaine, reprochant à certains jeunes d'encourager une "contre-culture renforcée par leur autre origine". "Une ethnicisation du problème est considérée comme déplacée quand on sait qu'il touche tout le monde, allant des grands criminels aux dealers de rue, sans oublier les consommateurs. Les plus fervents amateurs de cette drogue de luxe ne sont d'ailleurs pas les petits délinquants, mais bien les avocats, les diplomates, les médecins et même les responsables politiques et les mères au foyer", lui rétorquait Joyce Azar, journaliste à la VRT. Pour remédier au problème, la solution made in N-VA s'appelle le "Stroomplan" ("Le plan du fleuve, en référence à l'Escaut). Présenté en février dernier par le gouvernement fédéral, ce dernier consiste en une formation d'une nouvelle équipe d'experts, nommé "Kali", et composée de la police fédérale, de la douane, du parquet ainsi que de l'inspection sociale et devrait atteindre 80 personnes. Le but: permettre aux différents niveaux de pouvoir de bénéficier d'une collaboration optimale. Les contrôles seront quant à eux renforcés et de nouvelles pratiques vont voir le jour, comme la mise en place de caméras avec reconnaissance de plaque d'immatriculation, un scanning de containers plus approfondi, une surveillance plus stricte des employés occupant un poste "à risque", ou encore l'amélioration des collaborations avec la DEA (le service de police fédéral américain en charge de la lutte antidrogue) et les autorités des pays sud-américains. Reste à savoir si la "guerre contre la drogue" menée à la façon De Wever fonctionne. Car, à force de se concentrer sur les symptômes, l'homme fort de la N-VA en oublierait peut-être les causes sociales.