La crise du coronavirus, en Belgique comme ailleurs, symbolise le retour en force d'une forme de "lutte des classes" digne de Karl Marx. Les plus démunis sont les plus infectés, les plus exposés, les moins testés, mais ce sont aussi ceux qui vivent confinés dans leurs appartements, frappés de plein fouet par la crise économique et, désormais, interdits de prendre l'air sur certaines plages "nanties" de la côte belge. tandis que les bourgeois profitent de leur jardin avec piscine télétravaillent et se passent leurs congés dans une seconde résidence.
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La crise du coronavirus, en Belgique comme ailleurs, symbolise le retour en force d'une forme de "lutte des classes" digne de Karl Marx. Les plus démunis sont les plus infectés, les plus exposés, les moins testés, mais ce sont aussi ceux qui vivent confinés dans leurs appartements, frappés de plein fouet par la crise économique et, désormais, interdits de prendre l'air sur certaines plages "nanties" de la côte belge. tandis que les bourgeois profitent de leur jardin avec piscine télétravaillent et se passent leurs congés dans une seconde résidence.C'est le ressenti exprimé par beaucoup suite aux incidents de ce week-end à la côte et la décision initiale de plusieurs communes d'interdire le tourisme d'un jour. "La décision d'interdire les touristes d'un jour à la côte est indécente", s'est étranglé dès dimanche Christophe De Beukelaer, député CDH. Et demain on revient au vote censitaire? Ça va trop loin!" Pour rappel, le vote censitaire réservait aux plus nantis le soin d'élire les représentants du peuple jusqu'en 1894.Thierry Dupiereux, responsable de l'information à la Ligue des familles, estimait cela aussi "socialement inacceptable". Dans un long texte publié sur le site de la Ligue, il dénonce un "tourisme de classe" pour la mer : "Sous le couvert de mesures anti-covid, il faut bien admettre que priver de plage ceux qui ne peuvent s'offrir qu'un jour de mer à quelque chose d'interpellant. La plage devient réservée aux vacanciers qui ont eu une seconde résidence ou ont les moyens de se payer un appartement ou une chambre d'hôtel. La mesure prend des allures de 'mesure de classe'."En Belgique, cette "lutte des classes" prend rapidement une connotation potentiellement communautaire. Aux yeux de certains élus flamands ces casseurs ayant provoqué des troubles à Blankenberge viennent "forcément" de Bruxelles où la fracture sociale se creuse. Et la côte, avec ses baronnies locales, ressemblerait forcément à cette Région mal gérée.Le symbole de la côte qui se barricade contre cette "horde de gueux" n'est autre que le comte Léopold Lippens, bourgmestre CD&V de Knokke. Cette commune est de tout temps caricaturée pour accueillir les nantis et leurs grosses voitures. "Si je continue à laisser entrer les gens, je ne peux pas garantir la sécurité ici", a justifié lundi le bourgmestre. Au lendemain des incidents de Blankenberge et après avoir déjà appelé les Belges à ne pas se rendre à la mer la veille du week-end. L'homme dit avoir une "stratégie" pour sa ville et certains lui reprochent de vivre au siècle passé.Cette séquence au coeur de l'été n'est pas sans rappeler celle qui s'est déroulée au printemps. Mi-mai, les autorités ont décidé d'autoriser les propriétaires de seconde résidence à se rendre chez eux, une décision tombée de nulle part au début du déconfinement, suite à des pressions des ministres régionaux N-VA Jan Jambon et Zuhal Demir. "Encore les privilégiés...", s'exaspérait-on sur les réseaux sociaux en rappelant que... les plaines de jeux, elles restaient fermées. "Assez de clichés, il y a aussi les caravanes", répliquait alors le Première ministre, Sophie Wilmès... dont on rappelait qu'elle adore Knokke. Avant cela, plusieurs journaux de confinement, rédigés par de grands noms de la littérature française, Leïla Slimani ou Marie Darrieussecq, avaient suscité des commentaires sarcastiques et de nombreuses parodies sur les réseaux sociaux. Le ton détaché, poétique et franchement hors contexte - genre "j'ai dit à mes enfants que c'était un peu comme dans la Belle au bois dormant" - avait témoigné d'une certaine intelligentsia coupée de la réalité de bien des citoyens. "Hâte de lire les journaux de confinement de celles et ceux qui vivent dans des petits appartements sans maison de campagne, de celles qui ne supportent déjà plus leurs enfants, raillait Lola Lafon écrivaine elle aussi. De ceux et celles qui vivent dans les quartiers populaires etc.". Parodie publiée sur le site de la RTBF : "Premier jour de notre confinement à Bora Bora. J'entends le chant des oiseaux envahir la lagune". "Un certain romantisme de la claustra révèle les fractures sociales et culturelles", constate France Culture en parlant explicitement de "lutte des classes".Evidemment, le coeur de cette "lutte des classes" version coronavirus réside déjà dans son point de départ : les métiers de première ligne (infirmiers, pompiers, policiers, caissiers...) sont mobilisés, tandis que les autres peuvent se "réfugier" dans le confort du télétravail. "Les classes sociales, à savoir le fait d'occuper une position comparable dans les activités économiques et la propriété, de se situer par rapport à d'autres groupes sociaux, de partager une représentation commune des choses, est une réalité d'observation", soulignait en mars Mateo Alaluf, professeur à l'ULB, spécialiste de la sociologie du travail. "On perçoit bien aujourd'hui que des groupes sociaux sont positionnés différemment dans cette crise, complétait Isabelle Ferreras, professeure de sociologie à l'UCLouvain et chercheuse associée à l'Université d'Harvard. Des interviews réalisées par Le Soir qui évoquaient, déjà, un parfum de "lutte des classes".Ce n'est évidemment pas fini: les conséquences graves de la crise économique et sociale qui débutent risquent bien de toucher en premier lieu les plus démunis.