Nous entrons dans un monde très différent, où la sphère privée diminue radicalement et risque même de mourir si nous n'y prêtons pas attention. L'omniprésence non seulement de l'Internet, mais aussi des smartphones, des satellites, des caméras, et maintenant la multiplication des drones et des objets connectés nous enserre comme dans une prison virtuelle. A cela s'ajoute la puissance sans cesse croissante des bigdata, robots et algorithmes qui analysent et contrôlent de plus en plus notre existence quotidienne, souvent à notre insu.
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Nous entrons dans un monde très différent, où la sphère privée diminue radicalement et risque même de mourir si nous n'y prêtons pas attention. L'omniprésence non seulement de l'Internet, mais aussi des smartphones, des satellites, des caméras, et maintenant la multiplication des drones et des objets connectés nous enserre comme dans une prison virtuelle. A cela s'ajoute la puissance sans cesse croissante des bigdata, robots et algorithmes qui analysent et contrôlent de plus en plus notre existence quotidienne, souvent à notre insu. Dans cette mutation, plusieurs modèles de société apparaissent. Le premier est la Chine, où l'Etat utilise sans limite toutes les possibilités de la surveillance digitale. Le Xinjiang, où sévissent le contrôle des ordinateurs, des smartphones, des lectures, ainsi qu'une reconnaissance faciale généralisée, fournit un exemple extrême de ces dérives. Le deuxième modèle est celui des Etats-Unis. Là, ce sont d'abord les entreprises privées qui mènent la surveillance et utilisent par ailleurs les données personnelles largement à leur gré (L'Etat s'en sert à l'occasion pour des motifs de sécurité, mais, en même temps, laisse sa régulation largement captive des grands mastodontes de l'Internet). Le troisième modèle est celui de l'Europe. Notre continent accorde la protection la plus développée aux données des personnes. Voyons par exemple le célèbre règlement de 2016 sur la protection des données individuelles (le fameux RGPD, Le Vif/L'Express du 17 octobre) et les récents jugements de la Cour européenne de justice sur Facebook et Google. Cette protection ne s'avère pas parfaite. Le RGPD, par exemple, constitue un texte trop lourd pour les petits utilisateurs de données, et trop lacunaire pour les grands. En tout cas, si quelqu'un a joué un rôle décisif dans la prise de conscience de l'omniprésence de la surveillance numérique, et donc de la philosophie européenne du sujet, c'est Edward Snowden. Souvenons-nous de la découverte, en 2013, par Angela Merkel du captage de son téléphone par Barack Obama. Personne, même en principe très protégé, n'est à l'abri. Depuis lors, Snowden a dû prendre la fuite. Il a erré de pays en pays, dans une chasse constante, et a fini par échouer en Russie. Depuis lors, il y mène une existence recluse. Encore récemment, Snowden a demandé asile à la France, mais le gouvernement Macron a refusé. La justification du ministre des Affaires étrangères Le Drian prête à rire : " Je ne vois pas aujourd'hui ce qui a changé. " Peut-être devrait-il commencer à lire des ouvrages du xxie siècle. Et se demander comment son propre ministère a pu se laisser voler les données de 500 000 Français à la fin de 2018. Dans le monde des données, précisément, en six ans, tout a changé. Tous les gouvernants européens devraient en tirer la conclusion. Snowden a lâché ses révélations pour une raison de conscience. Il a pris le risque d'une condamnation dans l'intérêt général, a vécu traqué pendant des années et n'en a tiré aucun profit, bien au contraire. Il a suffisamment payé de sa personne. Il devrait être protégé, et d'abord par l'Europe, puisqu'il a tellement fait pour ses valeurs. L'Union européenne devrait se doter d'un statut pour protéger des personnes dans cette situation. En attendant, la Belgique devrait accueillir Snowden.