Et pourtant. Le 7 décembre, l'Union européenne de football dira si, oui ou non, elle croit en la faisabilité d'y construire et finir un stade, conforme aux normes internationales et dans les deux ans et demi. Pour la symbolique, pour de possibles retombées économiques, qu'on espère non exclusivement réservées à quelques entrepreneurs, il faut espérer une décision favorable.
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Et pourtant. Le 7 décembre, l'Union européenne de football dira si, oui ou non, elle croit en la faisabilité d'y construire et finir un stade, conforme aux normes internationales et dans les deux ans et demi. Pour la symbolique, pour de possibles retombées économiques, qu'on espère non exclusivement réservées à quelques entrepreneurs, il faut espérer une décision favorable. Mais, au vu du chemin de croix qu'a emprunté le projet, pas sûr qu'on doive y aspirer. Trop d'acteurs directement ou indirectement liés au dossier (deux communes, deux Régions, deux grands clubs, en plus de l'Union belge de football). Trop d'intérêts divergents, plus ou moins avoués, plus ou moins financiers, plus ou moins communautaires. Trop d'absence du gouvernement fédéral. Tellement, qu'un feu vert de l'UEFA ne garantit pas du tout que ce stade soit érigé dans les temps, selon une volonté la plus largement partagée et avec d'autres perspectives que le seul Euro 2020. Au regard des dernières semaines à Bruxelles, pas certain non plus qu'il faille l'appeler de tous ses voeux. Chaque rassemblement y dégénère en incidents, que nos autorités qualifient rapidement d'émeutes, que les policiers bruxellois ont du mal à contrôler et que les ténors du premier parti du pays, ayant sa mise à mort à son agenda, s'ingénient à utiliser dans le but, au mieux, de discréditer la Région bruxelloise, au pire (pour les francophones) d'en prendre dès que faire se pourra les commandes. On parle ici pourtant de manifestations de quelques centaines de familles sorties fêter une qualification pour un autre tournoi de football, la Coupe du monde 2018 en Russie ; de 300 jeunes aficionados d'un blogueur starlette ; et de quelques milliers de manifestants contre l'esclavage de migrants en Libye. Pas de dizaines de milliers de supporters, avant, pendant et après un match par définition capital pour la survie de leur équipe dans la compétition. Crûment dit : vu la difficulté d'empêcher quelques dizaines de casseurs de s'infiltrer dans des petites concentrations humaines, vu le climat de belle solidarité entre échelons bruxellois (Ville et Région) et fédéral, vu tous les nouveaux fronts sur lesquels doivent s'engager les policiers de la capitale (lutte contre le terrorisme, lutte contre la radicalisation, lutte contre les migrants), mieux vaut espérer que l'Euro 2020 se déroule finalement très loin de Bruxelles. Nos militaires ne diront pas le contraire. Les tunnels, les viaducs, les chaussées, les automobilistes et les habitants de la capitale non plus. Reste l'affront que constitue cette dépendance à l'UEFA. Pour la construction d'un stade. Après trente ans de tergiversations, de bricolages, d'édifices pas encore finis qu'ils sont déjà dépassés ou défectueux. Un affront révélateur : décidément, la Belgique n'a plus les moyens de ses ambitions. Par esprit localiste ou à cause de carcans communautaro-institutionnels, plus rien en fait n'y semble possible. Le prouvent aussi, entre autres, l'échéance sans cesse repoussée de la fin du chantier du RER, le report continuel d'une vraie politique de santé et l'absence totale, permanente, d'une stratégie énergétique. Toujours, se justifie-t-on, parce que tout le monde est compétent mais personne n'est jamais responsable. En vérité, c'est exactement l'inverse.