Au-delà, il y a d'abord le caractère (le poids) du lieu où séjourna la chilienne Victoria Calleja. C'était à Chooz, dans cette petite commue française de moins de mille habitants où la nature ardennaise pourrait être apaisée si elle n'était aussi celle où en 1962, la France construisit son premier réacteur nucléaire.

Puis d'autres, toujours plus puissants. Mais aussi celle où la mémoire s'inscrit jusque dans les sous-sols, gardiens silencieux d'une violence et d'une peur associées aux jours sombres de la seconde guerre mondiale.

L'artiste affronta là le pouvoir déclencheur inhérent à toute expérience aussi banale soit-elle qui, à l'instar des mots, réveille, de manière brutale et soudaine, des souvenirs que l'on croyait enfouis. Imaginez l'artiste. Elle se promène, s'arrête devant un sapin. Pourquoi celui-là ? Pourquoi ce jour-là ? Et soudain lui revient une date : 1973 et avec elle, le bruit des bottes et des mitraillettes, l'assassinat de Salvador Allende, la dictature de Pinochet, les peurs, puis l'exil.

Victoria Calleja avait 15 ans et laissait derrière elle la région de Valparaiso et plus précisément Vina Del Mar, ses douces collines de vignes et ses longues plages, la haute montagne et le Pacifique. La nouvelle vie, à Bruxelles, aurait pu être belle s'il n'y avait eu d'autres épreuves, soudaines et violentes à leur tour.

Mais la vie, ainsi le voulait-elle, serait belle, mordues à pleines dents avec pour la guider, le fusain, l'huile, la toile et le papier. La vie serait toujours devant elle, inaccessible comme elle le déclinera pendant des années dans ses peintures, ses dessins et particulièrement ses petits corps sculptés hérissés de petites pointes qui en interdisaient l'accès.

En choisissant d'aborder le paysage et particulièrement la présence de l'arbre comme sujet, elle quitte l'évidence d'une douleur pour affronter le noeud en elle. Aux antipodes du calme de la nature mosane et à l'ombre des réacteurs nucléaires, ce sont les éblouissements lumineux de la cordillère des Andes qu'elle appelle et qui la portent aujourd'hui à dénouer l'effroi et le rire dont elle est porteuse.

Retrouvez cette à oeuvre à Bruxelles, Galerie Quadri. 105 avenue Marie-Henriette à 1190. Vendredi et samedi de 14h à 18h. Jusqu'au 25 septembre. www.galeriequadri.com

Au-delà, il y a d'abord le caractère (le poids) du lieu où séjourna la chilienne Victoria Calleja. C'était à Chooz, dans cette petite commue française de moins de mille habitants où la nature ardennaise pourrait être apaisée si elle n'était aussi celle où en 1962, la France construisit son premier réacteur nucléaire. Puis d'autres, toujours plus puissants. Mais aussi celle où la mémoire s'inscrit jusque dans les sous-sols, gardiens silencieux d'une violence et d'une peur associées aux jours sombres de la seconde guerre mondiale. L'artiste affronta là le pouvoir déclencheur inhérent à toute expérience aussi banale soit-elle qui, à l'instar des mots, réveille, de manière brutale et soudaine, des souvenirs que l'on croyait enfouis. Imaginez l'artiste. Elle se promène, s'arrête devant un sapin. Pourquoi celui-là ? Pourquoi ce jour-là ? Et soudain lui revient une date : 1973 et avec elle, le bruit des bottes et des mitraillettes, l'assassinat de Salvador Allende, la dictature de Pinochet, les peurs, puis l'exil. Victoria Calleja avait 15 ans et laissait derrière elle la région de Valparaiso et plus précisément Vina Del Mar, ses douces collines de vignes et ses longues plages, la haute montagne et le Pacifique. La nouvelle vie, à Bruxelles, aurait pu être belle s'il n'y avait eu d'autres épreuves, soudaines et violentes à leur tour. Mais la vie, ainsi le voulait-elle, serait belle, mordues à pleines dents avec pour la guider, le fusain, l'huile, la toile et le papier. La vie serait toujours devant elle, inaccessible comme elle le déclinera pendant des années dans ses peintures, ses dessins et particulièrement ses petits corps sculptés hérissés de petites pointes qui en interdisaient l'accès. En choisissant d'aborder le paysage et particulièrement la présence de l'arbre comme sujet, elle quitte l'évidence d'une douleur pour affronter le noeud en elle. Aux antipodes du calme de la nature mosane et à l'ombre des réacteurs nucléaires, ce sont les éblouissements lumineux de la cordillère des Andes qu'elle appelle et qui la portent aujourd'hui à dénouer l'effroi et le rire dont elle est porteuse.