Pourtant, on en est apparemment aux antipodes. D'abord, parce que, ici, il s'agit d'un marcheur alors que dans le tableau de Hambourg, le titre évoque "Un voyageur contemplant une mer de nuages". Certes, ils portent l'un et l'autre un bâton de marche et face à eux, s'étire l'inaccessible montagneux mais Sasha Drutskoy plante l'action sur un chemin de terre alors que Friedrich pose la solitude de son "Wanderer" sur un rocher au-delà duquel on devine un précipice. Ensuite, parce que l'Allemand couvre son paysage de brumes (ailleurs il use de la neige ou de la nuit pour voiler le référent) alors que le peintre russe, aujourd'hui basé à Bruxelles, inscrit la scène dans la limpidité d'un jour lumineux.

Quittons donc le romantisme. Face au spectacle qui s'ouvre devant lui, Le marcheur de Drutskoy ne mesure pas l'incertitude et l'abîme de sa propre existence. Il marche comme Courbet dans "La rencontre" (musée de Montpellier) mais avec à la place du sac à dos, une demeure aux fenêtres occultées qui renverrait plutôt à "la maison de l'opportunité", une suite de dessins de Michael Borremans. Comme chez le peintre flamand, la maison (de poupée ?) aussi étrange qu'impénétrable introduit une irréalité évocatrice du climat des peintures du réalisme magique des années 20-30. Or cette confrontation entre le réalisme et son dépassement (entre absurdité et onirisme), connait un regain d'intérêt et ce depuis quelques années déjà, dans la peinture figurative allemande qu'elle soit de Leipzig (Néo Rauch) ou de Dresde (Volker Stelzman et ses élèves).

Une peinture qui partage avec Drutskoy, le même intérêt pour la pratique picturale lisse, voire laquée héritée de la mimesis néo-classique que, justement, les historiens opposent à l'écriture romantique. Cependant, à la différence des Allemands d'aujourd'hui, Drutskoy n'affronte pas le temps historique mais inscrit plutôt l'action dans une suspension de la temporalité.

Le marcheur passe, riche du seul contenu secret de sa maison et néglige les ruines qu'il dépasse. Seul importe le voyage.

Galerie Nardone. 27 rue Saint-Georges à Bruxelles. Jusqu'au 3 octobre. DU jeudi au samedi de 14h à 18h. www.galerienardone.be

Pourtant, on en est apparemment aux antipodes. D'abord, parce que, ici, il s'agit d'un marcheur alors que dans le tableau de Hambourg, le titre évoque "Un voyageur contemplant une mer de nuages". Certes, ils portent l'un et l'autre un bâton de marche et face à eux, s'étire l'inaccessible montagneux mais Sasha Drutskoy plante l'action sur un chemin de terre alors que Friedrich pose la solitude de son "Wanderer" sur un rocher au-delà duquel on devine un précipice. Ensuite, parce que l'Allemand couvre son paysage de brumes (ailleurs il use de la neige ou de la nuit pour voiler le référent) alors que le peintre russe, aujourd'hui basé à Bruxelles, inscrit la scène dans la limpidité d'un jour lumineux. Quittons donc le romantisme. Face au spectacle qui s'ouvre devant lui, Le marcheur de Drutskoy ne mesure pas l'incertitude et l'abîme de sa propre existence. Il marche comme Courbet dans "La rencontre" (musée de Montpellier) mais avec à la place du sac à dos, une demeure aux fenêtres occultées qui renverrait plutôt à "la maison de l'opportunité", une suite de dessins de Michael Borremans. Comme chez le peintre flamand, la maison (de poupée ?) aussi étrange qu'impénétrable introduit une irréalité évocatrice du climat des peintures du réalisme magique des années 20-30. Or cette confrontation entre le réalisme et son dépassement (entre absurdité et onirisme), connait un regain d'intérêt et ce depuis quelques années déjà, dans la peinture figurative allemande qu'elle soit de Leipzig (Néo Rauch) ou de Dresde (Volker Stelzman et ses élèves). Une peinture qui partage avec Drutskoy, le même intérêt pour la pratique picturale lisse, voire laquée héritée de la mimesis néo-classique que, justement, les historiens opposent à l'écriture romantique. Cependant, à la différence des Allemands d'aujourd'hui, Drutskoy n'affronte pas le temps historique mais inscrit plutôt l'action dans une suspension de la temporalité. Le marcheur passe, riche du seul contenu secret de sa maison et néglige les ruines qu'il dépasse. Seul importe le voyage.