D'une part donc, l'iconographie avec cette association d'un visage et de son "double inversé" qui, à la façon d'un masque, s'accole à l'arrière du crâne du premier en usant d'une "perspective dépravée". Comme si à l'esthétique réaliste de l'un, répondait les ruses de l'art et son pouvoir à pointer l'illusion. De l'autre, une technique qui n'est pas sans évoquer une familiarité avec l'art ancien.

Or, si Sergio Bravo vit et travaille aujourd'hui à Milan (et son fameux musée Brera où est logée l'académie de dessin), c'est à Bergame qu'il a grandi et appris l'art de dessiner avec, dans les yeux, les oeuvres de son plus grand peintre, Lorenzo Lotto (1480-1556). Or, ce peintre-phare du XVIe siècle, entremêlant avec raffinement, les influences vénitiennes et nordiques, privilégie comme Bravo, sur fond de lumière vibrante, des figures angéliques androgynes et l'un ou l'autre détail incongru tout en travaillant, picturalement, sur la production d'un trouble indistinct qui rejette, comme dans ce dessin de Bravo, l'oeuvre hors du temps et du monde réel.

Mais, pour obtenir cet effet, l'artiste contemporain s'en remettant aux seuls pouvoirs du dessin, opte d'abord pour un support particulier, une feuille de polyester qui partage avec le papier calque, une identique translucidité. Pour en révéler le pouvoir numineux, Bravo ruse en présentant ce support dans une boîte au fond de laquelle, il fixe un miroir qui demeurera dissimulé au spectateur. Du coup, la lumière, du jour, traverse doublement l'oeuvre en conférant, une fois encore, une apparence quasi-religieuse d'espace non mesurable.

Enfin, sur cette insaisissable profondeur, il travaille avec une très fine mine de graphite et peaufine les détails avec un outil extrêmement exigeant, la pointe d'argent. Une technique qui donne au tracé une précision d'orfèvre et qu'on apprécie entre autres dans les dessins de Van Eyck, Dürer ou encore Leonard de Vinci. Enfin, il s'agirait d'évoquer la présentation du dessin. Suspendu à l'extrémité tronquée d'une pyramide visuelle, il s'offre ainsi, à la hauteur des yeux, mais au milieu de l'espace, à la façon d'un écran d'ordinateur afin, peut-être, d'attirer les yeux du visiteur et surtout, de le retenir... comme ils peuvent être retenus face au spectacle de la "mer", le titre choisi par Sergio Bravo pour cette oeuvre.

Bruxelles, MLF Galleria. 13rue Saint-Georges (1050). Jusqu'au 16 décembre. Du mardi au samedi de 10h à 18h. www.galleriamlf.com

D'une part donc, l'iconographie avec cette association d'un visage et de son "double inversé" qui, à la façon d'un masque, s'accole à l'arrière du crâne du premier en usant d'une "perspective dépravée". Comme si à l'esthétique réaliste de l'un, répondait les ruses de l'art et son pouvoir à pointer l'illusion. De l'autre, une technique qui n'est pas sans évoquer une familiarité avec l'art ancien. Or, si Sergio Bravo vit et travaille aujourd'hui à Milan (et son fameux musée Brera où est logée l'académie de dessin), c'est à Bergame qu'il a grandi et appris l'art de dessiner avec, dans les yeux, les oeuvres de son plus grand peintre, Lorenzo Lotto (1480-1556). Or, ce peintre-phare du XVIe siècle, entremêlant avec raffinement, les influences vénitiennes et nordiques, privilégie comme Bravo, sur fond de lumière vibrante, des figures angéliques androgynes et l'un ou l'autre détail incongru tout en travaillant, picturalement, sur la production d'un trouble indistinct qui rejette, comme dans ce dessin de Bravo, l'oeuvre hors du temps et du monde réel. Mais, pour obtenir cet effet, l'artiste contemporain s'en remettant aux seuls pouvoirs du dessin, opte d'abord pour un support particulier, une feuille de polyester qui partage avec le papier calque, une identique translucidité. Pour en révéler le pouvoir numineux, Bravo ruse en présentant ce support dans une boîte au fond de laquelle, il fixe un miroir qui demeurera dissimulé au spectateur. Du coup, la lumière, du jour, traverse doublement l'oeuvre en conférant, une fois encore, une apparence quasi-religieuse d'espace non mesurable. Enfin, sur cette insaisissable profondeur, il travaille avec une très fine mine de graphite et peaufine les détails avec un outil extrêmement exigeant, la pointe d'argent. Une technique qui donne au tracé une précision d'orfèvre et qu'on apprécie entre autres dans les dessins de Van Eyck, Dürer ou encore Leonard de Vinci. Enfin, il s'agirait d'évoquer la présentation du dessin. Suspendu à l'extrémité tronquée d'une pyramide visuelle, il s'offre ainsi, à la hauteur des yeux, mais au milieu de l'espace, à la façon d'un écran d'ordinateur afin, peut-être, d'attirer les yeux du visiteur et surtout, de le retenir... comme ils peuvent être retenus face au spectacle de la "mer", le titre choisi par Sergio Bravo pour cette oeuvre.