Patrick Dewael est un vieux renard de la politique belge. Un libéral convaincu et l'un des principaux adversaires de la montée des pensées liberticides au nord du pays. Ce jeudi après-midi, c'est à lui que revenait l'honneur de présider la séance de rentrée de la Chambre, après les élections du 26 mai.

Le moment risquait d'être sensible, avec l'arrivée de nombreux parlementaires, dont pas moins de dix-huit représentants du Vlaams Belang. En outre, à ses côtés à la tribune, l'un des jeunes premiers aurait dû être Dries Van Langenhove, élu à titre indépendant sur les listes du Vlaams Belang et récemment inculpé pour ses activités de Schild & Vrienden. Que de palabres depuis des jours à cette perspective, entre volonté personnelle de ne pas prêter serment (la coprésidente Ecolo Zakia Khattabi) ou de manifester de façon symbolique sa désapprobation (à peu près tous, en arborant le triangle rouge des Territoires de la mémoire, contre l'extrême droite). Un incident était à craindre.

On connaît Patrick Dewael pour sa verve, son verbe haut et ses longues tirades pour défendre la liberté. Cette fois, pourtant, il a, au contraire, fait dans la sobriété. Comme le lui permet le règlement, il a tout simplement ouvert la séance... depuis son siège ("là où j'ai été élu"), sans monter à la tribune, et donc sans appeler son collègue d'extrême droite. C'est le geste de résistance le plus sobre que l'on pouvait imaginer, une astuce d'une intelligence redoutable, applaudie par tout l'hémicycle, sauf par le Vlaams Belang.

Sans un cri, sans une image forte, le sage du libéralisme a donné au temple de la démocratie ce qu'il lui fallait en ce jour de rentrée : la plus grande sérénité possible. Chapeau bas.