Faudrait quand même pas qu'ils aient l'extravagance d'offrir un Croc'hippo bleu à leur princesse. Dans cette grande surface, pourtant, celui-là leur aurait coûté deux euros de moins. Sans doute le premier permet-il aux nouveau-nés de mieux se faire les dents.
...

Faudrait quand même pas qu'ils aient l'extravagance d'offrir un Croc'hippo bleu à leur princesse. Dans cette grande surface, pourtant, celui-là leur aurait coûté deux euros de moins. Sans doute le premier permet-il aux nouveau-nés de mieux se faire les dents. Le champagne Pop it's a girl doit pétiller davantage, pour trois euros de plus la bouteille que le Pop it's a boy. Il doit y avoir plus de Lego dans les sacs roses " Mega blocks ", qui coûtent quinze euros là où les bleus se vendent douze. Le son d'un lecteur radio Bigben Sound rose doit être bien plus pur que celui qui est diffusé par un bleu, pour dix euros de différence. Les laxatifs " Women gentle tablets ", à 12,30 euros, doivent vachement mieux liquéfier que les simples " Gentle tablets " à 5,96 (1). Mince, il fallait le dire direct qu'elle était objectivement justifiée, cette taxe rose ! Ça aurait évité à toutes ces féministes de s'échiner à dénoncer le marketing genré. Elles n'avaient donc rien compris, celles du collectif Georgette Sand, les premières en France à s'offusquer, il y a quelques années, de ce qu'outre-Atlantique d'autres ont surnommé la " woman tax ". En 2012, le magazine Forbes avait même estimé que celle-ci tournait autour des 1 400 dollars l'année. Fake news, encore ! C'est vrai que, tout bien réfléchi, il n'y avait aucune raison qu'une femme paie son déo, son rasoir, son bain douche davantage qu'un homme. Ou que, dans les pressings, leurs chemisiers s'entretiennent plus cher que leurs chemises. Un col, deux manches, quatre pans, ça se repasse pareil. Des cheveux aussi, techniquement, ça se coupe toujours avec des ciseaux. Quelle drôle d'idée, celle de ceux qui rêveraient de coiffeurs paritaires travaillant selon un tarif horaire. Et puis, impossible, vraiment, que toute cette taxe rose concerne aussi les enfants. Ce serait indécent qu'un même jouet, qu'une même friandise, qu'un même tube de colle, qu'un même lange coûte quelques euros supplémentaires parce qu'estampillé de fées plutôt que de super-héros. C'est pas comme si des grandes surfaces, à l'approche de la Saint-Nicolas, présentaient encore dans leurs rayons et leurs folders des cuisines, des balais et des aspirateurs pour faire " comme maman ". Fou. Comme les justifications des marques, des enseignes et des spécialistes marketing. Tellement absurdes qu'elles ne pouvaient être que fallacieuses. Franchement. Facturer plus parce que l'estampillé féminin s'écoulerait mieux que le masculin et qu'il faudrait compenser ? Croire que Mesdames sont prêtes à débourser davantage pour le dernier produit à la mode ? Comme si c'était toujours elles qui passaient leurs samedis dans les supermarchés... La preuve que tout ça, c'est du vent, c'est que quand elles sont interpellées par des féminazies, ces marques et ces enseignes, elles s'excusent très vite, s'empressent de modifier l'étiquette et se dépêchent d'affirmer que, bien sûr que non, leur marketing n'est pas sexiste et qu'il ne reproduit pas les biais genrés de la société. Vraiment, ça ne pouvait être que des erreurs d'affichage et, les erreurs, ça peut arriver à tout le monde. Et puis, ç'aurait été carrément dégueulasse de faire casquer plus à celles qui, en moyenne, gagnent moins. Et, de toute façon, personne ne considère plus que le bleu, c'est pour les garçons et le rose, pour les filles. Tous les parents savent bien qu'il n'y a pas besoin de sexe pour jouer. Ou alors, que ce n'est pas le genre de cadeau qu'on offre à ses enfants sous le sapin.