Cette position minable est révélatrice d'une rupture avec le passé où la Belgique pesait nettement plus que son poids réel en Europe et possédait la capacité de contribuer à résoudre des dossiers difficiles. La Belgique devait sa position au solide consensus européen qui régnait dans notre pays et au fait que nous accueillons les institutions européennes, historiquement un des moteurs puissants de l'intégration européenne et last but not least - que nous disposons d'un corps diplomatique doué.

La faible position européenne de Charles Michel ne surgit pas de nulle part. Quand Cameron a soumis ses propositions, la N-VA, le plus grand parti du gouvernement fédéral, a réagi en capitulant. Avant même que le processus de renégociation ait commencé, la N-VA a accepté ouvertement et sans réserve les propositions du premier ministre britannique, car ce genre de réformes nous conduirait vers une "Europe plus efficace".

La position de Michel, du moins telle que relayée par les quotidiens, semblait totalement différente et avait l'air de suivre fermement la ligne belge orthodoxe. Mais aujourd'hui, les initiés européens savent que les propos belges sont basés sur un consensus "plutôt faible". La faible position de la Belgique en Europe est fermement entretenue par l'attitude de la N-VA. Comment, en effet, construire des ponts en Europe si le plus grand parti du gouvernement s'aplatit devant Cameron ? La faible position de Michel dans la power matrix de Politico est donc tout, sauf un hasard.

Il est regrettable que notre pays exerce si peu d'influence à la table européenne. Les points à négocier ont trait aux fondements de l'Europe. On fait des choix importants au sujet de notre prospérité et de la direction dans laquelle l'Europe doit évoluer. En outre, la crise des réfugiés menace l'intégration européenne ; plus encore, elle semble être un ingrédient important pour la désintégration. En tant que défenseur traditionnel d'une Europe forte et unie, un éventuel Brexit devrait nous inquiéter sérieusement. Aussi cette position faible est-elle douloureuse et nuisible pour notre pays.

Huit ans après la crise financière, Cameron souhaite à nouveau soustraire la City londonienne à la régulation sévère et à la surveillance centrale. Et alors qu'il est premier ministre d'un pays qui ne fait pas partie de la zone euro, il exige le privilège de pouvoir freiner le processus décisionnel de la zone euro et donc d'avoir son mot à dire sur notre prospérité au sein de l'Union monétaire. Il souhaite donc un véto pour les décisions prises au sein d'une communauté dont il ne veut pas faire partie. Il désire étendre son idéologie britannique et conservatrice du "moins pour l'employé et plus pour l'employeur" au niveau européen.

Cameron ne voit qu'un problème fondamental dans l'économie européenne: il y a trop de "charges" qui pèsent sur les entreprises. L'évasion fiscale par les multinationales, les dangers de traités de libre-échange pour le modèle européen et la sape des normes environnementales et sociales l'inquiètent à peine.

Il est inquiétant que la Belgique ait perdu sa position influente au sein de l'Europe, d'autant plus que c'est "grâce" à la N-VA.

Autrefois, la Belgique était capable de former un contrepoids contre le national-égoïsme de certains états membres, et grâce à son excellente diplomatie elle pouvait contribuer à maintenir l'équilibre de l'intérêt général européen. Il est inquiétant qu'on ait perdu cette position, d'autant plus que c'est "grâce" à la N-VA.

Kathleen Van Brempt, députée européenne (sp.a)

Dirk Van der Maelen, député fédéral (sp.a)

Güler Turan, députée flamande (sp.a)