Le 19 septembre 2007, le Belge Gilles de Kerchove était nommé coordinateur de l'Union européenne (UE) pour la lutte contre le terrorisme. Un poste créé en 2004 en réaction aux attentats de Madrid, qu'il est le deuxième à occuper. Depuis, la menace terroriste n'a cessé de croître, mettant sous pression les institutions démocratiques. "C'est très difficile de ne pas céder à la tentation d'un Etat orwellien, mais l'Europe n'a pas basculé dans le tout sécuritaire", analyse M. de Kerchove, 10 ans après sa nomination.

"Il y a encore cinq ans, je faisais rapport au Conseil de l'UE tous les six mois. Aujourd'hui, c'est tous les mois." Le contexte a entraîné une expansion considérable des instruments de lutte contre le terrorisme, "tant en quantité qu'en qualité", observe Gilles de Kerchove. "Le terrorisme est une préoccupation forte depuis le 11 septembre 2001. Mais Daesh, c'est inédit. On n'imaginait pas qu'autant d'Européens partent se battre ni qu'une organisation soit capable d'attirer des personnes de la terre entière. Le mouvement terroriste s'est étendu géographiquement. On a aussi des gens qui se radicalisent sans lien direct avec une organisation. L'ennemi prend beaucoup plus de formes."

Alors que, au regard des traités, la lutte contre le terrorisme est une compétence partagée entre les Etats et l'UE, l'implication de l'Union a grimpé en flèche. "82% des citoyens européens souhaitent que l'UE intervienne davantage pour faire face au terrorisme. Les dirigeants l'ont bien compris", relève celui qui est chargé de coordonner les initiatives et de présenter des recommandations au Conseil, l'organe de l'UE qui réunit les ministres de chaque Etat membre.

Aux yeux de cet Européen convaincu, cette demande de "plus d'Europe" est parfaitement légitime: "il faut des mécanismes d'échange d'informations pour éviter une libre circulation des candidats au djihad. Il faut aussi des bases de données communes. Plus de 800 des 5.000 combattants identifiés par Europol (en 2015, NDLR) étaient connus pour des faits criminels! " Avec le développement d'internet comme outil de propagande, les Etats européens préfèrent aussi parler d'une seule voix face à des entreprises géantes comme Google.

"Avec raison, on ne voit que les attentats qui ont réussi. Mais le nombre d'attentats déjoués est considérable. On a réduit nos vulnérabilités", tient à souligner Gilles de Kerchove. Pour y parvenir, les Etats européens ont intensifié leur collaboration sur trois volets: la réponse répressive (collecte, échange et analyse d'informations, contrôle des frontières, poursuite judiciaire, financement du terrorisme, etc.), la prévention du radicalisme et la politique extérieure.

"Contrairement au blanchiment d'argent par exemple, le terrorisme tue. Et on veut éviter les morts. Pour cela, il faut agir avant, donc forcément récolter des données", répond le juriste de formation à ceux qui voudraient ne miser que sur la prévention. "C'est très difficile de rester serein et de ne pas céder à la tentation d'un Etat orwellien", admet-il. "Mais l'Europe n'a pas basculé dans le tout sécuritaire. L'Europe est sans doute même l'endroit au monde où les données sont les plus protégées", soutient-il. "Nous n'excluons pas la réponse militaire, mais nous ne voulons pas d'une approche purement militaire à la Georges Bush fils."

Chaque mesure est obligatoirement évaluée au regard des droits fondamentaux. La vigilance du Parlement européen, le contrôle de la Cour de justice de l'UE et le dialogue entre les 28 Etats participent aussi à la pondération des mesures adoptées, remarque celui qui a participé à la rédaction de la Charte des droits fondamentaux de l'UE.

Le PNR, mécanisme qui permet de stocker les données des passagers aériens de l'UE, est très équilibré, juge-t-il par exemple, malgré les critiques d'organisations comme la Ligue des droits de l'homme. "Il a été adopté après sept ans de négociations au Parlement européen! Il ne concerne aucune donnée sensible. Franchement, je ne comprends pas bien ceux qui ont encore un problème avec le PNR."

Ce qui n'empêche que l'Europe pourrait faire encore mieux, selon lui. "On pourrait, comme aux Etats-Unis, imposer de justifier devant le Parlement le renouvellement des dispositifs intrusifs, cela aurait du sens." Chaque société doit fixer de manière démocratique le degré de risque qu'elle est prête à endurer.

Sur le plan opérationnel, l'interopérabilité des bases de données reste à améliorer. L'autre grand chantier est l'accès aux données informatiques et la cybersécurité. Comment imposer aux fournisseurs d'enregistrer les seules métadonnées "nécessaires" à la lutte contre la criminalité grave, tandis que la Cour de justice de l'UE s'oppose à une conservation généralisée et indifférenciée? Comment contourner le chiffrement des systèmes de communication? Comment s'assurer qu'un terroriste ne puisse prendre le contrôle du système informatique d'une centrale nucléaire, par exemple? Autant de questions sur lesquelles travaille actuellement Gilles de Kerchove, haut fonctionnaire devenu le visage de l'antiterrorisme européen.

Le 19 septembre 2007, le Belge Gilles de Kerchove était nommé coordinateur de l'Union européenne (UE) pour la lutte contre le terrorisme. Un poste créé en 2004 en réaction aux attentats de Madrid, qu'il est le deuxième à occuper. Depuis, la menace terroriste n'a cessé de croître, mettant sous pression les institutions démocratiques. "C'est très difficile de ne pas céder à la tentation d'un Etat orwellien, mais l'Europe n'a pas basculé dans le tout sécuritaire", analyse M. de Kerchove, 10 ans après sa nomination."Il y a encore cinq ans, je faisais rapport au Conseil de l'UE tous les six mois. Aujourd'hui, c'est tous les mois." Le contexte a entraîné une expansion considérable des instruments de lutte contre le terrorisme, "tant en quantité qu'en qualité", observe Gilles de Kerchove. "Le terrorisme est une préoccupation forte depuis le 11 septembre 2001. Mais Daesh, c'est inédit. On n'imaginait pas qu'autant d'Européens partent se battre ni qu'une organisation soit capable d'attirer des personnes de la terre entière. Le mouvement terroriste s'est étendu géographiquement. On a aussi des gens qui se radicalisent sans lien direct avec une organisation. L'ennemi prend beaucoup plus de formes." Alors que, au regard des traités, la lutte contre le terrorisme est une compétence partagée entre les Etats et l'UE, l'implication de l'Union a grimpé en flèche. "82% des citoyens européens souhaitent que l'UE intervienne davantage pour faire face au terrorisme. Les dirigeants l'ont bien compris", relève celui qui est chargé de coordonner les initiatives et de présenter des recommandations au Conseil, l'organe de l'UE qui réunit les ministres de chaque Etat membre. Aux yeux de cet Européen convaincu, cette demande de "plus d'Europe" est parfaitement légitime: "il faut des mécanismes d'échange d'informations pour éviter une libre circulation des candidats au djihad. Il faut aussi des bases de données communes. Plus de 800 des 5.000 combattants identifiés par Europol (en 2015, NDLR) étaient connus pour des faits criminels! " Avec le développement d'internet comme outil de propagande, les Etats européens préfèrent aussi parler d'une seule voix face à des entreprises géantes comme Google. "Avec raison, on ne voit que les attentats qui ont réussi. Mais le nombre d'attentats déjoués est considérable. On a réduit nos vulnérabilités", tient à souligner Gilles de Kerchove. Pour y parvenir, les Etats européens ont intensifié leur collaboration sur trois volets: la réponse répressive (collecte, échange et analyse d'informations, contrôle des frontières, poursuite judiciaire, financement du terrorisme, etc.), la prévention du radicalisme et la politique extérieure. "Contrairement au blanchiment d'argent par exemple, le terrorisme tue. Et on veut éviter les morts. Pour cela, il faut agir avant, donc forcément récolter des données", répond le juriste de formation à ceux qui voudraient ne miser que sur la prévention. "C'est très difficile de rester serein et de ne pas céder à la tentation d'un Etat orwellien", admet-il. "Mais l'Europe n'a pas basculé dans le tout sécuritaire. L'Europe est sans doute même l'endroit au monde où les données sont les plus protégées", soutient-il. "Nous n'excluons pas la réponse militaire, mais nous ne voulons pas d'une approche purement militaire à la Georges Bush fils." Chaque mesure est obligatoirement évaluée au regard des droits fondamentaux. La vigilance du Parlement européen, le contrôle de la Cour de justice de l'UE et le dialogue entre les 28 Etats participent aussi à la pondération des mesures adoptées, remarque celui qui a participé à la rédaction de la Charte des droits fondamentaux de l'UE. Le PNR, mécanisme qui permet de stocker les données des passagers aériens de l'UE, est très équilibré, juge-t-il par exemple, malgré les critiques d'organisations comme la Ligue des droits de l'homme. "Il a été adopté après sept ans de négociations au Parlement européen! Il ne concerne aucune donnée sensible. Franchement, je ne comprends pas bien ceux qui ont encore un problème avec le PNR." Ce qui n'empêche que l'Europe pourrait faire encore mieux, selon lui. "On pourrait, comme aux Etats-Unis, imposer de justifier devant le Parlement le renouvellement des dispositifs intrusifs, cela aurait du sens." Chaque société doit fixer de manière démocratique le degré de risque qu'elle est prête à endurer. Sur le plan opérationnel, l'interopérabilité des bases de données reste à améliorer. L'autre grand chantier est l'accès aux données informatiques et la cybersécurité. Comment imposer aux fournisseurs d'enregistrer les seules métadonnées "nécessaires" à la lutte contre la criminalité grave, tandis que la Cour de justice de l'UE s'oppose à une conservation généralisée et indifférenciée? Comment contourner le chiffrement des systèmes de communication? Comment s'assurer qu'un terroriste ne puisse prendre le contrôle du système informatique d'une centrale nucléaire, par exemple? Autant de questions sur lesquelles travaille actuellement Gilles de Kerchove, haut fonctionnaire devenu le visage de l'antiterrorisme européen.