"There's no time to lose. Prenez vos responsabilités." Lors de son point presse du lundi 12 octobre, Antoine Iseux, porte-parole interfédéral du Centre de crise national, s'est adressé aux jeunes, tout en affirmant d'emblée ne pas vouloir les stigmatiser. "Cela n'est d'aucune utilité. Ce dont nous avons besoin maintenant, c'est d'unité et de solidarité." Des propos sous forme d'aveux de faiblesse. Ces dernières semaines, tous les voyants sont passés au rouge. La proportion de tests positifs a grimpé au sein de la population jeune, particulièrement chez les 20-29 ans (autour de 12%), mais pour s'étendre ensuite aux aînés, dont les plus de 65 ans restent les plus exposés à des formes graves de la maladie. "La population jeune a compris que le risque pour elle était relativement faible, reconnaît le professeur Yves Van Laethem, infectiologue au CHU Saint-Pierre et porte-parole interfédéral, mais n'a pas bien compris qu'il fallait qu'elle se protège pour protéger les autres."
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"There's no time to lose. Prenez vos responsabilités." Lors de son point presse du lundi 12 octobre, Antoine Iseux, porte-parole interfédéral du Centre de crise national, s'est adressé aux jeunes, tout en affirmant d'emblée ne pas vouloir les stigmatiser. "Cela n'est d'aucune utilité. Ce dont nous avons besoin maintenant, c'est d'unité et de solidarité." Des propos sous forme d'aveux de faiblesse. Ces dernières semaines, tous les voyants sont passés au rouge. La proportion de tests positifs a grimpé au sein de la population jeune, particulièrement chez les 20-29 ans (autour de 12%), mais pour s'étendre ensuite aux aînés, dont les plus de 65 ans restent les plus exposés à des formes graves de la maladie. "La population jeune a compris que le risque pour elle était relativement faible, reconnaît le professeur Yves Van Laethem, infectiologue au CHU Saint-Pierre et porte-parole interfédéral, mais n'a pas bien compris qu'il fallait qu'elle se protège pour protéger les autres." Rouvrir les auditoires le plus possible et, idéalement, cinq jours par semaine, c'était la volonté assumée de la ministre comme celle des directeurs de l'enseignement supérieur - quand, à l'opposé, en Grande-Bretagne, au Canada et aux Etats-Unis, par exemple, plusieurs grandes universités livrent leurs cours exclusivement en ligne jusqu'à l'été 2021. Deux semaines après la rentrée académique, cela aurait-il dérapé? A ce stade, dans tous les établissements, il y a des cas déclarés et des fermetures temporaires. Ainsi, l'internat de Virton, sur le campus de la haute école Robert Schuman, est fermé jusqu'au 16 octobre. Près de 200 jeunes ont été renvoyés chez eux, soit un tiers de la population scolaire. Depuis le 12 octobre, les 800 étudiants doivent se contenter de cours à distance durant trois semaines, au moins. L'institut luxembourgeois n'est évidemment pas un cas isolé. En fin de semaine dernière, 209 cas positifs étaient recensés dans les hautes écoles par l'Office de la naissance et de l'enfance (ONE). Des chiffres encore faibles au regard des effectifs (210 000, dont 40% en haute école), mais, en sept jours, ils montrent un doublement d'étudiants contaminés dans les hautes écoles. Du côté des universités, il y a des chiffres épars, recensés par les facultés sur la base de déclarations spontanées. L'ULB, au coeur de la zone la plus contaminée, compterait près d'une centaine de cas, soit un taux de positivité de quelque 5% (en dessous de celui constaté dans la Région, de l'ordre de 17%). L'UCLouvain, sur ses six campus, comptabiliserait 600 étudiants positifs, représentant 2% des inscrits. A l'ULiège, on estime le taux de positivité à environ 1,56%. Les autres universités francophones afficheraient une moyenne similaire. Des données en deçà de la réalité, d'après les experts interrogés, puisque les autoritaires sanitaires enregistrent les cas selon le domicile et non la résidence. En clair, un étudiant domicilié chez ses parents mais résidant à proximité de son université, sera comptabilisé dans la commune du domicile familial. A cela s'ajoute le fait que les sujets positifs ne sont pas obligés de se signaler. Certains échappent donc aux statistiques, sans compter les asymptomatiques et ceux qui ne se font pas tester. Résultat: personne ne semble avoir une vision très précise de la situation. Les établissements sont épinglés comme des terreaux idéaux pour accroître la diffusion du virus. La vigilance des autorités est pourtant particulière dans ces lieux collectifs qui brassent des milliers d'étudiants. Masque partout pour tous, dans tous les espaces clos (auditoires, labos, bibliothèques, salles d'étude, couloirs...), distance physique d'un mètre minimum en tout temps, un siège libre sur deux en auditoire, limitation des effectifs sur leurs campus à 75% ; isolement des étudiants présentant un test positif, pour au moins une semaine ; remontée des chaînes de contacts ; mise en quarantaine des cas contacts à risque... "Dans les auditoires, il y a un très grand respect des règles, que ce soit pour le port du masque ou la distanciation. Les étudiants veulent maintenir les cours en présentiel, on en a tous besoin", tient à souligner Vincent Blondel, recteur à l'UCLouvain. Toutes les universités font alors le constat que les contaminations n'ont pas lieu sur leurs sites, et évoquent des transmissions majoritairement liées à des rassemblements privés. "Ce ne sont pas des clusters par promotion mais par groupes d'amis", note Nicolas Dassonville, chef de cabinet de la rectrice de l'ULB Annemie Schaus. Le constat est partagé par Julie Chantry (Ecolo), bourgmestre de Louvain-la-Neuve: "On recense, en moyenne, de 10 à 15 interventions par soirée pour tapage, en grande partie dans des kots." Dans les rangs étudiants, on se défend face à un climat "stigmatisant". "On est conscient des risques, on n'est pas plus irresponsables que la moyenne", assure Daria, en deuxième année en sciences politiques à l'ULB. La jeune fille de 19 ans a participé, comme plusieurs de ses camarades, à un apéro avec une dizaine de personnes. "Ce n'est pas facile pour nous, cette rentrée, décrit Daria. On a besoin de rencontrer d'autres étudiants, de recréer du lien. On commence une année bouleversée, avec des cours pour moitié à distance. On a peur d'être reconfinés, de rentrer chez soi le week-end parce qu'on sait qu'on peut transmettre le virus. C'est dur de porter tout ça." Son condisciple Paul sort tout juste de plusieurs jours confinés, après un test positif. "Je me suis bien sûr senti coupable. Mais on a 19 ans, on rêve d'une vie étudiante et ses soirées... A notre âge, comment auriez-vous réagi?" A Bruxelles, par exemple, les autorités se sont aperçues que les jeunes se sont rassemblés dehors, dans les parcs ou aux alentours du bois de la Cambre. Oui, mais une vie sociale altérée à cet âge, ça n'est pas rien quand même... "Vous avez toujours quelques foyers de résistance ou de révolte, mais dans l'ensemble, je trouve que les jeunes adultes sont plutôt compréhensifs, observe Benoît Dardenne, professeur à la faculté de psychologie sociale à l'ULiège. Pendant toute une période, on a dit que c'était une maladie qui touchait surtout les plus âgés, les jeunes ont entendu des messages contradictoires. Ils ont été dociles sur le confinement, maintenant que la crise dure, ils ne savent pas du tout de quoi l'avenir sera fait, donc certains se lâchent un peu..." " La socialisation n'a rien d'anecdotique pour l'équilibre du jeune adulte, poursuit Fabienne Glowacz, professeure à l'ULiège au sein de la Faculté de psychologie, logopédie et sciences de l'éducation. Le moment des études s'inscrit dans la période où on quitte l'adolescence, et où on commence à construire des relations affectives stables et déterminantes en dehors du cercle familial. Cette ouverture relationnelle est primordiale, notamment dans la construction d'une identité propre. C'est une étape de la vie qui est marquée par une forte instabilité, et qui se vit souvent éloignée du lieu d'attache, des amis d'enfance et de la famille." Dans ce contexte particulier, une rupture dans la vie sociale peut avoir des conséquences sérieuses pour leur santé psychique. Chez les plus jeunes, dans la tranche 10-19 ans, le taux de positivité se révèle également plus élevé que la moyenne. Dans son précédent bulletin, daté du 4 octobre, l'ONE comptabilisait 862 élèves positifs dans l'enseignement obligatoire, en particulier au niveau secondaire, et 290 parmi le personnel, contre 80 élèves et 227 au sein du personnel, une semaine plus tôt. Ici aussi, dans une petite poignée d'écoles, des mesures de fermeture sont tombées. "Cette année va être chaotique", résume Caroline Désir, ministre de l'Enseignement obligatoire. Sur le terrain, les directions croulent toujours sous les tâches. En cas de reconfinement, toutes ne sont pas entièrement rassurées, notamment en ce qui concerne la fracture numérique. Pour le moment, c'est encore beaucoup le règne de la débrouille. Elèves ne disposant pas d'un ordinateur (ou, pour seul outil, un smartphone) ni d'une connexion de bonne qualité, enseignants tout autant dépourvus, ne maîtrisant pas les compétences numériques ou tâtonnant.Pas question en tout cas, répète-t-on du côté francophone, d'un durcissement dans les écoles, les hautes écoles et les universités, même si des mesures supplémentaires sur les campus universitaires - comme le report des activités extra-académiques au second quadrimestre et un renforcement de la prévention. Autrement dit, passer en code orange ne changerait rien. "L'école n'a pas l'air d'être un milieu dangereux", pointe Yves Van Laethem. Les données semblent lui donner raison. Ainsi, selon l'ONE, seuls 16% des cas peuvent être liés à une transmission au sein de l'établissement. D'après la cellule de crise provinciale bruxelloise, "40% des contaminations interviennent dans le milieu familial et en contact avec les proches, chez soi à la maison ou en dehors". Reste que les données demeurent dispersées, parfois peu précises. Qu'en est-il vraiment des lieux de travail, des cafés ou des clubs de sport? Globalement, on reste aveugle sur la position des clusters. C'est pourtant un enjeu clé: plus on localise et quantifie ces foyers, plus on peut apporter des mesures ciblées. Or, des centres de dépistage au suivi des contacts, il y a des bugs: files d'attente pour se faire tester, centres saturés obligés de fermer temporairement, délais de plus de 48 heures avant de recevoir le résultat. "On a fait d'énormes efforts en matière de vitesse et de volume de dépistage et de suivi, mais cette progression a été sapée par la hausse des demandes" , conclut Emmanuel André, microbiologiste à la KULeuven.D'où l'obligation de prendre d'autres mesures, d'emprunter d'autres voies pour tenter de circonscrire l'épidémie. Dont la plus forte est le confinement nocturne en Brabant wallon et dans la province de Luxembourg et vise "clairement la portée symbolique", selon les propos de Bernard De Vos, délégué général aux droits de l'enfant. "Il s'agit de frapper les esprits des jeunes du Brabant wallon et surtout de celles et ceux qui y étudient. Comme si les ados et les jeunes, privés de tout ce qui fait l'essence d'une partie de leur vie, n'avaient pas tilté qu'on est dans la mouise. Il en reste bien sûr quelques-uns qui ont du mal avec tout ça, qui ne comprennent ou n'acceptent pas, ou qui ne peuvent pas. Mais, dans l'aventure, on risque bien de perdre l'adhésion de pas mal d'autres, qui auront sans doute du mal à se défaire de ce sentiment détestable de n'avoir été ni compris ni respectés."