Ysaline Bonaventure a un sale caractère. Ce n'est pas un scoop, cela revient dès que la tenniswoman se permet un écart sur les courts. Râleuse, immodérée, impatiente, la jeune fille ne nie pas son côté excessif. " J'ai vu tous les psychologues belges et néerlandais réunis et pour le moment, je teste l'hypnose. J'espère qu'elle pourra faire des miracles. " Installée dans le bar d'un hôtel chic du centre-ville de Spa, tout juste revenue d'un marathon d'entraînements à Mons et à Ciney, la Stavelotaine enchaîne en nuance. " Il vaut mieux hurler une fois ou même casser une raquette pour se dégager d'une frustration que de râler du début à la fin d'un match et se morfondre dans un cercle vicieux. Le problème, c'est que les hautes instances et les médias ont toujours été habitués aux joueurs qui ne disaient pas un mot et ne montraient aucune émotion. Aujourd'hui, alors que quelques-uns se rebellent, c'est la fin du monde. " Les réactions sans filtre et l'irrévérence d'Ysaline Bonaventure bousculent les lignes de fond de court. Ça, c'est peut-être un scoop.
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Ysaline Bonaventure a un sale caractère. Ce n'est pas un scoop, cela revient dès que la tenniswoman se permet un écart sur les courts. Râleuse, immodérée, impatiente, la jeune fille ne nie pas son côté excessif. " J'ai vu tous les psychologues belges et néerlandais réunis et pour le moment, je teste l'hypnose. J'espère qu'elle pourra faire des miracles. " Installée dans le bar d'un hôtel chic du centre-ville de Spa, tout juste revenue d'un marathon d'entraînements à Mons et à Ciney, la Stavelotaine enchaîne en nuance. " Il vaut mieux hurler une fois ou même casser une raquette pour se dégager d'une frustration que de râler du début à la fin d'un match et se morfondre dans un cercle vicieux. Le problème, c'est que les hautes instances et les médias ont toujours été habitués aux joueurs qui ne disaient pas un mot et ne montraient aucune émotion. Aujourd'hui, alors que quelques-uns se rebellent, c'est la fin du monde. " Les réactions sans filtre et l'irrévérence d'Ysaline Bonaventure bousculent les lignes de fond de court. Ça, c'est peut-être un scoop. " Pleurnicheuse ! Pleurnicheuse ! Bébé va ! T'es un bébé ! " En français dans le texte et en mondovision, Ysaline Bonaventure s'attaque à son adversaire Katerina Siniakova, qui s'apprête à servir. La Belge vient alors de se faire breaker par la Tchèque, mais mène toujours dans ce match du premier tour du tournoi de Saint-Pétersbourg 2019, qu'elle remportera finalement 6-4, 7-6. Son coup de sang ne passe pas inaperçu, il devient même viral sur le Net. Patrick Meur, son préparateur physique, est présent ce jour-là dans les tribunes. " Il y a tout un contexte autour de cette réaction ", défend l'ancien accompagnateur de David Goffin. " Siniakova savait qu'un rien suffisait à déstabiliser Ysaline - un petit bruit ou un mec qui se lève dans les tribunes - et elle en a profité. Siniakova a pleuré entre deux changements de place, je n'avais jamais vu quelqu'un sortir des Kleenex en plein match. C'est de la pure provoc. La réaction d'Ysaline est exagérée, mais Siniakova la méritait. " Bonaventure ne veut plus lancer d'estocade de ce genre, mais elle et son entourage n'en démordent pas : la mauvaise publicité qu'elle subit régulièrement est notamment due à son insubordination. " Depuis le début de sa carrière, beaucoup ont voulu transformer Ysaline au lieu d'essayer de la comprendre et de la prendre comme elle était pour la faire avancer ", se désole son frère Maxence, accompagnateur occasionnel en stage de préparation. " Cela s'inscrit dans une démarche plus générale de formatage des tennismen pour les faire entrer dans des cases afin qu'ils ne dérangent pas les hautes instances. " Début 2018, Ysaline est éliminée au deuxième tour des qualifications de l'Australian Open. Après avoir reconnu sa mauvaise performance, elle s'attaque toutefois à l'organisation. Contrariée par la pluie, celle-ci a fait patienter les joueurs toute la journée dans le player's lounge pour finalement reporter les rencontres au lendemain, 16 heures, sur cinq terrains intérieurs côte à côte et une surface tout à fait différente de celle initialement prévue. " J'avais l'impression d'être dans un Challenger ou un ITF avec trois pelés et deux tondus installés sur quatre chaises ", s'attriste encore Ysaline. " Aucun joueur du top 100 n'aurait jamais accepté cette situation. Mais dans la tête des médias, du public et des organisateurs, un Grand Chelem n'existe réellement qu'à partir du tableau final. Il y a des classes sociales dans le monde du tennis et ça se ressent énormément au niveau du prize money ou de la façon dont on est traité. " Dans un univers où les bons élèves préfèrent se comporter " comme il faut " pour plaire aux sponsors et ne pas risquer la critique, Ysaline Bonaventure a décidé de ne pas se travestir, quitte à dévoiler les coulisses de son sport. Pour autant, la Stavelotaine ne se sent pas investie d'une mission. " Ce n'est pas spécialement à moi de faire bouger les choses et je n'y arriverais pas. " Philippe Dehaes, l'actuel coach belge de Monica Puig, médaillée d'or aux JO de Rio en 2016, abonde dans ce sens. " La balance ne bougera pas tant que les grandes stars ne se mobiliseront pas ", pense celui qui officie également comme consultant de la RTBF. " Mais tout est fait pour les isoler de plus en plus. Les meilleurs joueurs ont les meilleures conditions pour s'entraîner, les meilleurs horaires d'entraînement et plus de points quand ils gagnent, donc l'écart ne cesse de se creuser. Comme elles sont passées par là, les stars savent ce que vivent les " nobody ". Elles font donc tout pour rester là où elles sont. " Elles profitent ainsi de terrains exclusivement réservés au top 10 mondial lors des Grands Chelems pendant que le reste du circuit se partage les autres surfaces disponibles. Ysaline Bonaventure est une battante. Gamine, c'est par le basket qu'elle découvre le sport. Pas vraiment talentueuse, elle compense par une envie énorme, mais digère mal la séparation filles-garçons à l'adolescence et se dirige vers le tennis. " Je me suis toujours mieux entendue avec les garçons ", concède-t-elle. " On me considérait parfois comme irrespectueuse et sans gêne parce que j'étais une fille qui disait sa façon de penser. Aujourd'hui encore, je n'ai pas énormément d'amies. " A 13 ans et demi, Ysaline déménage près de La Haye, aux Pays-Bas, pour s'installer chez Noëlle Van Lottum, ancienne joueuse pro qui gère l'Intime Tennis Academy. " C'était le meilleur choix du moment : je vivais chez elle trois jours par semaine, comme une fille au pair mais sans les tâches ménagères ", sourit la Stavelotaine. Au bout de quatre ans, elle décide de passer un cap pour ne pas prendre de retard sur les autres joueuses et devient professionnelle. Elle découvre alors toutes les difficultés du quotidien hors du top 100. " Certains footballeurs de première provinciale gagnent mieux leur vie que la plupart des tennismen classés sous le top 100 ", assure Patrick Meur. " Quand les gens voient un challenge de 10 000 dollars (NDLR : environ 9 000 euros), ils pensent que tout revient au vainqueur, mais c'est la somme répartie entre tous les participants. Derrière, le gagnant doit aussi rembourser ses frais, payer ses entraîneurs, etc. " Une saison coûte à peu près 70 000 euros à Ysaline Bonaventure. Un chiffre qui exclut les concessions qu'elle s'imposait encore il y a peu en organisant ses voyages elle-même : vols avec escales, hôtels les moins chers, chambre partagée avec sa coach, etc. " Pour être honnête, je suis en positif financièrement et je gagne un peu ma vie depuis seulement quelques mois ", reconnaît-elle. Avant, elle devait toujours emprunter à droite à gauche, jusqu'à sa rencontre avec Laurent Minguet, un mécène liégeois qui lui a permis de participer à quelques tournois internationaux d'envergure. Désormais à l'abri, Ysaline fait encore régulièrement face à d'autres problèmes d'argent, ceux des paris. Au lendemain de son match contre Siniakova, elle reçoit des centaines d'insultes sur les réseaux sociaux de la part de parieurs déçus. Certains l'attaquent sur son physique, d'autres lui envoient des montages d'elle dans un cercueil ou de ses parents au bout d'une corde. " C'est une situation que l'on vit au quotidien. Mais personne ne dit rien parce qu'il y a des millions et des millions d'euros là derrière... et que la WTA ou l'ITF (1) ont quelques partenariats avec des sites de paris. C'est le rôle des joueurs de parler, car c'est aussi à cause de ce système que l'on reçoit ce genre de menaces. " A la fin de sa collaboration avec Noëlle Van Lottum à l'été 2018, Ysaline Bonaventure teste trois entraîneurs (Maxime Braeckman, Didier Jacquet et Martjin Belgraver) en neuf mois. " J'ai eu du mal à trouver la personne qui me convenait, confesse-t-elle : je n'ai pas besoin de quelqu'un qui a peur de perdre son job et qui n'ose pas me rentrer dedans pour me dire mes quatre vérités. " Automne 2018, sans coach, fatiguée physiquement et moralement, elle met prématurément un terme à sa saison. Elle trouve alors du réconfort auprès de sa cousine Marine Bajza, avec qui elle enchaîne les séries en buvant du thé. " Elle ne m'a pas dit explicitement qu'elle comptait arrêter, mais à travers nos conversations et dans ses yeux, j'ai cru comprendre qu'elle n'en était pas loin du tout ", se souvient la confidente. " J'en avais marre du tennis ", confirme la Stavelotaine. " J'avais l'impression d'être seule au monde et je me demandais ce que je pouvais encore faire pour rejoindre ce fameux top 100 libérateur. " Un an et demi plus tard, elle n'a toujours pas atteint le Graal (2), mais elle a battu Garbiñe Muguruza (WTA 19) en Fed Cup, elle a fait douter Angelique Kerber (WTA 6) au tournoi de Majorque et elle a atteint les qualifications de tous les Grands Chelems, excepté Roland Garros. Surtout, elle a trouvé un coach en la personne de Germain Gigounon, ancien 185e joueur mondial. De quoi se remettre sereinement et avec plus de stabilité sur la route du top 100. " Ysaline a encore beaucoup de travail à faire (NDLR : pour preuve, son élimination, le 16 janvier, au deuxième des trois tours de qualifications de l'Australian Open 2020) pour que son fort caractère devienne uniquement une force ", conclut son frère Maxence. " Mais elle ne sera jamais calme sur le terrain. " Scoop.