Un nouveau convive s'est invité à la table du Kazakhgate : Albert II, l'ancien roi des Belges. C'est Le Monde qui a jeté ce énième pavé dans la mare kazakhe, déjà boueuse. En cause : l'interception par la justice française, en mars 2014, d'une conversation téléphonique entre Jean-François Etienne des Rosaies et sa secrétaire qui lui lit un mail de François de Radiguès. Le premier est le chargé de mission de Nicolas Sarkozy, qui, en 2010, a composé une dream team franco-belge pour sauver le milliardaire Patokh Chodiev de ses ennuis judiciaires belges. François de Radiguès est un intime des plus fidèles d'Albert, passionné de moto comme lui. Fin 2013, des Rosaies, dont l'entregent est impressionnant, revient en Belgique pour aider son ami l'homme d'affaires George Forrest dans sa quête d'un titre nobiliaire. C'est de cela qu'il s'agit dans la conversation téléphonique. De Forrest et d'Albert II qui s'est lourdement mouillé pour cet anoblissement.
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Un nouveau convive s'est invité à la table du Kazakhgate : Albert II, l'ancien roi des Belges. C'est Le Monde qui a jeté ce énième pavé dans la mare kazakhe, déjà boueuse. En cause : l'interception par la justice française, en mars 2014, d'une conversation téléphonique entre Jean-François Etienne des Rosaies et sa secrétaire qui lui lit un mail de François de Radiguès. Le premier est le chargé de mission de Nicolas Sarkozy, qui, en 2010, a composé une dream team franco-belge pour sauver le milliardaire Patokh Chodiev de ses ennuis judiciaires belges. François de Radiguès est un intime des plus fidèles d'Albert, passionné de moto comme lui. Fin 2013, des Rosaies, dont l'entregent est impressionnant, revient en Belgique pour aider son ami l'homme d'affaires George Forrest dans sa quête d'un titre nobiliaire. C'est de cela qu'il s'agit dans la conversation téléphonique. De Forrest et d'Albert II qui s'est lourdement mouillé pour cet anoblissement. Réagissant à l'information du Monde, George Forrest a tenu à démentir, une fois de plus, toute implication dans le Kazakhgate et tout lien avec les Kazakhs cités dans ce dossier. En effet, rien ne le relie dans cette affaire d'anoblissement à Chodiev ou à ses acolytes. Si ce n'est l'ancien préfet des Rosaies qu'on retrouve dans les deux sagas, mais c'est bien mince. Dans son communiqué, Forrest assure également n'avoir mandaté ni rémunéré qui que ce soit afin d'intercéder en sa faveur pour se voir octroyer le titre de baron. Voilà qui est plus étonnant, car une série de mails saisis par les enquêteurs français chez des Etienne Rosaies tendent à démontrer le contraire.Dans ces mails échangés avec Georges Forrest, entre septembre 2013 et avril 2014, et ponctués de part et d'autre d'"Amitié" ou d'"Amitié fidèle", le préfet évoque une "délicate mission" pour laquelle il a besoin, en six exemplaires, de documents de compliance du groupe Forrest et surtout de New La Chaussée. Cette société d'armement de Herstal rachetée en 1992 par George Forrest avait fait couler beaucoup d'encre, il y a quinze ans, pour sa licence d'exportation vers la Tanzanie, ce qui, au sein de la commission sur les faveurs nobiliaires, a valu à Forrest une farouche opposition de la baronne de Bassompière.Les mails révèlent aussi qu'à l'automne 2013 des Rosaies se déplaçait souvent à Bruxelles, en logeant à l'ancien hôtel Conrad. Révélateur : dans l'un d'eux, le 3 avril 2014, l'homme de l'ombre de Sarkozy explique à Forrest : "De mon côté, je suis en relation avec la conseillère technique chez Didier R..." Il est enfin question, dans ces courriels, d'argent et de virements bancaires. Or, justement, à cette période correspondent une série de virements effectués par George Forrest, pour "honoraires", à Etienne des Rosaies, sur son compte de la banque Delubac : 20 000 euros le 4 septembre 2013, la même somme le 20 novembre 2013, puis le 29 janvier 2014, et 15 000 le 30 avril 2014. Bref, Etienne des Rosaies a bien travaillé pour Georges Forrest, à ce moment-là, et a été rétribué pour ses services. Dans son audition devant la commission d'enquête parlementaire sur la transaction pénale, Jean-Claude Fontinoy, fidèle bras droit de Didier Reynders et expert au cabinet du vice-premier MR, a reconnu qu'à partir d'octobre 2013, Etienne des Rosaies l'avait contacté par téléphone et été reçu au moins quatre fois à propos de l'anoblissement de Georges Forrest et de la reconnaissance diplomatique de l'Ordre de Malte par la Belgique. Le préfet - décidément surprenant - a aussi été "conseiller spécial du Grand Chancelier de l'Ordre de Malte", à l'époque Jean-Pierre Mazery. Aux députés, Fontinoy a confié que des Rosaies et Forrest étaient venus le voir ensemble. On sait aussi que Mazery s'est fendu d'une missive élogieuse sur George Forrest, le 21 novembre 2013, destinée à Didier Reynders (Le Vif/L'Express du 16 décembre 2016). Il ressort de tout cela qu'Etienne des Rosaies a bien fait du lobbying pour George Forrest, quoiqu'en dise ce dernier. Mais cela ne permet pas d'établir une connexion entre Forrest et Chodiev. On constate par ailleurs, une fois de plus, via l'échange de mails mentionné ci-dessus, qu'Etienne des Rosaies était vraiment bien introduit au cabinet des Affaires étrangères, puisqu'en avril 2014, il évoque à Forrest sa "relation avec la conseillère technique chez Didier R..." Il ne s'agissait donc pas que de Fontinoy. L'homme de l'ombre y avait ses entrées à plusieurs portes et durant de nombreux mois, au moins jusqu'en avril 2014 lorsque le roi Philippe publiera la liste de faveurs nobiliaires, à l'occasion de son anniversaire. Toujours selon l'audition de Fontinoy, des Rosaies a même obtenu un rendez-vous pour Claude Guéant au cabinet Reynders, en février 2014, dans le cadre du procès de Jean-Pierre Bemba, l'ancien vice-président de la RDC. Mais pourquoi Jean-Claude Fontinoy accumule-t-il les mensonges à propos d'Etienne des Rosaies ? Tout d'abord au Vif/L'Express, qui avait révélé, en novembre 2016, les contacts entre le préfet et le bras droit de Reynders : Fontinoy avait alors farouchement nié avoir jamais vu ni entendu l'intéressé (ses propos exacts sont retranscrits sur levif.be). Idem lorsque la RTBF avait publié, un mois plus tard, des mails dans lesquels des Rosaies parlait de l'estime et des liens le liant tout particulièrement à Fontinoy. Plus grave : à la Commission d'enquête Kazakhgate, le 10 mai dernier, le député Georges Gilkinet (Ecolo) lui a demandé si personne, au niveau diplomatique, ne l'avait averti du risque de traiter avec des Rosaies. "Non, personne", a répondu Fontinoy. Or des mails de l'ambassadeur de Belgique au Vatican (Le Vif/L'Express du 19 mai) indiquent le contraire. Dans un de ces courriels (du 5 novembre 2013), Charles Ghilsain, diplomate aujourd'hui à la retraite, alertait clairement Jean-Claude Fontinoy en lui disant que "Monsieur Etienne" était lié à l'affaire Chodiev et avait plongé "Armand de Decker dans un grand embarras". Mais ces mots remettant en cause la probité de des Rosaies ont non seulement raté leur louable objectif mais ont aussi valu à l'ambassadeur de tomber en disgrâce aux yeux du ministre Reynders. Il s'en plaint d'ailleurs dans un autre mail envoyé en janvier 2014 au chef de cabinet des Affaires étrangères de l'époque, François De Kerchove. Pourquoi Reynders et Fontinoy, malgré l'avertissement de l'ambassadeur et les premières révélations de la presse sur le Kazakhgate, ont-ils, à cette époque, accordé autant de crédit à Etienne des Rosaies qui lobbyait pour Georges Forrest ? Le mystère demeure.