Il fallait croire à ce beau conte de coalition coquelicot, par lequel de gentils députés d'autres partis que le sien voteraient pour que son parti, mais pas le leur, monte au gouvernement wallon, sinon on n'était pas ouvert à la société civile. Mais pour croire à ce beau conte, il fallait croire que le gouvernement wallon que Jean-Marc Nollet aurait composé si son parti et le PS avaient, comme il l'espérait, disposé d'une majorité au parlement wallon n'aurait, lui, fatalement pas été ouvert à la société civile.
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Il fallait croire à ce beau conte de coalition coquelicot, par lequel de gentils députés d'autres partis que le sien voteraient pour que son parti, mais pas le leur, monte au gouvernement wallon, sinon on n'était pas ouvert à la société civile. Mais pour croire à ce beau conte, il fallait croire que le gouvernement wallon que Jean-Marc Nollet aurait composé si son parti et le PS avaient, comme il l'espérait, disposé d'une majorité au parlement wallon n'aurait, lui, fatalement pas été ouvert à la société civile. Il fallait croire qu'il aurait été un gouvernement fermé, alors. Comme si les parlements où siège Jean-Marc Nollet, et comme si les gouvernements où exerça Jean-Marc Nollet, et comme si le gouvernement bruxellois que négocie Jean-Marc Nollet, et comme si le parti que dirige Jean-Marc Nollet n'étaient pas ouverts à la société civile, alors. Comme s'ils y étaient étanches. Comme si les conflits qui traversent le monde politique n'étaient pas ceux, de classes, de genres, d'intérêts, de valeurs, qui traversent la société civile. Comme si la sphère politique était une bulle toute sale et la société civile une abstraction toute belle. Comme si le politique n'était pas civil, et comme si le civil n'était pas politique. Il fallait croire la FGTB, membre de la Coordination de la société civile, qui n'était pas politique mais n'était que civile lorsqu'elle a dit que ça l'intéressait. Il fallait aussi croire Greenpeace, membre aussi de la même Coordination de la société civile, qui n'était donc pas non plus politique mais qu'il n'était que civil lorsqu'il a dit que ça l'intéressait. Il fallait même croire le CDH, qui n'était pas moins civil que moi ou que vous, et donc pas politique, quand il a dit que ça ne l'intéressait pas parce qu'il avait déjà fait le coup en nommant Alda Greoli ministre CDH, elle qui était juste avant cheffe de cabinet d'un ministre CDH et qui n'était pas moins de la société civile que vous, moi ou même que Jean-Marc Nollet. Il fallait encore croire le délégué général du Centre Jean Gol, qui n'est pas moins une autre institution de la société civile que la FGTB, que Greenpeace ou que le CDH, quand il a dit que ça ne l'intéressait pas parce que c'était comme si la société civile déroulait un cordon sanitaire autour du MR, qui n'aurait, lui, pas été que politique et pas civil. Il fallait enfin croire que ce nom de ministrable, celui d'un technocrate wallon pas moins membre de la société civile que Jean-Marc Nollet ou que vous ou moi, Wallon de l'année 2018 selon le très civil Institut Destrée et rémunéré par le gouvernement régional depuis trois ans pour dire que la Wallonie doit résolument se tourner vers l'avenir sans renier ses racines et implémenter une dynamique positive et inclusive sans se racrapoter sur elle-même, n'était pas un nom de politique ni de technicien mais bien un nom de civil. Il fallait donc croire à tout ça, pour pouvoir croire à ce beau conte de coalition coquelicot. A tout. Et surtout à n'importe quoi.