Dans ce scénario, Jan Jambon était candidat au poste de Premier ministre fédéral. Finalement, après avoir sauvé, non sans peine, son mayorat à Anvers, Bart De Wever a préféré rester maître du jeu à la tête d'un parti menacé par la montée du Vlaams Belang. Après avoir dialogué avec le parti d'extrême droite pendant plusieurs mois, il a fini par laisser à Jan Jambon la clé de la formation du gouvernement flamand, rassemblant la N-VA, le CD&V et l'Open Vld.

M. Jambon était vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Michel que les nationalistes ont fini par quitter en décembre 2018, refusant, en période électorale, le ralliement de la coalition suédoise au pacte de l'ONU sur les migrations.

Le gouvernement Michel aura été marqué par des tensions, essentiellement entre la N-VA et le CD&V. Mais Jan Jambon, personnalité d'apparence affable, tout en étant idéologiquement marqué très à droite, fut de ceux qui cristallisèrent l'attitude de l'opposition francophone. Dès l'entame du gouvernement, des réminiscences de contacts avec des personnalités et associations d'extrême droite refirent surface. Des propos sur la collaboration avec le régime nazi ne firent qu'amplifier les réactions.

Sur le fond, la gestion de son département fut largement consacrée à la réponse apportée aux attentats de Paris et Bruxelles en 2015 et 2016. Sa démission, ainsi que celle du ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), fut rejetée par le Premier ministre Charles Michel.

Sur fond d'austérité, on assista à une réorientation des investissements dans les services de sécurité alors que se mettait en place une commission d'enquête parlementaire. Jan Jambon élabore un Plan Canal de lutte contre la radicalisation, tout en participant aux décisions sur la gestion des militaires en rue pour des tâches policières ou le renforcement des effectifs policiers. Cette gestion fut également entachée de propos et comportements qui mirent à mal la cohésion nationale. Jan Jambon promet de "nettoyer" Molenbeek, puis assure qu'"une partie significative de la communauté musulmane a dansé" après les attentats de Bruxelles.

En provenance du privé, Jan Jambon a connu un début de carrière politique plutôt erratique. Étudiant, il rejoint le parti nationaliste flamand Volksunie en 1981, mais l'idylle est de courte durée: en 1988, il claque la porte car la "VU" participe au dernier gouvernement Martens, et donc à la réforme de l'État qui transforme Bruxelles en une région autonome.

Jan Jambon entretient alors des contacts en vue de la création de la section locale du Vlaams Blok dans sa ville de Brasschaat, au nord d'Anvers. Mais il ne rejoindra pas le parti d'extrême droite. Avec Peter De Roover, il fait du VVB (Vlaams Volksbeweging, le mouvement populaire flamand) une organisation flamande qui compte. Il est aussi pendant des années président du centre de coordination des associations flamandes, l'OVV, qui regroupe des cercles nationalistes allant de la gauche à l'extrême droite et qui vise à préparer l'indépendance de la Flandre.

Ce n'est qu'après la disparition de la Volksunie que Jan Jambon reprend une carte de parti, à la N-VA. Alors que la formation de Bart De Wever est en cartel avec les chrétiens-démocrates flamands, Jan Jambon fait son entrée à la Chambre en 2007 comme suppléant de Kris Peeters (CD&V), et devient chef de groupe N-VA un an plus tard, après la scission du cartel. Entre 2007 et 2012, il est aussi échevin des Finances à Brasschaat, dont il est devenu bourgmestre en 2012. Jan Jambon est entre-temps devenu un poids-lourd au sein du parti.

Aux élections de 2014, il obtient depuis la dernière place de la liste près de 30.000 voix de préférence et bat tous ses colistiers de la liste anversoise pour la Chambre, à l'exception de son président de parti, Bart De Wever.