"Le président Jacques Chirac s'est éteint ce matin au milieu des siens. Paisiblement", a déclaré l'époux de sa fille Claude Chirac. L'Assemblée nationale et le Sénat ont aussitôt observé une minute de silence. L'ex-chef de l'Etat était un des grands fauves de la droite française dont la longévité, entre succès brillants et échecs cuisants, a démontré une exceptionnelle capacité de rebond. Celui qui n'apparaissait plus en public depuis plusieurs années fut président de la République pendant douze ans (1995-2007), deux fois Premier ministre, trois fois maire de Paris, créateur et chef de parti et ministre à répétition. Ses mandats élyséens resteront marqués par son "non" à la deuxième guerre d'Irak, la fin de la conscription militaire, la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français dans les crimes nazis, le passage au quinquennat, le cri d'alarme ("notre maison brûle") face à la dégradation de l'environnement et une première victoire importante sur l'absurde mortalité routière. Le premier l'aura par ailleurs vu contraint à la cohabitation avec le Premier ministre socialiste Lionel Jospin, à la suite de sa décision de dissoudre l'Assemblée nationale et l'échec de la droite aux élections législatives qui s'en sont suivies. Jacques Chirac était parvenu à conquérir l'Elysée - rêve d'une vie pour ce fils unique - en 1995 après deux défaites (1981 et 1988). En 2007, affaibli par un accident vasculaire cérébral qui l'a frappé deux ans plus tôt, il doit voir triompher Nicolas Sarkozy pour lequel il est loin de manifester la ferveur indéfectible de son épouse Bernadette. "Perte de mémoire", "absences", surdité: Jacques Chirac apparaîtra ensuite de plus en plus rarement en public. Sa santé s'était encore fortement dégradée en 2016 après le suicide de sa fille, qui souffrait d'anorexie. Au début de l'année, dans un documentaire poignant, Jean-Louis Debré, ancien président de l'Assemblée nationale, avait donné des nouvelles peu rassurantes quant à l'état de santé de son ami. La mort de Jacques Chirac avait déjà été plusieurs fois annoncée à tort, notamment fin 2016 par l'ancienne ministre Christine Boutin. Une rumeur s'était encore propagée à ce sujet sur Wikipedia et les réseaux sociaux au début de la semaine. (Belga)