Suite à cette déclaration-choc, Jan Jambon a directement précisé lundi matin : "Notre président n'a pas parlé de toute la communauté musulmane. Il y a une minorité qui ne s'intègre pas". La généralisation faite par De Wever est malheureuse, certes, surtout sur un sujet aussi sensible qui mérite précision et rigueur dans le vocabulaire choisi. Ceci dit, réagir comme le fait la gauche en faisant semblant qu'il n'y a aucun sujet, ce n'est pas une réaction idéale. Elle ne voyait guère de mal lorsque Philippe Moureaux généralisait en disant en 1993 : "Les clandestins sont en train de détruire complètement notre modèle social ". Lorsque François Hollande confie dans un ouvrage avec deux journalistes du Monde : "Qu'il y ait un problème avec l'islam, c'est vrai. Nul n'en doute" ou "Je pense qu'il y a trop d'arrivées, d'immigration qui ne devrait pas être là ", quelqu'un oserait-il l'accuser de racisme ? La Belgique francophone reste un curieux unique et dernier bastion où, si on parle comme Manuel Valls, Malek Boutih ou Gérard Collomb, on est classé par une certaine gauche comme quelqu'un de droite réactionnaire. C'est la nouvelle mode pour disqualifier son adversaire idéologique. On le traite de populiste, de démagogue et on essaye de le disqualifier avant même de commencer un débat de fonds.

S'il existe un dossier qui illustre le fossé entre l'opinion dominante et l'opinion majoritaire, c'est bien celui de l'immigration. Résultat : aujourd'hui, la gauche perd toutes les élections en Europe et malheureusement des partis improbables, europhobes et inconnus jusqu'il y a peu, ont atteint des scores très importants dans de grandes démocraties occidentales. En Allemagne, un parti d'extrême-droite a, pour la première fois, dépassé le SPD dans un sondage alors qu'on pensait ce pays préservé de ce fléau. Comment en est-on arrivé là ? En niant la volonté du peuple. Comment contrer le populisme ? En écoutant le peuple. La démocratie, c'est aussi écouter les citoyens.

Pourquoi De Wever et son parti jouissent-ils aujourd'hui d'une telle popularité des deux côtés de la frontière linguistique ? Car ils s'intéressent à un débat qui avait été cadenassé pendant des années par la gauche. Cette gauche qui a tyrannisé tous ceux qui voulaient alerter sur le sujet et qui a conduit à l'échec que l'on connaît aujourd'hui dans certains quartiers. Pourtant la gauche n'a pas toujours été complaisante ni avec l'islamisme ni avec l'immigration. A une époque, Philippe Moureaux tractait dans sa commune : "Les socialistes considèrent que la présence sur le territoire de notre commune d'un nombre important d'immigrés constitue un problème réel qu'il convient de résoudre dans un souci de justice et d'égalité sociale". Il poursuit en plaidant entre autres pour : "L'arrêt effectif de l'immigration, l'application de la loi sur l'obligation du visa d'entrée notamment pour les ressortissants marocains". Il continue avec des mesures sur les expulsions, sur le regroupement familial... Bref une politique de droite type RPR des années Pasqua. Un autre tract, de Charles Picqué, datant de 1987, laisse tout aussi songeur : "J'ai également mis à profit ces deux ans pour dire tout haut ce que pensent beaucoup de Bruxellois. Comment ne pas s'inquiéter et s'indigner de la dégradation de notre ville et surtout de ses vieux quartiers, des menaces d'une immigration incontrôlée et de l'intolérance de certains milieux religieux musulmans, du démantèlement de nos transports en commun ou de carences graves qui frappent notre ville en matière de sécurité ou de propreté publique". Interrogé sur ce tract par La Capitale en 2013, il répond : "J'assume tout à fait ce que j'ai écrit", "Mais je n'ai jamais stigmatisé une communauté. D'ailleurs, ce message, les musulmans le portent aussi et nous demandent, à nous responsables politiques, de lutter contre le radicalisme et des mouvements comme Sharia4Belgium. En quelque sorte, je voyais les choses arriver". Ces deux tracts électoraux valent de l'or pour les politologues et historiens. Comment la gauche est-elle passée d'un discours extrêmement ferme en matière d'immigration et mettant en garde contre l'islamisme radical à un discours laxiste ? Comment le PS qui se voulait le porte-voix de ce que "pensent beaucoup de Bruxellois" est-il devenu le parti qui refuse d'en parler ? Comment Philippe Moureaux est-il devenu l'homme qui se faisait aider par Tariq Ramadan pour " lutter contre les mariages forcés " et cédait comme personne face aux exigences communautaristes ? C'est assez irréel... Le cas de Charles Picqué est un peu différent. Il dit avoir vu les choses arriver, mais n'a sans doute pas eu le poids politique pour imposer sa ligne plus modérée face à un Philippe Moureaux qui a dominé idéologiquement le PS bruxellois pendant de longues années.

Une excellente étude de la fondation Jean Jaurès, montre que, depuis 1985, le fossé n'a jamais été aussi grand entre les classes dominantes et le citoyen lambda. Certains qui prônent le "vivre-ensemble" sont en fait les premiers à pratiquer l' "entre-soi". On voit les classes populaires et moyennes quitter les grandes villes faute de moyen, ou les milieux favorisés se rassembler dans les meilleures écoles. Un article de Libération intitulé "Les parents déchirés par l'école" illustre le phénomène de parents plutôt situés à gauche qui n'acceptent pas que la mixité sociale se fasse sur le dos de leur propre enfant. Une large littérature existe sur cette France de plus en plus coupée en deux. On pense à des auteurs comme Laurent Bouvet, Christophe Guilluy et à un tas d'auteurs de gauche ou de droite qui se sont penchés sur la thématique.

On le voit dans toutes les dernières élections qui se sont déroulées en Europe, c'est le thème de l'immigration et de l'identité qui a été primordial. Bien sûr, les sujets économiques, l'enseignement, etc. doivent faire partie d'une campagne, et l'interrelation entre ces sujets est importante. Cependant, une campagne gagnante en 2019 sera une campagne qui alliera, entre autres, le thème économique et celui de l'insécurité culturelle. Une campagne basée uniquement sur les "acquis sociaux" ou sur les "Jobs, Jobs, Jobs" ne suffira plus. Bertrand Henne a raison lorsqu'il dit : "Les libéraux et les socialistes ont bien des réponses face à l'insécurité économique, mais très peu face à l'insécurité culturelle". Ce dernier sujet, s'il est traité correctement par un parti politique, peut rassembler au lieu de diviser. Rassembler un électorat bourgeois et populaire. Rassembler ceux qui sont pour la défense de nos valeurs face à la montée du communautarisme. Rassembler tous ceux - et ils sont nombreux - qui veulent réussir grâce aux mérites, à l'effort, à une solidarité respectueuse des droits et des devoirs de chacun. Rassembler tous ceux pour qui la défense de la démocratie implique aussi le respect et la prise en considération des inquiétudes légitimes et des volontés de ses électeurs. Rassembler tous ceux qui ne veulent plus du délitement de certains quartiers dont les premières victimes sont les habitants de ces mêmes quartiers. Rassembler c'est en finir avec les oukases absurdes qui donnent le sentiment à certains de ne plus être entendus ou écoutés.

Il est temps que le politique s'occupe des vraies préoccupations des gens. Qu'on arrête de polémiquer sur la couleur des trams, des taxis, ou des écharpes échevinales à Bruxelles, mais qu'on s'attarde aux sujets majeurs : la mobilité, l'intégration, l'éducation, l'énergie, une politique alimentaire de qualité, l'intelligence artificielle,... Les échéances de 2019 seront décisives et constitueront un tournant majeur pour notre pays. Espérons que nos politiciens sauront prendre les mesures et la hauteur de vue qui s'imposent.

Suite à cette déclaration-choc, Jan Jambon a directement précisé lundi matin : "Notre président n'a pas parlé de toute la communauté musulmane. Il y a une minorité qui ne s'intègre pas". La généralisation faite par De Wever est malheureuse, certes, surtout sur un sujet aussi sensible qui mérite précision et rigueur dans le vocabulaire choisi. Ceci dit, réagir comme le fait la gauche en faisant semblant qu'il n'y a aucun sujet, ce n'est pas une réaction idéale. Elle ne voyait guère de mal lorsque Philippe Moureaux généralisait en disant en 1993 : "Les clandestins sont en train de détruire complètement notre modèle social ". Lorsque François Hollande confie dans un ouvrage avec deux journalistes du Monde : "Qu'il y ait un problème avec l'islam, c'est vrai. Nul n'en doute" ou "Je pense qu'il y a trop d'arrivées, d'immigration qui ne devrait pas être là ", quelqu'un oserait-il l'accuser de racisme ? La Belgique francophone reste un curieux unique et dernier bastion où, si on parle comme Manuel Valls, Malek Boutih ou Gérard Collomb, on est classé par une certaine gauche comme quelqu'un de droite réactionnaire. C'est la nouvelle mode pour disqualifier son adversaire idéologique. On le traite de populiste, de démagogue et on essaye de le disqualifier avant même de commencer un débat de fonds. S'il existe un dossier qui illustre le fossé entre l'opinion dominante et l'opinion majoritaire, c'est bien celui de l'immigration. Résultat : aujourd'hui, la gauche perd toutes les élections en Europe et malheureusement des partis improbables, europhobes et inconnus jusqu'il y a peu, ont atteint des scores très importants dans de grandes démocraties occidentales. En Allemagne, un parti d'extrême-droite a, pour la première fois, dépassé le SPD dans un sondage alors qu'on pensait ce pays préservé de ce fléau. Comment en est-on arrivé là ? En niant la volonté du peuple. Comment contrer le populisme ? En écoutant le peuple. La démocratie, c'est aussi écouter les citoyens. Pourquoi De Wever et son parti jouissent-ils aujourd'hui d'une telle popularité des deux côtés de la frontière linguistique ? Car ils s'intéressent à un débat qui avait été cadenassé pendant des années par la gauche. Cette gauche qui a tyrannisé tous ceux qui voulaient alerter sur le sujet et qui a conduit à l'échec que l'on connaît aujourd'hui dans certains quartiers. Pourtant la gauche n'a pas toujours été complaisante ni avec l'islamisme ni avec l'immigration. A une époque, Philippe Moureaux tractait dans sa commune : "Les socialistes considèrent que la présence sur le territoire de notre commune d'un nombre important d'immigrés constitue un problème réel qu'il convient de résoudre dans un souci de justice et d'égalité sociale". Il poursuit en plaidant entre autres pour : "L'arrêt effectif de l'immigration, l'application de la loi sur l'obligation du visa d'entrée notamment pour les ressortissants marocains". Il continue avec des mesures sur les expulsions, sur le regroupement familial... Bref une politique de droite type RPR des années Pasqua. Un autre tract, de Charles Picqué, datant de 1987, laisse tout aussi songeur : "J'ai également mis à profit ces deux ans pour dire tout haut ce que pensent beaucoup de Bruxellois. Comment ne pas s'inquiéter et s'indigner de la dégradation de notre ville et surtout de ses vieux quartiers, des menaces d'une immigration incontrôlée et de l'intolérance de certains milieux religieux musulmans, du démantèlement de nos transports en commun ou de carences graves qui frappent notre ville en matière de sécurité ou de propreté publique". Interrogé sur ce tract par La Capitale en 2013, il répond : "J'assume tout à fait ce que j'ai écrit", "Mais je n'ai jamais stigmatisé une communauté. D'ailleurs, ce message, les musulmans le portent aussi et nous demandent, à nous responsables politiques, de lutter contre le radicalisme et des mouvements comme Sharia4Belgium. En quelque sorte, je voyais les choses arriver". Ces deux tracts électoraux valent de l'or pour les politologues et historiens. Comment la gauche est-elle passée d'un discours extrêmement ferme en matière d'immigration et mettant en garde contre l'islamisme radical à un discours laxiste ? Comment le PS qui se voulait le porte-voix de ce que "pensent beaucoup de Bruxellois" est-il devenu le parti qui refuse d'en parler ? Comment Philippe Moureaux est-il devenu l'homme qui se faisait aider par Tariq Ramadan pour " lutter contre les mariages forcés " et cédait comme personne face aux exigences communautaristes ? C'est assez irréel... Le cas de Charles Picqué est un peu différent. Il dit avoir vu les choses arriver, mais n'a sans doute pas eu le poids politique pour imposer sa ligne plus modérée face à un Philippe Moureaux qui a dominé idéologiquement le PS bruxellois pendant de longues années. Une excellente étude de la fondation Jean Jaurès, montre que, depuis 1985, le fossé n'a jamais été aussi grand entre les classes dominantes et le citoyen lambda. Certains qui prônent le "vivre-ensemble" sont en fait les premiers à pratiquer l' "entre-soi". On voit les classes populaires et moyennes quitter les grandes villes faute de moyen, ou les milieux favorisés se rassembler dans les meilleures écoles. Un article de Libération intitulé "Les parents déchirés par l'école" illustre le phénomène de parents plutôt situés à gauche qui n'acceptent pas que la mixité sociale se fasse sur le dos de leur propre enfant. Une large littérature existe sur cette France de plus en plus coupée en deux. On pense à des auteurs comme Laurent Bouvet, Christophe Guilluy et à un tas d'auteurs de gauche ou de droite qui se sont penchés sur la thématique.On le voit dans toutes les dernières élections qui se sont déroulées en Europe, c'est le thème de l'immigration et de l'identité qui a été primordial. Bien sûr, les sujets économiques, l'enseignement, etc. doivent faire partie d'une campagne, et l'interrelation entre ces sujets est importante. Cependant, une campagne gagnante en 2019 sera une campagne qui alliera, entre autres, le thème économique et celui de l'insécurité culturelle. Une campagne basée uniquement sur les "acquis sociaux" ou sur les "Jobs, Jobs, Jobs" ne suffira plus. Bertrand Henne a raison lorsqu'il dit : "Les libéraux et les socialistes ont bien des réponses face à l'insécurité économique, mais très peu face à l'insécurité culturelle". Ce dernier sujet, s'il est traité correctement par un parti politique, peut rassembler au lieu de diviser. Rassembler un électorat bourgeois et populaire. Rassembler ceux qui sont pour la défense de nos valeurs face à la montée du communautarisme. Rassembler tous ceux - et ils sont nombreux - qui veulent réussir grâce aux mérites, à l'effort, à une solidarité respectueuse des droits et des devoirs de chacun. Rassembler tous ceux pour qui la défense de la démocratie implique aussi le respect et la prise en considération des inquiétudes légitimes et des volontés de ses électeurs. Rassembler tous ceux qui ne veulent plus du délitement de certains quartiers dont les premières victimes sont les habitants de ces mêmes quartiers. Rassembler c'est en finir avec les oukases absurdes qui donnent le sentiment à certains de ne plus être entendus ou écoutés. Il est temps que le politique s'occupe des vraies préoccupations des gens. Qu'on arrête de polémiquer sur la couleur des trams, des taxis, ou des écharpes échevinales à Bruxelles, mais qu'on s'attarde aux sujets majeurs : la mobilité, l'intégration, l'éducation, l'énergie, une politique alimentaire de qualité, l'intelligence artificielle,... Les échéances de 2019 seront décisives et constitueront un tournant majeur pour notre pays. Espérons que nos politiciens sauront prendre les mesures et la hauteur de vue qui s'imposent.