Lire également notre dossier sur la crise du coronavirus
...

A l'Union des classes moyennes (UCM), c'est le branle-bas de combat. L'activité de l'organisme, qui représente 100 000 indépendants et chefs de PME en Wallonie et à Bruxelles, est loin d'avoir ralenti depuis le début du confinement. Au contraire, il est plus sollicité que jamais par des affiliés au bord du précipice : 60 % des entrepreneurs ont dû interrompre leur activité, avec une perte conséquente de chiffre d'affaires pour 65 % d'entre eux, tandis qu'un tiers craignent un risque de faillite... Les chiffres transmis par Clarisse Ramakers, directrice du service d'études de l'UCM, montrent un secteur asphyxié par les mesures de protection sanitaires. D'autant que le filet déployé jusqu'ici pour adoucir les retombées économiques peine à convaincre. Si Clarisse Ramakers se réjouit qu'on ait actionné rapidement les mécanismes existants, elle regrette que les Régions n'aient pas fait suffisamment d'efforts complémentaires à ceux du fédéral. " Elles ont pris le parti d'aider certains secteurs de manière très importante, au mépris d'autres pourtant très impactés également. " Si, rapidement, la solidarité citoyenne et institutionnelle s'est organisée autour de l'Horeca, ambassadeur malgré lui de l'impact économique du confinement, il n'en va pas de même pour les professions libérales, pourtant particulièrement touchées . Le secteur (para)médical (kinés, psys, etc.), en particulier, fait les frais du climat anxiogène actuel : " Même s'ils prennent des mesures de protection, leurs clients ont peur et annulent les rendez-vous, ce qui cause une baisse importante de leur activité ", met en garde Clarisse Ramakers. Or, ils ne sont pas (encore ? ) repris parmi les 48 980 bénéficiaires potentiels de la prime de 5 000 euros mise en place par le gouvernement wallon. Une prime unique, dont l'UCM regrette qu'elle n'ait pas été pensée sur la base d'un montant moins élevé, distribué à plus de secteurs et de manière mensuelle, " parce qu'on ne sait pas combien de temps la crise va durer ". Une crise qui pourrait toutefois avoir aussi des retombées positives sur l'économie du sud du pays. " La situation pourrait contribuer à diminuer le retard de digitalisation en Wallonie et à Bruxelles. On constate une augmentation de l'utilisation des réseaux sociaux pour valoriser la marchandise, le lancement de nouvelles boutiques en ligne... Autant d'initiatives qui vont peut-être contribuer à l'émergence d'un autre business model ", prophétise Clarisse Ramakers. Un vent de changement qui souffle également sur le secteur des start-up, relativement épargnées par rapport aux PME traditionnelles. Logique pour Ben Piquard, CEO du fonds d'investissement liégeois Lean-Square. " La plupart des start-up ne sont pas financées par un modèle où les revenus couvrent les dépenses, mais bien par l'argent des actionnaires. Ce sont de petites structures agiles, qui occupent les espaces qui se créent. Elles sont la forme d'entreprise la plus réactive aux nouvelles opportunités. Elles sont mieux préparées que les PME traditionnelles à supporter quelques mois sans cash, mais la reprise sera un vrai challenge. " Ses prédictions ? " Le confinement n'est pas juste une période d'arrêt avant de reprendre comme avant, on va se trouver dans un autre marché. On sera face à une conscientisation plus élevée, parce que cette crise nous fait réaliser l'impact des facteurs extérieurs. Techniquement, beaucoup de gens pourraient travailler pour le moment, mais en sont incapables faute de fournisseurs. C'est une prise de conscience collective, on réalise que le marché mondial présente plus de risques que d'avantages sur certains aspects. " En attendant, parmi les acteurs locaux en souffrance, artistes et institutions culturelles sont sur le qui-vive. Si la ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Bénédicte Linard, a d'emblée assuré que le secteur serait soutenu, une aide d'urgence provisionnelle de 8,4 millions d'euros ayant été annoncée ce 7 avril, son porte-parole Nicolas Parent assure comprendre l'inquiétude des principaux concernés. Et se veut rassurant : ce montant étant provisionnel, il pourra être recalculé en fonction des besoins qui se présentent dans les semaines et les mois à venir. " J'ai lu certaines réactions d'artistes et s'ils dénoncent un sentiment d'abandon, dans les faits, ce n'est pas le cas. C'est évident qu'il y a d'autres solutions à construire, mais c'est pour eux que l'on se bat. " Cofondateur du festival Les Ardentes et acteur majeur du secteur culturel liégeois, Gaëtan Servais joue l'apaisement. " Les autorités font les choses dans un timing dicté par l'urgence et en ce qui concerne les festivals, on sait qu'il va y avoir un manque à gagner important, mais on espère qu'un dialogue sera mis en place pour permettre leur continuité. " Une continuité nécessaire : " Tous les reports et annulations qui se profilent dans le secteur culturel auront des conséquences économiques dramatiques. Le secteur événementiel a un impact très important sur l'économie locale, donc la situation actuelle occasionne un manque à gagner pour de nombreuses personnes. " Et Gaëtan Servais de souligner l'importance de maintenir les subsides de 2020, " non pas en échange d'un contrat de programmation, comme c'est le cas habituellement, mais en soutien aux acteurs pour maintenir l'emploi ". Une solution qui " n'engagerait pas de moyens complémentaires mais enverrait un signal très fort ". Damien Aresta, fondateur de l'agence de booking et d'édition musicale Luik Music, souligne lui aussi l'importance du secteur de la culture, " qui fait travailler plein de gens et amène une création de richesses qui va bien au-delà d'acheter sa place de concert ou de théâtre parce qu'on va au resto avant, au bar après, on paie du transport... La culture est un acteur indispensable dans le fonctionnement de l'économie et cette crise va peut-être permettre aux gens de le réaliser. " Par Kathleen Wuyard.