Quand on parle des Belges partis combattre aux côtés de Daesh, les images de départs clandestins, jeunes radicalisés, embrigadements viennent rapidement à l'esprit. Moins médiatisés sont les "returnees". Plusieurs de ces jeunes (et moins jeunes) ont fondé une famille. Ils ont perdus leurs illusions mais surtout ils veulent mettre leur femme et leurs enfants à l'abri. Ils savent qu'ils devront payer le prix de leur retour. Ils ne sont pas contre cela, seulement ils veulent "savoir" ce qui les attend, comment se passera ce retour et quel sera le sort réservé à leur famille.

"Les gens là-bas sont conscients qu'ils vont devoir payer le fait qu'ils ont choisi d'aller dans des zones de combats. Mais ils attendent du concret, ils veulent que les autorités leur donnent le plan à suivre" explique Saliha Ben Ali à la RTBF.

Et de souligner qu'en Belgique rien n'est prévu. "En France, j'ai contribué à faciliter le retour d'une famille, raconte-t-elle sur le site de la RTBF. L'ex-combattant est aujourd'hui en prison de même que ses épouses. Et ses enfants ont été provisoirement placés dans des familles. Le résultat d'une concertation. Un "sas" de sécurité a été mis en place en collaboration avec les autorités turques. En Belgique, il n'y a rien de structuré, de concerté. Pas ou peu de contacts avec les familles...".

Saliha Ben Ali lance donc une perche aux autorités belges. Faute de structure, faute d'organisation et d'information, ces retours s'organiseront de manière "sauvages" : passeurs et faux papiers à la clé. "Établissez quelque chose! Avec une peine de prison si besoin. Mais communiquez! Pour qu'on puisse dire aux jeunes qui veulent revenir: voilà comment cela va se passer! Des conditions claires, identifiables et sécurisantes pour toute la société".

Et ne pas "oublier", dans cette concertation, les familles qui sont restées ici. Dans la plupart des cas, elles n'ont pas aidé au départ. Dans la plupart des cas, elles se sont elles aussi retrouvées devant un fait accompli. Depuis, elles vivent dans la peur. Peur d'un retour, peur d'apprendre une mauvaise nouvelle, peur des "retrouvailles". Là aussi il y a un travail d'accompagnement à mettre en place si on veut déradicaliser les jeunes.