Un dossier délicat qui se retrouve tout de suite sur votre bureau est celui du retour des enfants de Syrie. Êtes-vous prête pour ce débat ?
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Un dossier délicat qui se retrouve tout de suite sur votre bureau est celui du retour des enfants de Syrie. Êtes-vous prête pour ce débat ?Caroline Vrijens : À la Jongerenwelzijn (l'agence en charge de l'aide spécialisée à la jeunesse), nous nous sommes préparés il y a quelques mois au retour de ces enfants. Ont-ils des grands-parents où ils peuvent aller? Y seront-ils en sécurité? Nous consacrons beaucoup d'énergie à un accueil de qualité. Ce que je vais dire maintenant est également conforme à ce que mon prédécesseur avait l'habitude de dire : ces enfants ont d'abord droit à la protection. La Convention relative aux droits de l'enfant le stipule également.Nous savons, par exemple, qu'il y a encore au moins soixante enfants d'origine belge qui vivent dans les camps du nord de la Syrie. Les circonstances sont très mauvaises. Ils courent même le risque de ne pas survivre à leur séjour. Ils doivent revenir.Je comprends la sensibilité de ce dossier, et notamment la question des mères. Vous pouvez ramener les enfants, mais les mères sont potentiellement dangereuses. Néanmoins, la recherche montre que la séparation de la mère et de l'enfant, surtout avant l'âge de trois ans, peut entraîner des traumatismes très importants et même des troubles du développement. La discussion demeure délicate, mais nous estimons qu'il faut faire passer l'intérêt de l'enfant en premier, sans, bien sûr, compromettre la sécurité du pays. Ceux qui ont commis des crimes doivent être punis.Un rôle purement consultatif pour un commissaire aux droits de l'enfant suffit-il encore dans un climat où certains politiciens ignorent froidement les rapports critiques des chiens de garde et des services juridiques ?Je pars du principe que la coopération se passera bien et que nous nous retrouverons. Encore une fois, notre rôle est de traduire les signaux que nous recevons en politique.Mais la politique n'écoute pas toujours. La Belgique enferme les mineurs dans un centre de détention en attendant leur expulsion, ce qui est contraire aux directives internationales. Encore une fois : un avis et un rappel à l'ordre suffisent-ils?Nous avons toujours insisté sur le fait que c'est inacceptable. Et pas seulement nous. En Belgique, deux cent quatre-vingts organisations y souscrivent avec le Comité des droits de l'enfant de l'ONU. Quoi qu'il en soit, la responsabilité finale incombe aux décideurs politiques. Nous continuerons de souligner que cela va à l'encontre de l'intérêt des enfants. Et si cela se produit, comme c'est le cas maintenant, nous conseillerons néanmoins sur la meilleure façon de traiter un enfant dans cette situation. Veiller, par exemple, à ce que le séjour soit le plus court possible, à ce que les transferts vers un tel centre ne causent aucun traumatisme et à ce qu'il y ait une surveillance indépendante.Il n'y aura jamais d'action en justice ?Cela ne fait pas partie de notre mandat. Au fond, il faudrait en Belgique une plateforme juridique distincte, dotée d'un personnel suffisant, qui constitue l'intersection entre la loi sur les étrangers et les droits de l'enfant.Un thème important et récurrent est la pauvreté des enfants. Un enfant belge sur sept grandit dans la misère.Il y a 170.000 enfants en Flandre qui vivent en dessous du seuil de risque de pauvreté. L'une des priorités sera sans aucun doute de prendre des mesures structurelles dans ce domaine. Il ne s'agit pas de rafistolage, mais d'une vision à long terme. C'est, bien sûr, la tâche de la politique.Nous faisons entendre la voix des enfants dans le débat, puis nous conseillons la politique en fonction de leurs expériences. Qu'est-ce que ça veut dire de grandir comme ça ? Qu'est-ce qui leur manque? Quelles sont les exclusions qu'ils subissent ? Ensuite, nous devons examiner ce qui fonctionne au niveau fédéral, au niveau flamand, mais surtout aussi au niveau local.