Là, derrière le rideau tiré, on ne murmure pas à un grillage. Pas plus qu'on ne fait face qu'à un chapelet de noms, répartis en colonnes et qu'on marque d'une sorte de croix, comme on le fait pour des chiffres à la plupart des jeux de hasard. Là, au fond, on est censé se regarder, comme dans une glace ; se rappeler pourquoi on s'y est engouffré ; à quoi va servir le geste qu'on va poser, au crayon rouge ou électronique ; à qui, surtout. Et pourquoi on l'a décidé.
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Là, derrière le rideau tiré, on ne murmure pas à un grillage. Pas plus qu'on ne fait face qu'à un chapelet de noms, répartis en colonnes et qu'on marque d'une sorte de croix, comme on le fait pour des chiffres à la plupart des jeux de hasard. Là, au fond, on est censé se regarder, comme dans une glace ; se rappeler pourquoi on s'y est engouffré ; à quoi va servir le geste qu'on va poser, au crayon rouge ou électronique ; à qui, surtout. Et pourquoi on l'a décidé. Il faudrait installer un miroir, dans chacun de ces isoloirs. Pour qu'avant de voter on s'y scrute, bien dans les yeux. Un miroir intelligent, comme un écran tactile. Ne s'y projeterait que le film de la législature écoulée. Qu'on puisse se remémorer les engagements d'alors. Les " promis juré ". Les " avec moi jamais ! " Les solutions trouvées par ceux qui avaient gagné la dernière fois, celles qu'ils n'ont pas conçues, ou qu'ils ont refusées, ou qu'ils n'ont pas cherchées. Ce qu'ont tenté les autres. Ce à quoi ils ne sont pas opposés. Ce à quoi ils ont participé. Les réussites, les progrès, les sacrément bonnes idées, les essais. Et les couacs, les erreurs, les ratages. Le miroir-écran passerait aussi en revue les propositions de ceux qu'on doit départager maintenant. On ne jugerait alors que sur les actes et les objectifs. En accord avec sa conscience, en cohérence avec ce à quoi on aspire. Pas juste par habitude, contrainte, opportunisme, colère, vice ou amnésie. Les résultats du scrutin de ce 14 octobre 2018 seraient fort différents de ce qu'ils seront plus que probablement en réalité. En tout cas en Wallonie et à Bruxelles, puisque la plupart des sondages d'intentions de vote et des politologues en prédisent une issue plus proche du statu quo général que du vaste big bang. Comme le rappelle Jérémy Dodeigne (université de Namur), la tradition électorale chez nous veut que le bourgmestre sortant rempile sans même avoir besoin de combattre. Et donc, en le prenant au mot, ce n'est pas sacrilège d'affirmer que si Alain Mathot, Stéphane Moreau, Armand De Decker ou Serge Kubla s'étaient représentés dans leur fief, malgré les scandales dans lesquels ils sont empêtrés, ils auraient tous été réélus, et peut-être avec encore plus de voix qu'avant. De la même manière, on doit, semble-t-il, se préparer à un partage des lauriers, donc des commandes de nos communes, entre une poignée de partis. Toujours les mêmes. Soit, à visage découvert ou plus ou moins cachés sous une autre étiquette (IC, Ensemble, Liste du bourgmestre, etc.), le PS, le MR, le CDH, DéFI et Ecolo. Avec, ici ou là, l'entrée ou le renforcement au conseil communal du PTB et du PP. Les listes réellement citoyennes devraient rester sur la touche. En attendant les régionales, fédérales et européennes du 26 mai prochain, explique-t-on. Traditionnellement encore, c'est lors de ces scrutins-là que s'expriment le plus, et de la façon la plus virulente, les votes sanction. La Flandre sait ce que cette sorte de représailles signifie, depuis des décennies. Bruxelles et la Wallonie nettement moins. Ce sont les citoyens y votant qui veulent ça. Dans leur isoloir, en se pinçant ou non le nez, ils font comme financer ce qui est, grosso modo, le même film depuis quarante ans. Evitant de se regarder dans un miroir. Et donc d'y reconnaître leur pire ennemi.