Nous sommes le 23 janvier 2018, salle Delvaux. Un expert de l'Inami introduit un dossier sensible : le prix des médicaments " hémophilie ". L'hémophilie, maladie génétique qui empêche le sang de coaguler, concerne environ 1 000 personnes en Belgique, dont 830 ont besoin de ces médicaments, onéreux, pour vivre. Un nombre très stable. Mais une utilisation de ces médicaments en plein boom : entre 2008 et 2016, les dépenses pour les facteurs de coagulation sont passées de 81 millions à 112,5 millions d'euros par an (+ 38 %). Car on traite à présent les patients de manière préventive afin d'éviter des dégâts corporels sur le long terme, principalement au niveau des articulations. Ce qui peut exiger des injectio...

Nous sommes le 23 janvier 2018, salle Delvaux. Un expert de l'Inami introduit un dossier sensible : le prix des médicaments " hémophilie ". L'hémophilie, maladie génétique qui empêche le sang de coaguler, concerne environ 1 000 personnes en Belgique, dont 830 ont besoin de ces médicaments, onéreux, pour vivre. Un nombre très stable. Mais une utilisation de ces médicaments en plein boom : entre 2008 et 2016, les dépenses pour les facteurs de coagulation sont passées de 81 millions à 112,5 millions d'euros par an (+ 38 %). Car on traite à présent les patients de manière préventive afin d'éviter des dégâts corporels sur le long terme, principalement au niveau des articulations. Ce qui peut exiger des injections intraveineuses parfois tous les deux jours. L'expert présente un dossier de révision de groupe - une demande de diminution de prix pour une famille de médicaments concernant plusieurs sociétés. Le rapport avance des chiffres comparatifs avec le reste de l'Europe. La Belgique paie le prix fort pour les médicaments " hémophilie ", principalement la catégorie des " facteurs huit " (FVIII, qui traite l'hémophilie type A, la plus fréquente). Le volume augmente, le prix ne bouge pas, donc les dépenses s'envolent. Selon le rapport Inami de janvier 2018, " les prix des facteurs VIII recombinants en Belgique sont 49,5 % plus chers que les prix médians obtenus dans les pays qui ont recours à des appels d'offre compétitifs et 21,3 % plus chers que dans les autres ". Si nos prix avaient été alignés en 2016 sur la moyenne européenne, le budget des soins de santé aurait été allégé de 21 millions d'euros. Une première proposition provisoire tombe : la CRM, sur la base du travail de l'Inami, avance une possibilité de 26 millions d'économie par an. Approuvé le 24 mai à l'unanimité. Le cabinet De Block devrait se réjouir : une réduction de 5 millions était prévue pour 2018 (et 6 en 2019); si la mesure est appliquée en juillet 2018 les soins de santé récupèrent 39 millions d'euros sur 2018/2019. Selon trois sources, rapidement après ce vote, un message du cabinet de la ministre parvient à l'Inami, relayé à l'ensemble de la CRM : hors de question de proposer cette économie aux firmes pharmaceutiques concernées. La procédure est bloquée. Le cabinet exige que le montant des économies proposées ne dépasse pas les 5 millions d'euros prévus dans l'accord budgétaire pour 2018 ! Retour à la salle Delvaux, le 2 octobre 2018. Nouvelle proposition de 11 millions. La CRM vote à majorité des deux tiers. Certaines firmes acceptent de baisser leur prix, d'autres refusent. Le cabinet revient à la charge avec... une demande de hausse des économies. Les réunions " budget " du dernier trimestre sont passées par là et la chasse aux économies est lancée. Du temps a été perdu depuis janvier 2018. Les parts de marché ont évolué, de nouveaux médicaments onéreux frappent à la porte de la CRM. Mais à quelques encablures des élections du 26 mai, la guerre des chiffres a commencé. Les mutuelles et la Fédération des maisons médicales rappellent que l'industrie pharmaceutique a dépassé ses prévisions de dépenses publiques de... 582 millions d'euros entre 2015 et 2018. Fin mars dernier, la ministre répond et promet une économie de 96 millions d'euros par an pour l'Etat. Parmi celles-ci, les réductions " hémophilie ". Selon nos informations, un accord aurait été passé il y a quelques jours pour une réduction de 11 millions. La mesure prendrait cours le 1er juillet prochain, soit 5,5 millions en 2019, au lieu des 26 proposés en mai 2018. Par Olivier Bailly.