Ces seize invitations officielles du gouvernement, envoyées "sur très haute instruction du président Paul Biya", ont abondamment circulé sur les réseaux sociaux et leur authenticité a été confirmée jeudi à l'AFP par les organisateurs du Grand dialogue national. Dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, des groupes armés affrontent les forces de sécurité dans des combats meurtriers depuis fin 2017, réclamant la création d'un Etat indépendant dans ces territoires où résident la plus grande partie de la minorité anglophone camerounaise. En deux ans, le conflit a déjà fait plus de 2.500 morts, selon le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG) et poussé plus de 530.000 personnes à fuir leur domicile, selon l'ONU. Après avoir fait preuve d'intransigeance, le président Biya a convoqué mi-août ce "grand dialogue national", qui doit se tenir du 30 septembre au 4 octobre dans la capitale camerounaise. Parmi les seize leaders séparatistes anglophones auxquels des invitations ont été envoyées, on retrouve des éminents chefs de groupes armés, comme Ebenezer Akwanga et Cho Ayaba, qui ont tous deux annoncé leur refus de participer à ce dialogue. "Nous, les leaders des différents groupes, organisations et mouvements séparatistes n'avons jamais été invités et nous ne sommes pas intéressés par ce soit-disant +dialogue national+ avec la République du Cameroun", a réagi M. Akwanga, joint au téléphone par l'AFP. Avec ce dialogue, le Cameroun veut jeter "de la poudre aux yeux à la communauté internationale plutôt que de trouver une solution complète et durable à la raison pour laquelle nous sommes en guerre: l'annexion de notre patrie, Southern Cameroons", a-t-il ajouté. L'une des figures séparatistes les plus influentes sur internet, Mark Bereta, a toutefois posté son invitation sur sa page Facebook. Sans annoncer s'il acceptait l'invitation, il a seulement commenté: "oh Seigneur, les tentations viennent de toute part". Les séparatistes plus modérés ont généralement posé comme préalable à l'ouverture de toute discussion avec le pouvoir central la libération de tous les détenus de la crise anglophone et le retrait de l'armée dans les deux régions anglophones. Dans son discours mi-septembre, le président Biya avait déjà invité les groupes armés au dialogue, et dans le même temps, demandé aux pays étrangers de prendre des sanctions contre les leaders indépendantistes. (Belga)