L'annonce d'un accord MR-CDH de gouvernement wallon, le 25 juillet, en est la dernière illustration en date. La plus importante aussi, sans doute, parmi l'avalanche qui a enseveli les trois partis politiques francophones traditionnels, en l'espace de sept mois. La plus importante, parce que l'avènement d'une majorité libérale-chrétienne, toute menue soit-elle (un siège), renvoie les socialistes dans l'opposition après trente ans de pouvoir ininterrompu. Trente ans ! C'est, déjà, en soi, une révolution.
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L'annonce d'un accord MR-CDH de gouvernement wallon, le 25 juillet, en est la dernière illustration en date. La plus importante aussi, sans doute, parmi l'avalanche qui a enseveli les trois partis politiques francophones traditionnels, en l'espace de sept mois. La plus importante, parce que l'avènement d'une majorité libérale-chrétienne, toute menue soit-elle (un siège), renvoie les socialistes dans l'opposition après trente ans de pouvoir ininterrompu. Trente ans ! C'est, déjà, en soi, une révolution. Somme toute, de la même ampleur que celle déclenchée en 2014 au niveau fédéral. C'était aussi l'été. C'était aussi avec le MR à la manoeuvre. C'était aussi pour éjecter le Parti socialiste du gouvernement belge, pour la première fois depuis 1987 ! En à peine trois ans donc, tout en pouvant revendiquer le statut de premier parti francophone selon le verdict des dernières élections, les troupes d'Elio Di Rupo ont perdu deux niveaux de pouvoir qui leur semblaient acquis depuis et pour toujours. Un PS viré de l'exécutif wallon. Un PS massacré dans les sondages d'intentions de vote, en Wallonie et à Bruxelles. Un PS miné par les scandales. Un PS déchiré entre ses fédérations. Un PS où la contestation des militants gronde tant et plus et qui cible non pas les petits barons mais les grands seigneurs historiques. Un PS où la guerre des chefs couve, de moins en moins discrètement. C'est peu dire que, pour les socialistes francophones, l'année en cours tourne au cauchemar. Jusqu'entre ses propres murs. C'est aussi une révolution. Qui devrait, dans les semaines, les mois ou les deux ans à venir, signifier la fin de l'ère Di Rupo. Sans doute aussi celle de Laurette Onkelinx. Paul Magnette et Jean-Claude Marcourt devraient alors reprendre les commandes d'un parti dont on ne jurerait pas aujourd'hui qu'il ne sera pas en ruine après les scrutins communaux de l'année prochaine, fédéral et régionaux de 2019. En attendant, voilà le MR et le CDH embarqués pour deux ans de gouvernement wallon. Deux ans de gestion de la révolution au sud du pays. C'est court. Et dans un contexte, finalement, pas si favorable que ça. Le parti de Benoît Lutgen était quasiment rayé de la carte, dans les derniers sondages. Et il va falloir récurer fort, et profond, pour effacer des mémoires qu'il était l'allié, indéfectible, du PS, depuis des millénaires, presque façon caniche, comme Tony Blair avec George Bush en d'autres temps, sur d'autres terres, à d'autres échelles. Celui d'Olivier Chastel préparait son arrivée au sommet plutôt dans vingt-quatre mois. Et plutôt avec les socialistes. Avant que Publifin, le Samusocial et la volte-face de Lutgen les condamnent. Par ailleurs, si le Parti socialiste dégringole dans les intentions de vote, c'est le PTB qui y caracole, chaque mois davantage, démontrant que, en Wallonie, aujourd'hui encore, le coeur d'une majorité d'électeurs est bien à gauche. Les nouveaux guides de la nouvelle révolution savent donc qu'ils ne sont pas portés par un peuple tout acquis à leur cause ni à leur panache. D'autant qu'une interrogation, majeure, demeure. Le duo MR-CDH n'a-t-il pas, au fond, remporté qu'une victoire d'arrière-garde ? Clairement : la vraie révolution, wallonne comme bruxelloise et fédérale, ne se développe-t-elle pas pour l'instant loin de Benoît Lutgen, Olivier Chastel et compagnie ? Parmi tous ces " simples citoyens " qui sont occupés à mettre sur pied des partis et mouvements qui submergeront ceux qui nous dirigent depuis l'après-guerre ? La réponse n'adviendra qu'aux prochaines élections, surtout celles de 2019. Mais aujourd'hui, nous ne parierions pas sur le contraire.