Dans le développement de la pandémie, un phénomène inquiétant se manifeste avec une force croissante: la contestation des autorités en charge et la lutte contre le mal.

On n'en finirait pas de les énumérer depuis les soirées festives dans des lieux privés jusqu'à l'envahissement carnavalesque des places publiques, en passant par l'aveu de transgression d'un président de parti gouvernemental ou la critique médiatisée d'un autre président au terme d'un comité de concertation difficile dans lequel siégeaient trois représentants de sa formation.

Observons-le sans plaisir: les gouvernements peinent à faire comprendre la gravité de l'épidémie qui pourtant s'étale dans les journaux de la presse écrite ou audiovisuelle. L'adhésion du public, en d'autres termes, des citoyens, apparaît non seulement comme un échec consommé. La conséquence en est une accumulation de transgressions qui risque d'hypothéquer pour longtemps le respect de la loi et des actes et mesures réglementaires qui en découlent.

Une image pour illustrer le propos: c'est l'automobiliste qui roule un peu sur la ligne blanche, puis un peu plus, puis l'oublie jusqu'à la collision frontale.

Comment expliquer cette distanciation entre la norme et le comportement?

La première raison me paraît résider dans l'oubli du parlement comme point de départ de tout acte gouvernemental. Le débat permet de refléter toutes les attentes de l'opinion publique. Le Gouvernement, invoquant l'urgence, a cru pouvoir se dispenser de cette étape primordiale. A tort.

La deuxième raison est l'oubli que le pouvoir est plus facilement toléré s'il actionne des courroies de transmission qui le relient à la société.

Il n'aurait pas été contraire à la neutralité de notre pays si l'archevêque, l'imam de la grande mosquée, le grand rabbin, le représentant des cultes protestants, le porte-parole du grand orient de Belgique et celui de la grande loge avaient, ensemble, souligné le devoir moral de chacun et la dette de tous à l'égard de chacun dans le respect des gestes barrières et dans l'abstention de réunions propices à la contamination.

Il eût été sage d'inviter les responsables des diverses activités sportives pour étudier avec eux le moyen terme entre les rassemblements de spectateurs dans les stades et l'interdiction de la pratique des sports dont on sait l'utilité dans le développement de la jeunesse.

A côté des experts scientifiques, la voix des artistes aurait pu être entendue. On aurait su que des conditions de salubrité et de protection étaient compatibles avec l'ouverture de salles de spectacle. Le même raisonnement s'applique aux cinémas et aux musées Il aurait dès lors été plus compréhensible que les cortèges, carnavals et autres festivals, par la promiscuité qui leur est propre, attendent des jours meilleurs pour réjouir nos rues ou nos places publiques.

Une négociation avec les représentants des hôtels, cafés, cafétérias, restaurants, organisateurs de festivités aurait démonté, là aussi, qu'un moyen terme existe entre la fermeture obligatoire et le respect des normes d'hygiène et de protection réciproque.

Quant à l'électro-choc attendu de la fermeture des salons de soin à la personne et des commerces non-essentiels, il ne s'est pas produit dans le sens espéré par le ministre de la santé : il a jeté la suspicion sur les bases scientifiques des décisions annoncées. Ici aussi, les fermetures imposées auraient pu être atténuées par la prise en compte des dégâts sociaux et économiques qu'elles entraînaient et le respect des efforts consentis lors de la première vague.

Quant aux écoles, la responsabilisation des pouvoirs organisateurs, des organisations syndicales et des directions d'établissements aurait été de beaucoup préférable aux approximations et hésitations dont nous avons subi le triste spectacle. A l'approche de la fin de l'année scolaire, il serait opportun que l'évaluation des dommages subis par nos jeunes conduise à un consensus sur les mesures à prendre pour résorber les retards inévitables enregistrés aux différents niveaux de l'enseignement. Il faut y insister : le consensus s'impose en cette matière. Quand on ferme une école, on ne peut fermer les yeux sur les dégâts qui s'accumulent !

Pierre HAZETTE,

Sénateur honoraire,

Ancien ministre.

Dans le développement de la pandémie, un phénomène inquiétant se manifeste avec une force croissante: la contestation des autorités en charge et la lutte contre le mal.On n'en finirait pas de les énumérer depuis les soirées festives dans des lieux privés jusqu'à l'envahissement carnavalesque des places publiques, en passant par l'aveu de transgression d'un président de parti gouvernemental ou la critique médiatisée d'un autre président au terme d'un comité de concertation difficile dans lequel siégeaient trois représentants de sa formation.Observons-le sans plaisir: les gouvernements peinent à faire comprendre la gravité de l'épidémie qui pourtant s'étale dans les journaux de la presse écrite ou audiovisuelle. L'adhésion du public, en d'autres termes, des citoyens, apparaît non seulement comme un échec consommé. La conséquence en est une accumulation de transgressions qui risque d'hypothéquer pour longtemps le respect de la loi et des actes et mesures réglementaires qui en découlent.Une image pour illustrer le propos: c'est l'automobiliste qui roule un peu sur la ligne blanche, puis un peu plus, puis l'oublie jusqu'à la collision frontale.Comment expliquer cette distanciation entre la norme et le comportement?La première raison me paraît résider dans l'oubli du parlement comme point de départ de tout acte gouvernemental. Le débat permet de refléter toutes les attentes de l'opinion publique. Le Gouvernement, invoquant l'urgence, a cru pouvoir se dispenser de cette étape primordiale. A tort.La deuxième raison est l'oubli que le pouvoir est plus facilement toléré s'il actionne des courroies de transmission qui le relient à la société.Il n'aurait pas été contraire à la neutralité de notre pays si l'archevêque, l'imam de la grande mosquée, le grand rabbin, le représentant des cultes protestants, le porte-parole du grand orient de Belgique et celui de la grande loge avaient, ensemble, souligné le devoir moral de chacun et la dette de tous à l'égard de chacun dans le respect des gestes barrières et dans l'abstention de réunions propices à la contamination.Il eût été sage d'inviter les responsables des diverses activités sportives pour étudier avec eux le moyen terme entre les rassemblements de spectateurs dans les stades et l'interdiction de la pratique des sports dont on sait l'utilité dans le développement de la jeunesse.A côté des experts scientifiques, la voix des artistes aurait pu être entendue. On aurait su que des conditions de salubrité et de protection étaient compatibles avec l'ouverture de salles de spectacle. Le même raisonnement s'applique aux cinémas et aux musées Il aurait dès lors été plus compréhensible que les cortèges, carnavals et autres festivals, par la promiscuité qui leur est propre, attendent des jours meilleurs pour réjouir nos rues ou nos places publiques.Une négociation avec les représentants des hôtels, cafés, cafétérias, restaurants, organisateurs de festivités aurait démonté, là aussi, qu'un moyen terme existe entre la fermeture obligatoire et le respect des normes d'hygiène et de protection réciproque.Quant à l'électro-choc attendu de la fermeture des salons de soin à la personne et des commerces non-essentiels, il ne s'est pas produit dans le sens espéré par le ministre de la santé : il a jeté la suspicion sur les bases scientifiques des décisions annoncées. Ici aussi, les fermetures imposées auraient pu être atténuées par la prise en compte des dégâts sociaux et économiques qu'elles entraînaient et le respect des efforts consentis lors de la première vague.Quant aux écoles, la responsabilisation des pouvoirs organisateurs, des organisations syndicales et des directions d'établissements aurait été de beaucoup préférable aux approximations et hésitations dont nous avons subi le triste spectacle. A l'approche de la fin de l'année scolaire, il serait opportun que l'évaluation des dommages subis par nos jeunes conduise à un consensus sur les mesures à prendre pour résorber les retards inévitables enregistrés aux différents niveaux de l'enseignement. Il faut y insister : le consensus s'impose en cette matière. Quand on ferme une école, on ne peut fermer les yeux sur les dégâts qui s'accumulent !Pierre HAZETTE,Sénateur honoraire,Ancien ministre.