Une résolution inédite appelant à "commémorer le génocide arménien" a été adoptée en séance plénière mardi par l'écrasante majorité de 405 voix sur 435, avec une rare union entre démocrates et républicains américains. Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a salué ce "vote historique", dans un message sur Twitter, en estimant que cette résolution "est un pas audacieux vers la vérité et la justice historique qui offre également un réconfort à des millions de descendants des survivants du génocide arménien". "L'Arménie remercie profondément les membres de la Chambre des représentants pour leur vote résolu et impressionnant (...) qui fait preuve de leur fidélité infinie à la vérité, la justice, l'humanité, la solidarité et les valeurs universelles des droits humains", a déclaré pour sa part le ministère arménien des Affaires étrangères, dans un communiqué. Ce sentiment était largement partagé par des Arméniens ordinaires dans les rues d'Erevan, la capitale. "Je suis si heureux que les Etats-Unis aient finalement reconnu le génocide arménien", a confié à l'AFP le cordonnier Korioun Hakobian, 69 ans. "D'autres pays vont désormais suivre l'exemple américain", est-il convaincu. Le génocide arménien est reconnu par une trentaine de pays et la communauté des historiens. Selon les estimations, entre 1,2 million et 1,5 million d'Arméniens ont été tués pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l'Empire ottoman, alors allié de Allemagne et de l'Autriche-Hongrie. Mais la Turquie refuse l'utilisation du terme "génocide", évoquant des massacres réciproques sur fond de guerre civile et de famine ayant fait des centaines de milliers de morts dans les deux camps. Certains Arméniens ont cependant relativisé la portée du vote américain, en rappelant qu'il intervient au moment où les relations entre Ankara et Washington, deux alliés au sein de l'Otan, traversent de fortes tensions. "Le génocide continue d'être un instrument politique, une carte à jouer entre les mains des puissances mondiales", a assuré ainsi à l'AFP Souren Manoukian, historien du Musée du Génocide à Erevan, en appelant à "considérer cette résolution à travers le prisme de la politique étrangère des Etats-Unis à l'égard de la Turquie". (Belga)