"Plus que les animaux du zoo, ce qui m'intéresse, ce qui me passionne, c'est le regard des hommes sur eux. " Les animaux, et la représentation artistique des animaux : cette double passion habite Frank Pé, lui semble-t-il, depuis toujours. Il y a près de dix ans, l'auteur de Broussaille et de la trilogie Zoo, qu'il venait enfin d'achever, envisageait de créer un... " atelier zoo " dans son propre atelier, qui ressemblait déjà à un miniparc animalier et, sans doute, à l'ébauche de ce que sera peut-être un jour l'Animalium. Une première interview fut ainsi réalisée sur place, sous les yeux de quatre bébés crocodiles, et aux côtés de tortues, de poissons géants et de piranhas herbivores. En 2016, la table à dessin de Frank Pé est d'ailleurs toujours coincée entre un vivarium et un minilac artificiel, et le discours n'a pas changé. Il a seulement pris de l'envergure : " J'ai toujours gardé des animaux ; à 20 ans, j'avais déjà 50 reptiles à la maison, mais ça n'a jamais été un but en soi. Le principe, la passion, ça a toujours été de les voir, de les côtoyer, de les dessiner. Or, regarder un animal ne suffit pas à le dessiner, la surface n'est pas suffisante, il faut aller en profondeur : chaque espèce est différente, chaque animal possède sa propre anatomie et dégage sa propre personnalité, qui s'exprime également dans son mouvement, son expression, sa biologie, ses comportements, son biotope... Mais cela demande de les avoir observés beaucoup en vrai. Et c'est ce que proposera, un jour j'espère, l'Animalium. "
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"Plus que les animaux du zoo, ce qui m'intéresse, ce qui me passionne, c'est le regard des hommes sur eux. " Les animaux, et la représentation artistique des animaux : cette double passion habite Frank Pé, lui semble-t-il, depuis toujours. Il y a près de dix ans, l'auteur de Broussaille et de la trilogie Zoo, qu'il venait enfin d'achever, envisageait de créer un... " atelier zoo " dans son propre atelier, qui ressemblait déjà à un miniparc animalier et, sans doute, à l'ébauche de ce que sera peut-être un jour l'Animalium. Une première interview fut ainsi réalisée sur place, sous les yeux de quatre bébés crocodiles, et aux côtés de tortues, de poissons géants et de piranhas herbivores. En 2016, la table à dessin de Frank Pé est d'ailleurs toujours coincée entre un vivarium et un minilac artificiel, et le discours n'a pas changé. Il a seulement pris de l'envergure : " J'ai toujours gardé des animaux ; à 20 ans, j'avais déjà 50 reptiles à la maison, mais ça n'a jamais été un but en soi. Le principe, la passion, ça a toujours été de les voir, de les côtoyer, de les dessiner. Or, regarder un animal ne suffit pas à le dessiner, la surface n'est pas suffisante, il faut aller en profondeur : chaque espèce est différente, chaque animal possède sa propre anatomie et dégage sa propre personnalité, qui s'exprime également dans son mouvement, son expression, sa biologie, ses comportements, son biotope... Mais cela demande de les avoir observés beaucoup en vrai. Et c'est ce que proposera, un jour j'espère, l'Animalium. " L'Animalium, nom choisi par Frank Pé pour incarner ce concept qui mélangera art, public et animaux vivants, n'existait jusqu'à présent qu'à l'état de rêve et de dessins. Un rêve en passe aujourd'hui de devenir réalité : le bédéiste a probablement trouvé le lieu idoine et idyllique, entre Namur et Andenne, pour créer et installer un lieu qui sera unique en Belgique, en Europe, et peut-être même dans le monde. Reste à trouver les fonds, et à entamer un parcours du combattant qui lui prendra des années. Mais qui bouclera, aussi, une boucle d'une incroyable cohérence, et, sans aucun doute, l'oeuvre d'une vie. Trois lectures vont marquer la jeunesse de Frank Pé, puis toute sa vie d'artiste : la bande dessinée d'abord - " je lisais tout, j'aimais tout, mais avec le temps, je vois quand même que c'était Franquin le phare qui brillait le plus fort " - une biographie de Rodin ensuite - " il reste pour moi encore aujourd'hui un modèle d'artiste, ma référence première " - et enfin, à 12 ou 13 ans, la découverte des dessins animaliers de l'Allemand Walter Helfenbein - " un dessinateur peu connu, mais un grand maître : il y a de la vie dans ses dessins, une virtuosité et une connaissance rare de l'animal croqué sur le vif. " Une sainte trinité qui accompagnera sa passion pour les animaux. " A partir de 15 ou 16 ans, je suis tout le temps dans les zoos et dans les cirques, j'ai passé des semaines entières à dessiner des éléphants dans les grandes ménageries de l'époque. Et dès mes 19 ans, j'ai pu me payer une carte inter-rail et fait le tour de tous les zoos européens. Le début de voyages incessants. " Depuis, toutes ces références ne l'ont jamais quitté - de sa première bande dessinée, Comme un animal en cage, à la création de Broussaille, de L'Elan, de Zoo ou de son tout récent Spirou (lire l'encadré page 57). Mais c'est bien avec Zoo, récit tragique et humaniste qu'il entame, dès 1994, dans la collection Aire Libre, que l'envie de passer du rêve à la réalité commence à prendre forme. Zoo ou l'histoire d'un zoo Art nouveau créé au début du siècle en Normandie, déjà habité par l'art mais dont l'envol et la beauté seront fauchés par la Première Guerre mondiale. " J'ai commencé à y voir l'occasion de faire le saut de la fiction vers la réalité, et ça ne m'a plus quitté. " Frank Pé développe alors le concept, l'architecture, multiplie dessins et plans, envisage maintes scénographies. Mais alors qu'il a entamé des travaux dans son atelier pour en concrétiser au moins un ersatz, voilà qu'il découvre presque par hasard un lieu qui semblait n'attendre que lui, et son Animalium : une ancienne carrière, aujourd'hui inexploitée, parfaitement située, le long de la Meuse, entre Namur et Andenne. Plusieurs hectares de terrain, en escalier, que l'on pourrait moduler et faire évoluer. Il y a même un lac artificiel que l'on garderait en l'état. Les propriétaires ne sont pas réfractaires au projet, les autorités locales non plus. Un projet qu'il ne faut évidemment pas confondre avec Pairi Daiza, le fameux parc pour lequel Frank Pé avait d'ailleurs assuré quelques scénographies, mais tout à fait différent dans les attentes, la taille ou le concept : on ne cherchera pas ici l'exhaustivité ou le spectaculaire, on ne veut pas 30 bouquetins ou 10 chameaux, il en suffit d'un, bien installé, pour pouvoir l'observer et le représenter. Il s'agit de conserver au maximum l'écosystème du lieu. " Mais tout reste à faire ", insiste Frank Pé. Ce sera un long chemin, menant du rêve à la réalité, qu'il s'est décidé à résolument emprunter : il lui faudra d'abord plus de 40 000 euros pour réaliser, avec des experts en zootechnie et zootechnologie déjà approchés, un premier business plan étudiant précisément la faisabilité d'une telle implantation, et le chiffrage précis de l'investissement global que représentera l'Animalium. Une étude de faisabilité et de préprogrammation dont le financement passe désormais par la plate-forme de crowdfunding Ulule (1) : contre de multiples contreparties (la carte de membre des Amis de l'Animalium, des dessins originaux, des fresques grand format, un album exclusif qui racontera les débuts de cette grande aventure, une présentation et une visite exclusives), Frank Pé espère récolter un minimum de 28 000 euros (mais 40 000 idéalement) pour, enfin, entamer la première phase de concrétisation de son Animalium. En une semaine, la levée de fonds a atteint 50 % de ses objectifs. Il lui reste un peu plus de quarante jours pour atteindre ce premier but. Le concept, lui, semble désormais mûr dans l'esprit de son auteur et comme il est expliqué en ouverture de sa levée de fonds : " A Andenne, près de Namur, en Belgique, on vient de découvrir dans une carrière inexploitée les traces du zoo des Roches, oublié depuis la Première Guerre mondiale. Un zoo de style Art nouveau, peuplé non seulement de nombreuses espèces exotiques, mais aussi d'oeuvres animalières inspirées par les modèles vivants que côtoyaient les artistes... " Des vrais-faux vestiges d'un zoo Art nouveau autour desquels sera bâti un parc animalier moderne, garant du bien-être animal, et qui mêlera art et nature, animaux et art animalier ; des espaces thématiques mêlant animaux, sculptures, dessins et grand format. Un Animalium avec des espaces extérieurs et intérieurs pour accueillir public, artistes et expositions temporaires. Y proposer des résidences et des visites scolaires. Donner à la fois le goût du beau, et de l'animal. Frank Pé s'y voit déjà. Comme un poisson dans l'eau. (1) www.fr.ulule.com/lanimalium