Dans la capitale, la manifestation de quelques centaines de personnes, d'abord réunie dans le calme devant le Crous (services universitaires), "s'est transformée en cortège sauvage dans le quartier latin", selon une source policière. Quelques manifestants sont alors allés jusqu'au ministère de l'Enseignement supérieur et ont "dégradé" la grille d'entrée, selon la même source, ajoutant que le calme est revenu "après l'intervention des forces de l'ordre". Une partie de la grille d'entrée du ministère a été forcée et mise à terre, remplacée dans la soirée par une palissade en tôle, et un tag "La précarité tue" a été inscrit sur un mur du ministère, a constaté un journaliste de l'AFP. "L'une des portes d'entrée a été enfoncée, donnant ainsi lieu à une brève intrusion", a confirmé le ministère de l'Enseignement supérieur, dans un communiqué publié dans la soirée. Vendredi après-midi, le jeune homme de 22 ans, en grande difficulté financière, s'était grièvement brûlé en s'immolant en pleine rue, devant un restaurant universitaire. Touché à 90%, il était toujours entre la vie et la mort à l'hôpital mardi. Il a expliqué son geste dans un message sur Facebook avant d'agir. Il y évoque ses difficultés financières, sur fond de revendications politiques. Le jeune homme avait perdu sa bourse en "triplant" sa deuxième année de licence (L2) à l'université. "Aujourd'hui je vais commettre l'irréparable. Si je vise le bâtiment du Crous (Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires), ce n'est pas par hasard. Je vise un lieu politique, le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et par extension le gouvernement", a-t-il indiqué. "Cette année, faisant une troisième L2, je n'avais pas de bourse mais même quand j'en avais, 450 euros par mois, est-ce suffisant pour vivre ?", ajoutait-il. Selon le syndicat Solidaires étudiant-e-s, qui a appelé à des rassemblements dans une quarantaine de villes, ce geste "extrême" illustre une précarité "commune". "Nous ne sommes pas à l'abri d'autres tentatives de suicide", a lancé un militant au haut-parleur, exigeant "une prise de position publique du ministère". "Ce sont des difficultés que connaissent beaucoup d'étudiants (...) ç'aurait pu être un autre", affirme pour sa part Bastien Pereira Besteiro, enseignant à l'université Lyon 2 et militant du syndicat Sud-Éducation. "Il n'est pas normal d'en arriver à cette extrémité pour pouvoir se faire entendre, les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités". Samedi, la présidente de Lyon 2, Nathalie Dompnier, avait indiqué à l'AFP que l'établissement n'avait pas connaissance "de difficultés personnelles" concernant l'étudiant immolé, "très impliqué au sein des instances" de l'université. A Lille (nord), l'ancien président François Hollande a été empêché de donner une conférence à l'université par des manifestants dénonçant la précarité étudiante. L'ex-président n'était pas dans l'amphithéâtre lorsqu'une centaine de personnes l'ont envahi, scandant "Lyon, Lyon, ni oubli, ni pardon", "Hollande assassin!", "la précarité tue, tous responsables". La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a condamné "fermement", dans le communiqué du ministère, "les violences et les dégradations qui ont eu lieu en marge des rassemblements qui se sont tenus" dans la journée. (Belga)