Près de 180 jours après les élections, il est encore trop tôt pour faire un choix définitif. C'est la conclusion provisoire du premier rapport de l'informateur, Paul Magnette.

Officiellement, le président du PS travaille uniquement sur le contenu. Il s'efforce de trouver le plus de grand consensus possible autour de thèmes spécifiques : le niveau d'emploi et la qualité du travail, la cohésion sociale, la transition climatique, la justice et la sécurité, les migrations et la modernisation de l'Etat fédéral.

Il aurait déjà atteint un consensus sur un certain nombre de points bien que cela reste très vague. Ainsi les dix partis veulent s'atteler à l'augmentation du taux d'emploi et ils attendent aussi plus d'argent pour la police et la justice. Pas exactement les thèmes les plus controversés.

Les personnes interrogées qualifient sa méthode de travail d'"intelligente". "Celui qui s'attache à une proposition écrite noir sur blanc peut difficilement, par la suite, faire un pas de côté. Magnette veut que les parties se retrouvent à nager tous ensemble dans une pièce forcément sans issues sans pour autant perdre la face.

Et pendant tout ce temps, une question demeure. C'est la même que celle posée par Jean-Luc Dehaene (CD&V) en 2007 dans sa fameuse note: quid de la N-VA ?

Il y a quelques éléments du discours de Magnette qui peuvent laisser croire qu'une entente entre les deux plus grands partis de chaque côté de la frontière linguistique est possible. Par exemple, le fait que l'on ait traité de façon séparée la migration et la justice et la sécurité. Des thématiques soigneusement choisies pour répondre aux principaux enjeux politiques des nationalistes flamands. En outre, Magnette ouvre la porte à la réforme institutionnelle en abordant la " modernisation du pays " comme un sujet de discussion à part entière. Lundi, le président du PS a ainsi souligné qu'il veut mener cette conversation "sans tabous".

Paul Magnette, lors de la conférence de presse du 18 novembre 2019 © Belga Images

Mais au sein de la N-VA, on reste sceptique. Comme Magnette l'a lui-même souligné, cette " conversation sans tabou " peut aussi aborder le thème d'une re-fédéralisation de certaines politiques, comme le propose, par exemple, l'Open VLD. Le transfert des compétences flamandes vers le niveau fédéral n'est cependant pas négociable pour le parti de Bart De Wever.

Et qu'en est-il du choix de Magnette d'engager, cette semaine encore, un dialogue avec les partenaires sociaux et les mouvements actifs dans le domaine de la réduction de la pauvreté et de l'écologie ? Alors que la N-VA insiste sur la " primauté de la politique ", Magnette s'intéresse à la société civile. La question est dès lors de savoir s'il faut voir là plus qu'une manoeuvre pour faire traîner les choses.

Grand Canyon

Quoi qu'il en soit, à l'intérieur de la N-VA, on se tâte. D'un côté, on dénonce la manière dont les autres partis les catégorisent comme des caractériels qui ne veulent pas rejoindre le gouvernement. "Nous sommes toujours disponibles", entend-on à la rue Royale. Et d'un autre, on entend un son de cloche différent chez Geert Bourgeois. Le préformateur parlait lui d'un " Grand Canyon " entre N-VA et PS, à la sortie de sa mission. Bourgeois avançait même quelques chiffres concrets. Selon l'ancien Ministre président flamand, le PS veut dépenser 8 milliards d'euros supplémentaires. En balançant de tels chiffres, on ne crée pas un sentiment de confiance. A la N-VA on ne pardonne toujours pas le fait que Magnette a attaqué la N-VA face caméra alors De Wever était avec le roi. "Magnette a toujours une préférence pour un gouvernement violet-vert", peut-on entendre dans les couloirs.

La fin de la mission des préformateurs Bourgeois et Rudy Demotte (PS) n'a pourtant pas été la catharsis nécessaire pour que la formation se dirige vers ce type de gouvernement (ou autres combinaisons sans la N-VA). "C'est tout simplement encore trop tôt pour les autres partis", estime-t-on au sein de la N-VA.

La question est maintenant de savoir quand et comment cette catharsis pourrait avoir lieu.

On pourrait déjà avoir un avant-goût d'un possible dénouement en regardant du côté des réseaux sociaux. On y a déjà vu une campagne impitoyable de la N-VA sur Facebook. Elle disait en substance: "Sur quelle planète vit Paul Magnette ?"

Cette campagne a été suivie d'une autre campagne visant spécifiquement les partis qui ont approuvé une résolution demandant à la Belgique d'adhérer à un plan de dispatching des réfugiés arrivés par bateau. "Grâce à Ecolo/Groen, PS et CD&V, la Belgique participe volontairement au plan de redistribution des migrants en plus de la crise de l'asile. Folie."

De quoi aussi faire réfléchir à deux fois le CD&V. "Que la N-VA soit à l'intérieur ou à l'extérieur du gouvernement : ça n'a pas vraiment d'importance', a ainsi soupiré lundi un membre du CD&V.

Lundi, Gwendolyn Rutten a encore rajouté une couche. La présidente de l'Open VLD, a ouvertement exprimé son soutien à la mission d'information de Magnette sur Twitter. "La tâche est difficile, mais l'informateur Paul Magnette prend les choses au sérieux. C'est également nécessaire. Notre pays mérite un gouvernement qui travaille dur".

Le leader de la N-VA Theo Francken s'est chargé de répondre à Rutten. Sur sa page Instagram on pouvait ainsi lire: "Notre pays mérite un gouvernement qui se retrousse les manches et ne met pas ses mains dans les poches flamandes."

A-t-on déjà tranché dans ces deux partis ?