La commission cherche à comprendre les circonstances dans lesquelles la Belgique a permis la libération d'intérêts issus de fonds libyens gelés en raison de sanctions internationales contre le régime de l'ex-leader Mouammar Kadhafi. Une libération qui a été jugée contraire au régime de sanctions par les Nations unies.

La Trésorerie, autorité compétente pour veiller au respect des sanctions, est à l'origine de cette libération. Son ancien administrateur-général, Marc Monbaliu, a écrit le 4 octobre 2012 à Euroclear, institution qui abrite ces fonds, pour lui indiquer que les intérêts générés par les fonds n'étaient pas gelés, conformément aux interprétations données par des services de la Commission européenne et du Conseil européen. A cette époque, M. Vanackere est ministre des Finances. Entendu dans la matinée, l'intéressé a toutefois indiqué que le paiement avait, selon lui, commencé avant. Le 18 novembre 2011, une fonctionnaire de la Trésorerie a fait savoir à Euroclear que le gel ne s'appliquait pas aux intérêts. Dans un courrier qui remonte à mars 2018, les conseils d'Euroclear expliquent que dès le 19 novembre 2011, la banque a entamé la procédure visant à la libération des intérêts, notamment l'ouverture d'un compte distinct. Or, à ce moment, M. Reynders est aux Finances pour trois semaines encore.

Interrogé par les députés, M. Reynders a maintenu qu'aucune décision n'avait été prise et aucun paiement effectué quand il était ministre des Finances. Il en veut pour preuve l'insistance manifestée par Euroclear à obtenir une confirmation en bonne et due forme de la Trésorerie, qui se traduira par la lettre du 4 octobre 2012. Le 26 septembre 2012, un représentant d'Euroclear explique ainsi qu'il est pressé par ses clients "de libérer les montants le plus rapidement possible". "Je constate qu'il y a une contradiction entre ce qu'a dit M. Vanackere et M. Reynders", a souligné le député Dirk Van der Maelen (sp.a) qui a réclamé une confrontation.

Le ton est sérieusement monté à propos d'une autre question. L'une des institutions propriétaires de ces fonds est la Libyan Investment Authority (LIA). Cette institution a participé à augmentation de capital de Fortis en 2008. Le député Georges Dallemagne (cdH) s'est demandé si un lien pouvait être établi avec le sauvetage de Fortis. M. Reynders, qui a piloté ce sauvetage, s'est insurgé contre une "insinuation qui vise à salir une personne". L'augmentation de capital en question s'est déroulée le 26 juin 2008 et c'est elle qui a précipité la chute de la banque quelques mois plus tard, quand a éclaté la crise financière, a-t-il fait remarquer.