Le prince, âgé de 55 ans, a fait ces déclarations dans un rare entretien à la RTBF à propos de ce litige et du refus opposé fin janvier par Charles Michel à sa demande d'intervention. "Je ne vois pas la raison pour laquelle je suis à ce point stigmatisé et écrasé", déclare le frère du roi. L'an dernier, il avait vu sa dotation d'Etat réduite de 15% pour avoir rencontré des dignitaires étrangers sans l'accord préalable du gouvernement, une mesure inédite dans le royaume. "Je ne vous cache pas que mon grand rêve est de quitter tout ce monde qui est sans arrêt envieux", poursuit Laurent dans l'entretien à la RTBF, jugeant "vraiment lassant" d'essuyer des critiques depuis son enfance. "Si j'avais vraiment fait quelque chose de travers, ça se serait su".

"Je m'attendais à être confronté à de la corruption en Libye, mais ce que j'ai vécu en Belgique, je ne pouvais pas l'imaginer."

Dans cet entretien, il qualifie les activités de son ASBL, qui visaient à reboiser des zones arides du désert libyen, de "projet d'une vie". "J'étais prêt à m'exiler à Tripoli, (...) mes enfants avaient même commencé à apprendre l'arabe", affirme le prince Laurent. Ce dernier dénonce l'attitude du gouvernement à son égard, alors qu'une décision de justice a enjoint l'exécutif à faire le nécessaire pour récupérer les 50 millions d'euros qui sont dus à son ASBL. "Je me sens personnellement touché parce que tous les projets que j'ai menés étaient bénéfiques pour la communauté, je ne vois pas pourquoi je suis stigmatisé, je ne l'accepterai jamais", affirme le prince Laurent.

"Je m'attendais à être confronté à de la corruption en Libye, mais ce que j'ai vécu en Belgique, je ne pouvais pas l'imaginer." Il dénonce des membres du gouvernement et de certaines administrations qui font preuve d'acharnement à son égard, alors que l'exécutif est intervenu pour d'autres sociétés, parmi lesquelles des entreprises d'armement. "Si j'avais été traité comme tout justiciable (comme l'avait affirmé Charles Michel en réponse à son courrier, NDLR), on aurait déjà été remboursé. Il y a une volonté de me nuire, à ma famille et à tous ceux qui me soutiennent", conclut le Prince.

Depuis fin 2014, s'appuyant sur une décision de la justice belge en sa faveur, le prince cherche à récupérer plusieurs dizaines de millions d'euros investis en 2008 en Libye par son association sans but lucratif (ASBL) Global Sustainable Development Trust. Il s'agit de reboiser trois villes libyennes, mais le contrat signé à l'époque du régime dirigé par Mouammar Khadafi a été rompu par Tripoli après le renversement de ce dernier en 2011. Le projet n'a jamais vu le jour et l'ASBL a été liquidée.

En janvier, le prince Laurent a écrit au Premier ministre, Charles Michel, pour réclamer l'intervention du pouvoir exécutif afin de faire appliquer l'arrêt condamnant la Libye à rembourser.

A ce courrier, évoquant la présence de milliards d'euros libyens dans des banques en Belgique, M. Michel a opposé une fin de non recevoir. Il a expliqué que les résolutions de l'ONU datant de 2011 imposant le gel de ces fonds continuaient de s'appliquer. L'avocat du prince Laurent, Me Laurent Arnauts, a dénoncé une différence de traitement, assurant que "l'Etat belge a aidé tous les autres créanciers de la Libye à récupérer leurs créances".

Le prince Laurent estime, quant au fond de l'affaire, qu'il est "clair" qu'il y a un "autre intérêt" que le sien qui est en jeu. "Il y a mort d'homme", souligne encore le prince Laurent au sujet des fonds libérés par la Belgique et qui pourraient avoir abouti entre les mains de milices et de terroristes. S'il récupère l'argent qui lui est dû, le Prince envisage de mettre en place des services de secours pour intervenir dans les zones de conflit, affirme-t-il.

Au total des fonds libyens d'un montant de 14 milliards d'euros, en actions et obligations, ont été gelés en 2011 en Belgique. Une polémique a éclaté en 2017 car une partie de ces fonds correspondant aux intérêts produits a été dégelée dans des conditions obscures. Une enquête judiciaire est en cours.

(Belga/AFP)