"Un match de boxe ", " une interview hallucinante ", " un moment de télévision historique " : dans la presse et sur le Net, les réactions abondaient dans le même sens au sujet du clash, le 9 janvier, entre la présentatrice phare de l'émission Terzake (VRT), Kathleen Cools, et son invité, Dries Van Langenhove, fraîchement désigné tête de liste Vlaams Belang à la Chambre pour le Brabant flamand. Durant une douzaine de minutes, le leader du groupe de droite radicale Schild & Vrienden n'a eu de cesse de dénoncer les " mensonges du service public " et de nier les faits auxquels la journaliste, impassible et persévérante, le confrontait. On l'oublierait presque : il y a quelques mois en...

"Un match de boxe ", " une interview hallucinante ", " un moment de télévision historique " : dans la presse et sur le Net, les réactions abondaient dans le même sens au sujet du clash, le 9 janvier, entre la présentatrice phare de l'émission Terzake (VRT), Kathleen Cools, et son invité, Dries Van Langenhove, fraîchement désigné tête de liste Vlaams Belang à la Chambre pour le Brabant flamand. Durant une douzaine de minutes, le leader du groupe de droite radicale Schild & Vrienden n'a eu de cesse de dénoncer les " mensonges du service public " et de nier les faits auxquels la journaliste, impassible et persévérante, le confrontait. On l'oublierait presque : il y a quelques mois encore, le jeune homme de 25 ans était totalement inconnu du public. Aujourd'hui, le porte- drapeau de l'alt-right flamande est quasi devenu un BV (" bekende Vlaming ") qui n'hésite pas à profiter des micros tendus par les médias qu'il abhorre. Ironie du sort : c'est en révélant la face cachée de Schild & Vrienden dans un documentaire explosif de l'émission Pano que la VRT a, elle-même, involontairement contribué à la popularité du personnage. En septembre dernier, le reportage dévoilait des échanges secrets entre les membres de ce mouvement de jeunes d'ultradroite. La Flandre découvrait alors avec stupeur leurs messages racistes, sexistes et homophobes, et leurs projets d'infiltrer les différents niveaux du pouvoir pour faire basculer le système. Depuis ces révélations, les moindres faits concernant Dries Van Langenhove ont été relatés par les médias flamands, allant de son droit ou non à fréquenter la bibliothèque de l'université de Gand pour terminer sa thèse, à son récent discours lors de la manifestation d'extrême droite à Ninove. Les médias mainstream, considérés par Dries Van Langenhove comme des ennemis jurés, sont ainsi devenus ses alliés malgré eux. Au fil des mois, le jeune homme est irrémédiablement devenu une icône du mouvement identitaire flamand. Mais les rédactions doivent-elles pour autant s'interdire de lui donner la parole ? Le cordon sanitaire médiatique, introduit par les francophones lors de la montée du Vlaams Blok dans les années 1990, n'a jamais été appliqué en Flandre. S'il devient de plus en plus périlleux de faire valoir la liberté d'expression face à des personnalités qui ne cachent plus leur mépris pour la démocratie, imposer un cordon pourrait aujourd'hui être perçu comme une censure par des citoyens toujours plus nombreux à dénigrer les journalistes. Dans un secteur médiatique pour le moins compétitif, force est aussi de constater qu'il demeure tentant de céder au spectacle offert par certains agitateurs, et à l'audience qu'ils garantissent. D'ici aux élections du 26 mai prochain, l'attention médiatique accordée à Dries Van Langenhove risque d'accroître encore sa popularité, au-delà même de la frontière linguistique, le boycott médiatique n'empêchant pas les francophones de relayer les déclarations du nouveau candidat du Vlaams Belang. Au lendemain de l'interview choc de Terzake, de nombreuses rédactions se sont empressées de publier un fact checking sur les affirmations du trublion de Schild & Vrienden. Un travail plus que nécessaire, mais qui ne suffira pas, à lui seul, à contrecarrer les dangers du discours populiste.