Ce qu'on entend: "De toute façon, les vaccins contre la Covid-19 seront inefficaces." Pourquoi c'est faux.
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Selon le dernier décompte de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), daté du 2 octobre, 42 candidats vaccins sont en phase d'évaluation clinique chez l'homme. Dix en sont au stade le plus avancé, la phase 3, où l'efficacité du vaccin est mesurée à grande échelle, sur des dizaines de milliers de volontaires répartis sur tous les continents. Les autres sont encore à la phase 1 (qui vise à évaluer la sécurité du produit) ou à la phase 2 (où on explore déjà la question de l'efficacité). Outre les essais déjà entamés, l'OMS comptabilise 151 projets de candidat vaccin en phase préclinique d'élaboration. Or, plusieurs études montrent que les anticorps développés après une exposition à la Covid-19 ne subsistent pas longtemps dans l'organisme. Certaines parlent d'à peine deux à trois mois d'immunité. Cela remet-il en question l'efficacité d'un futur vaccin ? Selon l'étude du King's College de Londres, par exemple, le vaccin agirait dès lors de la même manière et une seule injection ne serait pas suffisante. Pour autant, les scientifiques mobilisés pour trouver un remède, un traitement, un vaccin ne se montrent ni troublés ni découragés. Tous les vaccins, évidemment, stimulent la production d'anticorps. Mais tous ne reposent pas sur la même technologie, la même méthode. Selon cette dernière, les réponses immunitaires sont différentes, avec un dosage d'anticorps différent sur la durée. Certaines équipes travaillent sur des types de vaccins classiques qui utilisent un virus "tué" : ce sont les vaccins "inactivés" (comme ceux des chinois Sinovac et Sinopharm). Il y a également des vaccins dits "sous-unitaires", à base de protéines (des antigènes) qui déclenchent une réponse immunitaire, sans virus. A l'inverse, des approches se basent sur des techniques plus innovantes. Ainsi certains vaccins reposent sur un "vecteur viral" : on utilise comme support un autre virus qu'on transforme et qu'on adapte pour combattre le Sras-CoV-2. C'est la technique choisie par l'université d'Oxford ou les Russes, qui utilisent les adénovirus (famille de virus très courants). La technique a fait ses preuves contre le Zika, le virus Ebola et la rage. A Paris, l'Institut Pasteur mise, lui, sur le vaccin contre la rougeole comme vecteur contre le coronavirus. Il s'agit, ici aussi, de modifier le virus atténué de la rougeole en y insérant des gènes du coronavirus. Un procédé déjà utilisé pour en développer contre le Zika, le Mers-CoV, Lassa et le chikungunya. D'autres projets novateurs sont basés sur des vaccins "à ADN" ou "à ARN", des produits expérimentaux utilisant des morceaux de matériel génétique modifié. C'est le cas de ceux de Moderna et de Pfizer. Leur méthode consiste à synthétiser une protéine du Sars-CoV-2, appelée protéine de spicule présente à la surface du virus et qui lui permet de s'accrocher aux cellules. Cette protéine de synthèse est ensuite injectée dans le corps d'un patient sain. Une méthode à ARN (une copie transitoire d'une portion d'ADN) plus rapide, puisqu'elle permet d'éviter les tests sur les souris et dès lors de gagner du temps. "Plus on a de candidats avec des techniques différentes, plus on a de chances d'aboutir à un vaccin qui marche et est bien toléré", relève le professeur Johan Neyts, responsable du laboratoire de référence en virologie à la KULeuven, l'un des plus importants sur les coronavirus. "La mise au point d'un vaccin reste donc tout à fait possible." Début septembre, l'OMS avait expliqué ne pas s'attendre à une vaccination généralisée contre la Covid-19 avant la mi-2021.