Ce qu'on entend: "Les médias sèment la peur pour augmenter leurs bénéfices" Pourquoi c'est faux.
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Ils les surnomment les merdias. Ou les semeurs de peur, les journalopes, les gauchiasses soumis au pouvoir... Une antimasque, dans un commentaire sur son groupe, estimait qu'être journaliste était une profession tellement déshonorante que leurs enfants et conjoints devraient avoir honte. Les coronasceptiques n'accordent aucun crédit à la presse, et encore moins à la télévision. Sauf lorsque les reportages accréditent leurs convictions : ils sont alors brandis comme des preuves. Cette haine des médias est alimentée par le but vicieux qui leur est attribué : entretenir l'hystérie collective pour gonfler leur audience et démultiplier leurs bénéfices. Durant le confinement, les télévisions ont effectivement connu des pics d'audimat incroyables, comme les journaux et les magazines ont enregistré un regain inespéré de ventes et d'abonnements. Ainsi Le Vif/L'Express, par exemple, a vu son audience papier et Web augmenter de 9,3%. Pour les radios, la mesure est plus compliquée. La presse écrite, comme les télévisions privées, tirent une large partie de leurs revenus de la publicité. Pour la RTBF, cette source de financement représente environ un quart de ses moyens. "Or, c'est un gros paradoxe : les audiences historiques n'ont absolument pas été monétisables", analyse Bernard Cools, CIO de l'agence Space. Dès mars, les annonceurs ont retiré leurs billes. Le printemps fut catastrophique, suivi d'une amélioration en été et un mois de septembre positif, surtout en télé". L'automne s'annonce à nouveau compliqué, reconfinement oblige. La RTBF s'attend à boucler l'année sur une perte de 16 millions d'euros, RTL table également sur un recul, sans citer de chiffres. Bref, les "merdias" se sont mieux portés financièrement... les mois où ils ont le moins parlé de la Covid-19. "Le sensationnel fait peut-être de l'audience, mais il ne fait pas forcément vendre. Beaucoup d'annonceurs ne veulent pas être associés à un contexte négatif", expose Grégory Vandenschrick, directeur des ventes chez RMB, la régie publicitaire pour la RTBF, LN24, BeTV, La Libre et la DH. Un espoir, toutefois : que ce regain de popularité "fidélise peut-être des gens sur le long terme, détaille Denis Masquelier, directeur de la régie IP Belgium (RTL). Par exemple les jeunes, puisque la télévision s'est retrouvée à nouveau au centre du foyer." Le seul secteur à ne pas avoir subi le confinement fut le Web, où les chiffres publicitaires ont progressé. Mais dans tous les organes de presse, les revenus issus du digital restent minimes et ne compensent pas les pertes. Et puis les annonceurs étaient surtout friands de mots clés et de visibilité sur les réseaux sociaux. "C'est le deuxième paradoxe, observe Grégory Vandenschrick. Alors qu'on parle de soutenir l'économie belge, ce sont surtout les plateformes internationales qui en ont profité." Google, Facebook et compagnie. Qui ont donc, eux, un intérêt financier certain à ce que leurs utilisateurs passent le plus de temps possible à palabrer du coronavirus. Comme le font abondamment les antimasques...