Ce qu'on entend: "Le masque est inefficace". Pourquoi c'est faux et vrai...
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Quelle ironie ! L'infectiologue Jean-Luc Gala est devenu - malgré lui - une égérie du mouvement antimasques, qui se retrouve dans sa vision rassurante de la pandémie et qui lui a même consacré un groupe Facebook de soutien. Alors que le spécialiste de l'UCLouvain fut le premier à recommander le port du masque, au départ contre l'avis de la plupart de ses confrères. Il continue inlassablement à le prôner et a rédigé des synthèses très documentées de l'état des connaissances scientifiques en la matière. L'efficacité du bout de tissu ne pourra jamais être prouvée implacablement, malheureusement pour lui. C'est qu'il faudrait pour cela réaliser une étude en double aveugle, où les individus ignoreraient qui le porte ou non... "Les paracommandos enfilent un parachute avant de sauter d'un avion. Aucune étude scientifique n'a jamais dû prouver que c'était utile", écrit Jean-Luc Gala. Qui passe en revue les nombreux arguments en faveur de cet équipement de protection. Le coronavirus se transmet essentiellement au départ du nez et de la bouche, un éternuement peut envoyer des gouttelettes jusqu'à neuf mètres, plus on parle (fort) et plus on en émet, les asymptomatiques et présymptomatiques peuvent contaminer sans le savoir... Bref, dans toutes ces situations, le masque peut s'avérer utile. Le chirurgical possède un pouvoir filtrant supérieur à celui en tissu. Une étude chinoise a démontré qu'une simple couche de coton avait une efficacité d'environ 50 % par rapport au chirurgical. Jean-Luc Gala plaide pour des réalisations maison faites de deux couches de tissu, agrémentées d'un filtre type café ou essuie-tout. Dans une estimation pessimiste, si un masque en tissu a un pouvoir de filtration de 50 % et chacune des personnes en présence en est équipée, "la charge virale à laquelle est exposé le vis-à-vis est de 50 % de 50%, soit 25% de celle qu'il aurait reçue si aucun des deux n'en avait porté", analyse le scientifique. Trop petite gouttesIl a été beaucoup débattu de la taille de la Covid-19, supposée trop petite pour se voir barrer la route par du tissu. Or, le virus n'existe pas par lui-même, mais grâce aux microgouttelettes. C'est donc sur elles, plus grosses, que le masque agit. En être affublé en étant seul n'a évidemment pas beaucoup de sens. Mais les pouvoirs publics sont partis du principe qu'il valait mieux l'imposer partout que compter sur le fait que chacun le dégaine en croisant d'autres personnes. Reste que - et cela interpelle forcément les coronasceptiques - un contact à risque est défini comme durant au moins quinze minutes. Pourquoi craindre, dès lors, les postillons de passants ? "Si quelqu'un a éternué et que vous arrivez derrière... Aucune étude n'affirmera qu'il n'y a aucun risque ! Les aérosols peuvent rester longtemps dans l'air", répond Jean-Luc Gala. Voilà pour la théorie. En pratique, les masques sont souvent oubliés dans des poches ou des sacs, rarement lavés, réutilisés à l'infini, baissés sous le nez, triturés à longueur de journée... Ses opposants n'ont alors pas tort : traités comme ça, leur efficacité est loin d'être optimale.