Ce qu'on entend: "La Belgique n'est pas en surmortalité". Voici pourquoi c'est faux (en partie).
...

Avril 2020. 15 316 décès. Depuis la Seconde Guerre mondiale, aucun mois n'avait été si létal. Pourtant, selon les anti- masques, la Belgique ne serait pas en situation de surmortalité, au-delà de ce pic. La Covid-19 aurait emporté des personnes fragiles qui seraient mortes plus tard d'autres causes, plaident-ils. Ils n'ont pas tout à fait tort... mais pas raison non plus.Premier fait : les victimes du coronavirus sont effectivement âgées. 82,2 % d'entre elles avaient plus de 75 ans (et 52,7 % plus de 85), selon les statistiques de Sciensano, l'institut de santé publique, datant du 4 novembre. Actuellement, l'âge médian des personnes hospitalisées s'élève à 70 ans. Deuxième fait : juste avant le début de l'épidémie et juste après la fin de la première vague, la Belgique s'est trouvée en situation de sous-mortalité. Pour janvier et février, l'hypothèse est que la grippe saisonnière fut moins virulente et que ceux qui y sont habituellement les plus exposés furent épargnés... mais ensuite rattrapés par la Covid-19. Pour juin et juillet, l'explication avancée est qu'effectivement, la pandémie avait prématurément ôté la vie de certain.e.s. Par ailleurs, le confinement a aussi contribué à restreindre le nombre de morts liés aux accidents de travail, de la route... Selon une étude de l'UCLouvain menée par les démographes Thierry Eggerickx et Jean-Paul Sanderson, les catégories d'âge 45-64 ans et 0-24 présentent, sans doute pour cette raison, une sous-mortalité, tandis que la situation est stable chez les 25-44.Reste que malgré ces décès reportés ou anticipés, le pays semble bel et bien en situation de surmortalité. Quelle que soit la manière de calculer : en comparant aux années précédentes ou aux prévisions qui étaient établies pour 2020. Dans le premier cas, un "surplus" mensuel d'environ 10 % est constaté de janvier à septembre 2020, par rapport aux mêmes périodes les cinq années précédentes. Lié au coronavirus, et dans une moindre mesure, à la canicule survenue mi-août. L'économiste Philippe Defeyt, président de l'Institut pour le développement durable, a , quant à lui, confronté la mortalité attendue en 2020 à celle qui fut observée entre janvier et juillet (pour éviter l'interférence de la vague de chaleur). Son constat : 1 843 décès supplémentaires. "Le chiffre doit être compris comme un ordre de grandeur, insiste-t-il. Mais quelles que soient les corrections qui pourraient être apportées au calcul, il reste une mortalité excédentaire." Certes moins élevée que ce que certains observateurs avaient prophétisé, et qui n'intègre pas encore le rebond automnal (158 décès coronavirus pour le pic du 30 octobre, pour 321 lors de celui du 8 avril). La Covid-19 n'est pas non plus la maladie qui tue le plus en Belgique. Celles de l'appareil respiratoire, ainsi que les tumeurs, restent bien plus ravageuses. Mais faudrait-il dès lors ne rien faire - ou du moins en faire moins - parce que le coronavirus n'a engendré "que" 900 ou 1 800 décès mensuels excédentaires jusqu'à présent ? Pour prolonger l'espérance de vie des seniors de quelques mois ? Chacun jugera.