Sur les pages de la Constitution sont ancrés les pouvoirs détenus par le roi des Belges. Mais depuis 1831, celui-ci est écarté de bien des responsabilités pour ne plus avoir qu'un rôle symbolique. Dans un pays fragmenté, il fait figure d'unificateur et de pacificateur. Indispensable pour certains, futile pour d'autres. Alors, cette question : et si le roi était dépouillé de ses derniers pouvoirs ?
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Sur les pages de la Constitution sont ancrés les pouvoirs détenus par le roi des Belges. Mais depuis 1831, celui-ci est écarté de bien des responsabilités pour ne plus avoir qu'un rôle symbolique. Dans un pays fragmenté, il fait figure d'unificateur et de pacificateur. Indispensable pour certains, futile pour d'autres. Alors, cette question : et si le roi était dépouillé de ses derniers pouvoirs ? Une chose est certaine, l'absence d'un roi effacerait l'impartialité politique. Le chef de l'Etat a toute une série de missions : il sanctionne les lois, a un droit de grâce pour les condamnés, nomme les ministres et joue un rôle dans la formation du gouvernement fédéral. Dans le cadre de cette dernière responsabilité, il désigne un informateur ou directement un formateur pour constituer le futur gouvernement. Ce pouvoir lui est conféré parce qu'il est politiquement neutre. D'ailleurs, le roi n'a pas le droit de voter pendant son règne. De quoi rendre jaloux les abstentionnistes. Si ce n'était pas lui qui choisissait le ou la responsable de la construction du gouvernement, un homme ou une femme politique flamand, wallon ou bruxellois s'en chargerait. Vous les sentez déjà poindre, les tensions communautaires ? Et c'est justement pour atténuer les troubles politiques que le rôle du roi est important. En décembre 2007, Albert II a facilité la mise sur pied du gouvernement éphémère Verhofstadt III contre l'avis du parti libéral flamand auquel appartenait le Premier ministre. Il a convoqué, en avril 2010, Patrick Dewael, président de la Chambre, pour éviter un vote en séance plénière sur la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV), permettant d'apaiser un sujet alors brûlant. Il a convaincu Elio Di Rupo, en 2011, de ne pas baisser les bras sur le volet budgétaire et, dès lors, de pouvoir enfin former un gouvernement.Se priver du roi, c'est aussi affaiblir la diplomatie économique. L'éclatement des compétences (entre le fédéral, les Régions et les communautés) et la multiplication des interlocuteurs qui en découlent rendent les relations internationales illisibles. " Quand le roi préside une délégation belge lors d'une visite d'Etat en Chine, il peut ainsi lui conférer un semblant d'unité ", explique Vincent Dujardin, professeur d'histoire à l'UCLouvain. Au niveau des échanges commerciaux, les ministres-présidents des Régions, compétents dans ce domaine, se font épauler par le roi. Et ça porte ses fruits. En juin 2015, le roi Philippe entamait sa première visite d'Etat, direction la Chine. Il a été invité par Wang Jianlin, président du groupe Wanda et deuxième homme le plus riche du pays. Au terme d'une réunion de travail, avec les ministres-présidents des trois Régions, l'entrepreneur chinois a promis d'investir entre 500 millions et un milliard d'euros en Belgique. Comme l'affirmait un membre de la délégation : " Sans le roi, on n'aurait pas eu accès au grand patron. Et sans le grand patron, on n'aurait pas eu accès à ses équipes. " Bref, le roi est un des éléments permettant de maintenir le fragile équilibre belge. " Tant qu'on a besoin d'une Belgique, on a besoin d'un roi ", résume Vincent Dujardin. Autrement dit, si la Belgique disparaît, la monarchie aussi. Par Loïs Denis.