"Cette décision met fin à l'affront moral de l'apologie de la figure d'un dictateur dans un espace public", a déclaré dans une allocution solennelle le socialiste qui avait fait de cette exhumation une priorité depuis son arrivée au pouvoir en juin 2018. Elle met également "fin à une anomalie pour une démocratie européenne", a-t-il dit, ce mausolée étant sans équivalent dans d'autres pays d'Europe occidentale ayant été dirigés par des dictateurs. Arrivée en hélicoptère au cimetière de Mingorubbio, dans le nord de Madrid, la dépouille embaumée de Franco a été réinhumée aux côtés de son épouse dans ce lieu plus discret où repose aussi le dictateur dominicain Rafael Trujillo, assassiné en 1961. "L'hommage public à ce dictateur était plus qu'un anachronisme et une anomalie, c'était une offense à notre démocratie", a poursuivi M. Sanchez. "L'Espagne actuelle est le fruit du pardon mais elle ne peut pas être le produit de l'oubli". Francisco Franco, qui a dirigé l'Espagne d'une main de fer de 1939 jusqu'à sa mort en 1975, a été exhumé jeudi du mausolée monumental du "Valle de los Caidos" près de Madrid, 44 ans après la fin d'un régime dont les plaies ne sont toujours pas refermées. L'édifice, creusé dans la montagne par des milliers de prisonniers politiques, devait célébrer la "glorieuse croisade" catholique du "Caudillo" contre le camp républicain "sans Dieu". À Mingorubbio attendait l'ancien colonel Antonio Tejero, auteur en 1981 d'une tentative de coup d'État dans le Parlement espagnol, dont le fils a ensuite célébré un office religieux. Rassemblés près du cimetière, environ 200 nostalgiques du régime ont chanté l'hymne du parti fascisant de la Phalange, pilier du régime du dictateur qui a remporté la sanglante guerre civile espagnole en faisant le salut fasciste, bras droit tendu en avant. "Franco ne mourra jamais", a déclaré Miguel Maria Martinez, retraité. "Il a sauvé l'Église et nous a tenus à l'abri du communisme", a affirmé pour sa part José Martinez. (Belga)