Il n'a pas fait deux mètres depuis le seuil de la maison communale, que deux habitants viennent déjà à sa rencontre. Mais Jean-Charles Luperto est pressé. Dans cinq minutes, il prononce un discours devant les enseignants de sa commune. En journée comme en soirée, quand il organise ses " Red Bars " aux quatre coins de Sambreville, le bourgmestre de 44 ans, aux commandes depuis 2006, est partout. Tout comme le Parti socialiste, qui règne seul sur la ville de 28 000 habitants depuis plus de quarante ans.
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Il n'a pas fait deux mètres depuis le seuil de la maison communale, que deux habitants viennent déjà à sa rencontre. Mais Jean-Charles Luperto est pressé. Dans cinq minutes, il prononce un discours devant les enseignants de sa commune. En journée comme en soirée, quand il organise ses " Red Bars " aux quatre coins de Sambreville, le bourgmestre de 44 ans, aux commandes depuis 2006, est partout. Tout comme le Parti socialiste, qui règne seul sur la ville de 28 000 habitants depuis plus de quarante ans. Loin de son score de 2000, le PS a tout de même pu conforter sa majorité absolue en 2012 par rapport au précédent scrutin, en gagnant deux sièges supplémentaires. " Si les électeurs nous font à nouveau confiance en octobre, je n'ai pas de raison, a priori, de vouloir ouvrir notre majorité ", annonce Jean-Charles Luperto. Or, c'est précisément l'objectif que se fixent MR, CDH, Ecolo et DéFI, ses quatre rivaux reclus dans l'opposition. " Le PS exerce une mainmise tentaculaire, dans tous les secteurs. Démocratiquement, ce n'est pas sain, d'autant que la majorité balaie systématiquement toutes nos propositions ", dénonce Samuel Barberini, qui tirera la liste MR & Citoyens. " A Sambreville, si on n'est pas PS, on n'existe pas : les gens ont peur d'afficher leur couleur politique ", complète l'ex-députée Clotilde Léal-Lopez, cheffe de file de la liste CDH. Suffisant pour faire cause commune contre Luperto ? Même pas : annoncé en mai dernier, le cartel CDH-MR, qui prétendait au renouveau sous le nom Sambr'en mieux, a finalement explosé en raison d'une guerre de pouvoir entre ses deux figures de proue. Un acte de trahison d'une " lâcheté incroyable ", selon Clotilde Léal-Lopez. Un échec imputable à " l'ego démesuré d'une seule personne ", lui répond Samuel Barberini. Tous contre le PS, donc. Mais séparément. A l'instar d'Ecolo et de la liste DéFI, emmenée par l'ex-MR Philippe Kerbusch. Mais Jean-Charles Luperto n'est pas serein pour autant. Dans son sillage, toujours : cette inculpation pour outrage public aux moeurs sur une aire d'autoroute à Spy en 2014, ce qu'il a toujours contesté. Renvoyé en correctionnelle en avril, il est toujours en attente du procès. Si la presse avait évoqué l'échéance de ce mois septembre, son avocat, Marc Uyttendaele confirme n'avoir reçu aucune date à ce stade. Il est donc exclu que le procès puisse avoir lieu avant les élections. L'affaire ne semble pas porter ombrage à sa popularité, mais elle soulève des questions : qui deviendrait bourgmestre dans le cas d'une condamnation ? Et comment se porterait le PS s'il venait à perdre son capitaine ? A ce stade, aucune formation ne veut anticiper un tel cas de figure. Jean-Charles Luperto, lui, se concentre sur le redéploiement économique de Sambreville, au-delà des préoccupations classiques en matière de cadre de vie, de sécurité ou de propreté. Avec les fermetures successives de Saint-Gobain Sekurit et de Saint-Gobain Glass, en 2013 et 2014, Auvelais, l'une des deux grandes entités de la commune avec Tamines, a tiré un trait définitif sur son passé industriel de grand pôle du verre. " Malgré cet effondrement et la crise économique, le taux de chômage à Sambreville est passé de 21 % à 17,5 % ces dernières années ", souligne le bourgmestre. Ses chiffres divergent toutefois du taux de chômage administratif publié par l'Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps), légèrement inférieur mais dont le tassement plus linéaire - 16,5 % en 2016 contre 19,6 % en 2009 - ne se distingue pas de la tendance wallonne, elle aussi en baisse. Les anciens terrains de Saint-Gobain, qui s'étendent sur plus de 50 hectares, accueillent aujourd'hui plusieurs dizaines d'entreprises, au profil très varié. " Nous en avons 23 sur le site, 23 qui attendent d'y entrer et 21 sur liste d'attente ", recense Jean-Charles Luperto. Dans le courant de l'été, le groupe industriel a présenté un modèle juridique de copropriété qui devrait prochainement mettre fin aux incertitudes. En mars dernier, cette reconversion a fait l'objet de critiques de la part de plusieurs PME. Elles dénonçaient des charges exorbitantes malgré une occupation à titre gratuit. " Deux experts publics vont les accompagner pour répondre aux dernières questions pendantes, poursuit le bourgmestre. Mon objectif, c'était d'aller le plus vite possible pour ramener de l'emploi en coeur de Sambre. " Pour les partis de l'opposition, cet exemple traduirait, au contraire, une précipitation récurrente et néfaste dans de nombreux dossiers portés par la majorité sortante. Depuis 2017, Sambreville est au coeur de l'une des quatre " zones d'aides " reconnues par la Wallonie. Dans un rayon de 30 kilomètres autour de Saint-Gobain, les entreprises qui s'y installent peuvent bénéficier, sous conditions et pendant deux ans, d'une dispense partielle du précompte professionnel. Ce statut particulier s'inscrit dans une stratégie plus large qui a permis, entre autres, de capter près de 18 millions d'euros perçus dans le cadre du Fonds européen de développement régional (Feder), pour dépolluer d'anciennes friches industrielles. En revanche, le SPF Justice a confirmé à la commune, début 2017, qu'elle n'accueillerait finalement pas la future prison qui était chère à Jean-Charles Luperto, pour créer quelque 400 emplois directs. " Mais les fonds européens dédiés à ce site ne seront pas perdus ", assure-t-il. Malgré de nombreuses réalisations en voirie et une politique de relance commerciale, les centres d'Auvelais et singulièrement de Tamines souffrent toujours d'une image peu attrayante, y compris de l'avis de nouveaux habitants. " Comme souvent, la pollution des sols nous porte préjudice quand il s'agit d'attirer des investisseurs, notamment pour créer un petit retail en coeur de ville à Tamines ", relève le bourgmestre. Il attend beaucoup, également, du projet de nouveau quartier Ville+Sambre+Ville, qui, à terme, doit accueillir 250 logements à Auvelais, en bord de Sambre.