Prévot Ier, Namur, fin 2012 : " Notre statut de capitale régionale doit guider notre action des années à venir. Nous devons tirer de ce statut davantage de fierté, d'ambition et de rayonnement. Cela passera inévitablement par une évolution des mentalités, [...] mais aussi par de grands projets structurants qui font actuellement défaut. " Près de six ans se sont écoulés depuis l'adoubement, à la suite d'un score historique, de Maxime Prévot en tant que bourgmestre CDH. Il l'avait annoncé, c'est fait : Namur a basculé. Il aura à peine fallu le temps d'une législature CDH-MR-Ecolo pour esquisser les projets, décrocher des subsides et commencer à (re)construire.
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Prévot Ier, Namur, fin 2012 : " Notre statut de capitale régionale doit guider notre action des années à venir. Nous devons tirer de ce statut davantage de fierté, d'ambition et de rayonnement. Cela passera inévitablement par une évolution des mentalités, [...] mais aussi par de grands projets structurants qui font actuellement défaut. " Près de six ans se sont écoulés depuis l'adoubement, à la suite d'un score historique, de Maxime Prévot en tant que bourgmestre CDH. Il l'avait annoncé, c'est fait : Namur a basculé. Il aura à peine fallu le temps d'une législature CDH-MR-Ecolo pour esquisser les projets, décrocher des subsides et commencer à (re)construire. Dans trois ans, la capitale wallonne aura dévoilé son nouveau visage (lire l'encadré page 38). Transcendée, dénaturée ? La question divise novateurs et conservateurs. Maxime Prévot, lui, entend bien parachever son grand projet urbain en regagnant la " légitimité des urnes ". La mission sera compliquée, tant cette impulsion clivante cause encore d'importantes perturbations dans le quotidien des Namurois. " Mon score était tellement élevé en 2012 que je ne peux que redescendre, anticipe-t-il. Mais ce qui m'intéresse, c'est surtout de reconduire un attelage dans lequel le CDH restera la première formation politique. " Le 14 octobre prochain, il se présentera, pour la première fois, avec un bilan complet à la tête de sa ville de 111 000 habitants. Ces élections annoncent, bien sûr, un nouveau duel face à Eliane Tillieux, la cheffe de file du PS namurois, le deuxième parti en nombre de sièges, dans l'opposition depuis 2006. Mais elles se prêtent plus encore à un choc de deux méthodes que tout oppose. D'une part celle qu'insuffle Maxime Prévot à sa majorité CDH-MR-Ecolo, d'autre part celle que prônent tous ses détracteurs, à quelques nuances près, qu'ils soient PS, DéFI ou PTB. Le prestige métropolitain contre la priorité du quotidien. La participation citoyenne contre l'autorité du capitaine. " Il ne faut pas négliger le regard citoyen, mais je refuse de délégitimer les responsables politiques démocratiquement élus, maintient Maxime Prévot. Si nous devons remettre en cause tous les mois nos dossiers, pourquoi avoir un programme ? " Une alliance entre le PS et le CDH semble contre nature. " Je n'ai aucune raison de me séparer d'une équipe qui gagne. Et je ne voudrais pas que Namur retombe dans les mains de la mauvaise gouvernance socialiste. Quel est leur projet de ville ? Eux-mêmes ne le connaissent pas, puisqu'ils nourrissent leur réflexion de façon ponctuelle, au détour de dossiers qu'ils critiquent, mais sans jamais proposer autre chose. " Eliane Tillieux conteste cette attaque récurrente : " Rien ne permet de prouver que les projets dits structurants de la majorité le sont vraiment. Nous prônons une rupture avec la méthode actuelle. Ces grands chantiers, qui engendrent de grandes dépenses aux frais des contribuables, n'ont pas été portés par la population. On construit une passerelle sur la Meuse alors qu'à Bomel, les habitants demandent depuis des années un cheminement beaucoup plus naturel entre leur quartier et le centre. Un projet de ville, une identité, ça se construit avec les citoyens. " Pour DéFI, nouveau venu sur la scène namuroise et probable arbitre du scrutin, la Ville doit mener un réel travail de pédagogie. " Même sur de bons projets, la majorité risque d'être sanctionnée parce que les gens n'acceptent plus les passages en force ", analyse sa tête de liste, Pierre-Yves Dupuis, élu indépendant et ex-deuxième meilleur score du PS namurois, qu'il a quitté en 2013. Depuis un an et demi, DéFI a attiré d'autres figures populaires au profil très varié : Françoise Kinet, elle aussi indépendante depuis son éviction du groupe MR en 2014, Bernard Ducoffre, ex-échevin et tête de liste MR en 2006, ou encore Maxime Jonard, ex-candidat CDH. Jusqu'ici marginal dans les votes, le PTB local devrait, quant à lui, profiter de sa notoriété à l'échelle régionale pour conquérir davantage d'électeurs. Il se présentera pour la première fois avec une liste complète, soit 47 noms. L'arrivée du PTB ou de DéFI dans une majorité, quel que soit le premier parti au lendemain des élections, apparaît a priori peu probable. Le premier pour des raisons idéologiques, le second pour des questions d'inimitiés très personnelles. Leur seule présence devrait pourtant redessiner les rapports de force dans la politique namuroise. C'est incontestable : avant cette législature, Namur n'avait jamais perçu le moindre centime du Fonds européen de développement régional (Feder). En captant 29 millions d'euros lors de la programmation 2014-2020, la Ville s'est donné les moyens pour concrétiser de grands projets urbains. Jamais, non plus, elle n'avait décroché autant de subsides régionaux. De 2014 à 2017, le ministre wallon Maxime Prévot, notamment en charge des travaux publics et du patrimoine, s'est montré très généreux envers le bourgmestre en titre Maxime Prévot, avant que la tempête sur le décumul ne le contraigne à se recentrer exclusivement sur sa ville. " Mon projet, je l'ai rêvé comme bourgmestre, mais je l'ai financé comme ministre, dit-il. Sans porter ombrage aux autres villes : j'ai simplement corrigé une discrimination historique. " Au total, Namur a pu drainer environ 200 millions d'euros de subsides en moins de dix ans. La citadelle, patrimoine exceptionnel de Wallonie, présente, elle aussi, un nouveau visage avec l'inauguration, en 2015, de son centre du visiteur. En revanche, le dossier du centre commercial en coeur de ville reste un échec cuisant pour la majorité sortante. Le symbole, précisément, d'une politique contre-productive quand elle tente d'avancer sans entendre ses détracteurs. Certains s'opposaient à la disparition du parc Léopold, que le projet aurait condamné. D'autres ne voulaient tout simplement pas entendre parler d'un tel complexe, pour des raisons idéologiques ou par crainte de voir le commerce avoisinant péricliter. La Ville, elle, n'avait pas réussi à convaincre les nombreux sceptiques. D'où ses questions alambiquées, résonnant comme une tentative de sauvetage désespérée, lors de la consultation populaire organisée début 2015. D'où le " non " exprimé par 60 % des Namurois qui s'étaient déplacés, sur l'implantation de ce centre commercial censé lutter contre des tentatives similaires en périphérie. Un temps maintenu sous une nouvelle mouture, le projet bis a finalement été emporté par la réorganisation judiciaire de son promoteur, Urbanove. Début 2018, le repreneur Besix a annoncé vouloir " repartir d'une page blanche ". Aujourd'hui, Eliane Tillieux plaide pour la préservation du parc, avec un projet de moindre envergure, vu le déclin attendu des centres commerciaux classiques. " Nous devons répondre aux besoins du commerce tel qu'il sera demain, plus local et plus équitable, souligne-t-elle. Tout comme il faut préserver nos espaces publics. La majorité sortante, elle, vend notre ville aux promoteurs. " La mobilité apparaît comme une grande priorité de campagne, tous partis confondus. Trop souvent asphyxiée en son centre, bien avant la multiplication des chantiers, cette ville de services n'a pas encore trouvé un modèle propice à l'abandon de la voiture. Pour y remédier, la majorité CDH-MR-Ecolo attend beaucoup de son futur système de transport intelligent, un projet à trois millions d'euros financé en grande partie par le Feder. Il vise à communiquer, sur des supports divers, des informations en temps réels aux usagers du centre-ville, par rapport aux flux de circulation ou aux transports en commun. Sa mise en oeuvre est attendue pour septembre 2019. Il reste, enfin, les investissements dans le cadre de vie, que le PS et DéFI jugent délaissés. " D'ici à trois ans, le projet de ville que j'ai présenté aux Namurois sera réalisé, conclut Maxime Prévot. Il faut une succession entre des cycles de grands projets, qui donnent une impulsion, et des cycles d'investissements à injecter dans la maintenance et la proximité. " C'est sur ce terrain-là, peut-être, que les deux méthodes pourraient un jour s'accommoder.Fausse bourgeoise, vraie Wallonne