Il est toujours tiré à quatre épingles, mais ses traits le sont aussi. Richard Fournaux n'est pas un homme serein. Pas encore. Acquitté en 2012 dans l'affaire du casino de Dinant, après treize ans de procédure, le bourgmestre MR de 54 ans n'est toujours pas quitte du procès civil l'opposant, depuis 2015, à ses deux avocats de l'époque, qui lui réclament près de 400 000 euros. Qui devra payer ? Richard Fournaux ou la Ville de Dinant ? Le tribunal n'a toujours pas rendu son jugement. Une confrontation " ubuesque ", dit-il, mais d'une tout autre nature que celle qui l'attend dans les urnes.
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Il est toujours tiré à quatre épingles, mais ses traits le sont aussi. Richard Fournaux n'est pas un homme serein. Pas encore. Acquitté en 2012 dans l'affaire du casino de Dinant, après treize ans de procédure, le bourgmestre MR de 54 ans n'est toujours pas quitte du procès civil l'opposant, depuis 2015, à ses deux avocats de l'époque, qui lui réclament près de 400 000 euros. Qui devra payer ? Richard Fournaux ou la Ville de Dinant ? Le tribunal n'a toujours pas rendu son jugement. Une confrontation " ubuesque ", dit-il, mais d'une tout autre nature que celle qui l'attend dans les urnes. De toutes ses batailles politiques, celle du 14 octobre prochain sera la plus rude. En 2012, sa Liste du bourgmestre (LDB), glanant 55 % des voix, lui avait permis de reconduire une majorité absolue dans ce fief de 13 500 habitants. Mais trois départs l'ont fragilisée en cours de législature. L'ex-troisième échevin Thierry Bodlet, évincé en 2015, et la conseillère communale Marie-Christine Vermer se présenteront sur la liste pluraliste Intérêt dinantais (ID), emmenée par le CDH Axel Tixhon. Puis, en avril dernier, le bourgmestre s'est séparé de son premier échevin, Robert Closset, à la suite d'une fausse information relayée par la presse locale. Ce dernier a depuis lors constitué sa propre liste, " Dinant ". Avec ces trois divorces, la LDB sortante perd 17 % des voix obtenues en 2012. Et si le très populaire Richard Fournaux assure avoir reconstitué un groupe " solide et plus cohérent " pour ces élections, la perspective d'une nouvelle majorité absolue n'a jamais été aussi incertaine. " Notre premier objectif, c'est de mettre fin à ce système monolithique, indique Axel Tixhon. Mais il n'y a pas de volonté d'exclure Richard Fournaux. Une formule intéressante serait d'avoir deux formations assez équilibrée au pouvoir. " En d'autres mots, une alliance LDB-ID, si sa liste, qui regroupe des tendances CDH-MR-Ecolo, obtient un score honorable. Un temps approché par ID, le PS se présentera seul, avec la bannière " Autrement ", sous laquelle 15 candidats sur 23 se présenteront pour la première fois. " Notre liste se veut positive : chez nous, personne n'a claqué la porte dans un autre parti, il n'y a aucune inimitié personnelle ", commente son chef de file, Laurent Belot. Tout l'inverse de Robert Closset, qui ne pourrait se raccommoder avec le mayeur sortant. Enfin, le député wallon André-Pierre Puget emmènera une liste de droite, baptisée " Jexiste ". Mais le contexte politique n'est pas le seul obstacle. Il y a quelques années, Dinant s'est lancée dans une rénovation complète des égouts, puis de ses impétrants et de ses trottoirs. " Pour les impétrants, ce fut catastrophique, concède Richard Fournaux. On a troué quatre fois, faute de coordination entre tous les acteurs. A cet égard, je fais mon mea culpa : je n'ai pas saisi à l'époque l'impact qu'aurait un tel chantier. " Déjà mal en point sur le plan de la mobilité et des commerces, le centre-ville a alors sombré dans une profonde léthargie, dont il peine encore à se remettre, malgré quelques frémissements. Les Dinantais, eux, n'ont pas oublié ce phasage désastreux. Ni l'imbroglio dans la communication des échevins, sur des points aussi délicats. Qu'elles furent longues, aussi, les trois dernières années de travaux de la Croisette ! Mais cette requalification des abords de Meuse, avec ses embarcadères, sa promenade élargie et ses terrasses, est accueillie avec enthousiasme depuis son inauguration, en avril dernier. Un projet à 6,3 millions d'euros, subsidié aux deux tiers par la Région wallonne, qui conforte l'image de carte postale de la ville et symbolise, aussi, la méthode de la vitrine que prône Richard Fournaux : attirer de nouveaux habitants en misant sur son attractivité touristique. " A Dinant, c'est le 21 juillet tous les jours ", lance-t-il avec fierté. Quand il est question d'évoquer son bilan, le plus dense qu'il ait connu à ce jour, jure-t-il, le bourgmestre évoque d'ailleurs en premier chef la restauration du patrimoine et les grands événements, notamment autour d'Adolphe Sax ou de la guerre 14-18. A la stratégie de la vitrine, ID et Autrement préfèrent celle du miroir, avec un programme axé sur le quotidien des Dinantais, selon eux délaissés. " Depuis vingt ans, la majorité use de coups d'éclat et de l'image touristique, constate Axel Tixhon. Non seulement les résultats sont mitigés dans le centre-ville, mais cela a tari les investissements dans les localités excentrées. En moyenne, Dinant ne réalise chaque année que 30 à 40 % de ce qui est budgétisé, parce que des projets comme la Croisette concentrent les ressources de la Ville pendant des années. " Pour Laurent Belot, " les habitants sont moins demandeurs de grands projets que de politiques liées à des préoccupations comme la mobilité, la propreté et la lutte contre les incivilités ". Candidat malheureux du Fonds européen de développement régional (Feder), l'avant-projet de village de vacances sur le plateau de Mont-Fat - lui aussi révélateur de la stratégie de la vitrine - est un cuisant échec pour la majorité, en dépit des 50 millions d'euros que le promoteur Dormio était prêt à débourser. En 2017, l'opposition et quelques élus de la majorité ont volontairement fait l'impasse sur la séance du conseil communal qui devait permettre de le valider malgré tout. Il faudra donc repartir d'une page blanche. Du logement haut de gamme pour Richard Fournaux, une zone d'équipements de loisir pour ID, un parc attractif pour Autrement... Les divergences se dessinent déjà sur les tracts électoraux. Autre question centrale : Mont-Fat peut-il et doit-il régler l'épineuse question de la mobilité, en y installant un parking de dissuasion et une (coûteuse) liaison mécanique ? Dans un centre-ville étriqué, limité par sa configuration géographique et historique, il faudra dans tous les cas innover pour le désengorger. Richard Fournaux, lui, rêve déjà de partenariats avec le privé en vue d'y concevoir des modes de déplacement novateurs. L'opposition, elle, affirme qu'une alternative est envisageable à court terme, au départ de sites sous-exploités ou d'une vraie coordination, selon elle inexistante.