Voilà ce qui arrive quand on s'édicte des règles sur mesure : elles finissent par s'appliquer à d'autres. Si Elio Di Rupo, sentant poindre sa limite d'âge, n'avait pas bricolé les statuts du PS pour autoriser les présidents de plus de 65 ans, José Happart n'aurait pas pu briguer la tête de la fédération socialiste liégeoise. A peine sa candidature proclamée, beaucoup se sont rués sur le règlement interne, histoire de vérifier la comptabilité de ses 70 années. Puis ont pesté, constatant qu'il n'y avait statutairement aucun moyen de le stopper. Alors, tous se lâchent. Un glacial " no comment ". Un ironique " on se demande sur la base de quelle légitimité il instaurerait le changement ". Un cinglant " on a besoin de penser collectivement et non individuellement ". Un ahuri " celle-là, personne ne s'y attendait ". Un indifférent " il ne m'inquiète pas ". Un non-Liégeois " ça nous a fait rire. Jaune ". Un prudent " on ne peut pas prendre un marteau et taper sur la tête de quelqu'un en lui disant : "vous ne pouvez pas vous présenter". " Les militants trancheront [...] mais je compte vraiment sur un sursaut ". Signé Elio Di Rupo, celui-là (1).
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Voilà ce qui arrive quand on s'édicte des règles sur mesure : elles finissent par s'appliquer à d'autres. Si Elio Di Rupo, sentant poindre sa limite d'âge, n'avait pas bricolé les statuts du PS pour autoriser les présidents de plus de 65 ans, José Happart n'aurait pas pu briguer la tête de la fédération socialiste liégeoise. A peine sa candidature proclamée, beaucoup se sont rués sur le règlement interne, histoire de vérifier la comptabilité de ses 70 années. Puis ont pesté, constatant qu'il n'y avait statutairement aucun moyen de le stopper. Alors, tous se lâchent. Un glacial " no comment ". Un ironique " on se demande sur la base de quelle légitimité il instaurerait le changement ". Un cinglant " on a besoin de penser collectivement et non individuellement ". Un ahuri " celle-là, personne ne s'y attendait ". Un indifférent " il ne m'inquiète pas ". Un non-Liégeois " ça nous a fait rire. Jaune ". Un prudent " on ne peut pas prendre un marteau et taper sur la tête de quelqu'un en lui disant : "vous ne pouvez pas vous présenter". " Les militants trancheront [...] mais je compte vraiment sur un sursaut ". Signé Elio Di Rupo, celui-là (1). " Je donne une publicité, une aura à cette élection ", se galvanise le hérisson fouronnais. Les piques glissent sur sa carapace. Il enchaîne plateaux télé et émissions radio, y va de son " Elio doit partir immédiatement ", hausse les épaules à l'évocation de ses casseroles judiciaires aéroportuaires. " Je sais comment on fait une élection. J'y vais pour gagner, confesse l'homme qui, jadis, engrangeait plus de 308 000 voix. Le mardi de la clôture des candidatures, à midi, j'ai téléphoné à la fédé. Il n'y avait toujours qu'un postulant. En plus - sans méchanceté - le porte-valise de l'équipe sortante. Rien n'allait changer. Ce n'était pas possible ! " Le porte-valise, aussi surnommé le favori, surtout nommé Jean-Pierre Hupkens. A peine Willy Demeyer avait-il annoncé sa démission que l'échevin liégeois de la culture s'avançait comme remplaçant potentiel. Ces deux-là sont amis, aucun ne le nie. " Mais personne ne peut imposer à Jean-Pierre une manière de faire ", assure le premier. " Je ne me sens pas instrumentalisé, réplique le second. Je ne crains pas d'avoir une belle-mère. Peut-être vais-je déchanter. Mais je pense qu'il y a une prise de conscience collective : si on veut renouer avec la victoire, ce sera ensemble. " Ces deux-là y croient et peut-être est-ce la vérité, mais personne ne les croit. " Nul n'est dupe ! Hupkens est piloté par Demeyer. Ce n'est pas un message de renouveau mais plutôt une volonté de garder le contrôle ", soupire-t-on pas loin du boulevard de l'Empereur. (Ne pas) être " l'homme de " offre en tout cas le soutien de l'axe Liège-Seraing, particulièrement peuplé de militants. Un gage de victoire. A moins que ? Odette - appelons-la ainsi -, conseillère communale de la périphérie, s'apprête à suivre la consigne donnée par son président d'USC (union socialiste communale), comme elle le fait à chaque scrutin. " On m'a dit de voter pour le petit jeune, là, j'ai oublié son nom ". Par élimination, ni José Happart, ni Jean-Pierre Hupkens (62 ans), ni même Jean Joris (60 ans), le vice- président de la section de Cheratte, qui préférait encore jouer au " kamikaze " plutôt que de cautionner qu'il n'y ait qu'un seul combattant. Le petit jeune, donc Thibaud Smolders. Echevin à Awans, avocat, 31 ans. C'est tombé sur lui mais ça aurait pu être l'un des cinq autres trentenaires qui se sont concertés avant de se lancer. Dont Déborah Géradon, la députée wallonne qui a renoncé à se présenter justement parce qu'elle était députée. Mais qui se " mouille pour rappeler aux militants que la fédération leur appartient ". Sérésienne, qui plus est, ce qui pourrait déforcer le fameux axe précité. Par ici les paris ! Jean-Pierre Hupkens et Thibaud Smolders ont bonne cote. Ceux qui avaient misé sur des mandataires de premier plan se sont plantés. Jean-Claude Marcourt avait d'emblée donné le ton, préférant se consacrer tout entier à son ministère. Idem pour Isabelle Simonis. Un temps citée, la députée-échevine Julie Fernandez Fernandez s'est rangée derrière la candidature de Jean-Pierre Hupkens " qui pourra ramener le parti à des valeurs de gauche dont il s'est éloigné trop souvent ". Jean-Pascal Labille était, lui, trop concentré sur les mutualités. Marc Bolland ne se voyait pas gérer la fédé " le samedi entre 10 et 11 heures ", entre son mayorat de Blegny et son boulot (et n'avait envie de laisser tomber ni l'un ni l'autre, ne fût-ce que financièrement parlant). Frédéric Daerden, déjà bourgmestre et député fédéral, s'est abstenu par manque de temps. Comment Willy Demeyer a-t-il donc fait pour combiner durant douze ans cette présidence, sa ville, le fédéral et ses douze autres mandats ? Pourtant, Jean-Claude Marcourt ne s'est pas trouvé trop occupé lorsqu'il a été nommé président de la coupole provinciale du parti. Isabelle Simonis s'est longtemps tâtée : son ministère l'accapare, " mais ses compétences, qui ne sont pas non plus les plus importantes du gouvernement, n'étaient pas incompatibles ", chuchote-t-on. Frédéric Daerden a aussi réellement hésité. Persuadé, avec une bonne organisation, de pouvoir tout gérer. Il sondait les soutiens par-ci, par-là. Il aurait même été prêt à devenir le vice-président d'Isabelle Simonis. " Il y a beaucoup d'insatisfaction mais, au moment de vérité, ça ne se traduit pas en candidature, observe un socialiste principautaire. C'est un peu étrange. " Ou finement joué de la part du tacticien Willy Demeyer. " Quand j'ai remis mon mandat, j'ai souhaité que les poids lourds fassent de même, confie-t-il. Il faut une césure plus nette entre les grands mandataires, qui sont dans le parti pour affirmer des positions, et la gestion, qui nécessite des compromis. " Pour s'assurer de la bonne compréhension de son message, plusieurs le soupçonnent d'avoir jeté " une petite peau de banane ", en sacrifiant simultanément son poste de député fédéral. Alors que lui donne l'exemple du décumul, qui aurait, au contraire, osé cumuler ? " Savonner la pente, ce n'est pas un signe de confiance, raille-t-on au-delà de la Cité ardente. La situation étant à ce point cadenassée, personne ne pouvait y aller. " " Celui qui se serait présenté aurait risqué un tir groupé contre lui, décrypte le politologue Michel Hermans (ULg). Le PS liégeois entre dans une période de transition où chacun va se repositionner et tenter de reprendre du poids pour rééquilibrer les rapports de force avec le Hainaut. " Tous les socialistes ne voient pas l'absence de leader comme un problème. " Installer un député à la présidence n'aurait peut-être pas été la chose à faire aujourd'hui, même si c'est la tradition depuis longtemps ", juge Paul-Emile Mottard, qui vient de remplacer André Gilles à la présidence du collège provincial. " Il n'y a pas eu de candidature pour bloquer le jeu et pour prendre le pouvoir. C'est très novateur. Pour une fois, on ne va pas parler des personnes, mais des idées ", se réjouit Marc Bolland. Cet observateur est moins optimiste. Pour lui, il y a deux types de présidents de fédération : " Ceux qui ont l'autorité pour prendre les choses en main, et ceux qui vont chercher leurs instructions ailleurs ". Inutile de préciser où il situe Jean-Pierre Hupkens et compagnie. Suivre le pouvoir pour débusquer le (vrai) chef. Les pistes ont longtemps mené vers le quintet Marcourt-Demeyer-Gilles-Mathot-Moreau, aujourd'hui démantelé par l'affaire Publifin. Ceux qui imaginaient l'émergence d'un autre club des cinq (version Marcourt-Demeyer-Daerden-Simonis-Labille) ont sans doute rêvé trop vite. Pas de candidature, pas de réorganisation hégémonique, même si les trois derniers cités sont en position de s'affirmer. " Je ne sais pas si je suis plus écouté qu'hier, mais en tout cas plus qu'avant-hier ", glisse Frédéric Daerden. Remarquez les deux constantes : Jean-Claude Marcourt et Willy Demeyer. Le premier reste relativement épargné par le scandale. Affranchi de certaines alliances passées, il est " enfin en position d'être libéré et de donner au parti ce qu'il aurait dû lui apporter depuis longtemps ", comme le pense Marc Bolland. Sa nomination récente à la tête de la coupole provinciale lui ajoute de l'épaisseur et de la hauteur. Les mains dans le cambouis (c'est par exemple lui qui a piloté le remplacement d'André Gilles), sans trop s'exposer. Puis Willy Demeyer, le patient joueur d'échecs. Celui qui " a une science du parti assez unique, qui en connaît les moindres rouages et qui sait lesquels activer pour faire avancer le paquebot ", dixit un édile. En plus d'avoir imposé le décumul, c'est lui qui a également encouragé la candidature jeune. Il est de toutes les réunions. Bref, il a la partie bien en main. Jean-Claude Marcourt et lui continueront à déplacer les pions. Le Boulevard de l'Empereur n'a pas envie d'intervenir - au nom de la sacro-sainte autonomie des fédérations. Du moins pas pour l'instant. " C'est clairement ce duo-là qui contrôle les opérations, mais ils n'ont pas l'air d'avoir compris l'ampleur du scandale, s'ils continuent comme ça, le PS liégeois pourrait ne pas se relever ", estime un camarade. D'aucuns craignent (espèrent ? ) une nouvelle manche, fatale aux deux survivants. Provoquée par la commission d'enquête ? De nouvelles révélations ? Les élections ? Alors, peut-être se concrétiserait un scénario à la carolo : un homme providentiel envoyé pour faire échec et mat. L'hypothèse n'est pas écartée. " Car Elio pourrait mourir à Liège. " Si, par un quelconque rebondissement électoral, José Happart s'emparait de la présidence liégeoise, il y aurait un volontaire pour appuyer sur la gâchette. (1) Sur les ondes de Bel RTL, le 23 mars.