A partir de ce mercredi, l'enseignement se déroulera 100% pour tous les élèves de secondaire. Une décision qui vise à maintenir tous les jeunes de plus de 12 ans chez eux afin de freiner la hausse actuelle de contaminations au coronavirus.
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A partir de ce mercredi, l'enseignement se déroulera 100% pour tous les élèves de secondaire. Une décision qui vise à maintenir tous les jeunes de plus de 12 ans chez eux afin de freiner la hausse actuelle de contaminations au coronavirus.Les écoles secondaires seront donc invitées à organiser des enseignements virtuels. Mais dans un bon nombre de cas, les profs devraient se contenter de donner de simples travaux photocopiés à réaliser à domicile. Dans la circulaire envoyée aux directions, la ministre de l'Enseignement, Caroline Désir mentionne qu'il "s'agit bien d'une suspension de la présence physique à l'école pour les élèves du secondaire durant ces 3 jours et non d'un congé supplémentaire. Il est demandé aux équipes éducatives de tout mettre en oeuvre pour proposer des travaux et un enseignement à distance pour les élèves pendant cette période, sous format numérique ou par toute autre modalité pertinente définie par leurs soins."Notons que les 9 et 10 novembre, qui suivront le congé de la Toussaint, auront, eux, le statut de congé. Même si de nombreuses écoles se sont dotées d'une plateforme numérique depuis la première vague pandémique, si certains profs se sont formés à ces outils, bon nombre d'élèves du secondaire n'ont pas accès chez eux au matériel informatique nécessaire pour un enseignement virtuel.Un répertoire des lieux accessibles aux élèves qui ne disposeraient pas de matériel ou de connexion à leur domicile afin qu'ils puissent suivre un enseignement à distance a donc été mis en place.Comment transmettre sans être face aux élèves, sans les voir en chair et en os ? Quelle quantité de travail envoyer pour ne pas les noyer ? Faut-il privilégier les cours en visioconférence, les vidéos mises en ligne ou bien les cours en PDF pour qu'ils aient une trace écrite ? Autant de questions auxquelles les enseignants sont à nouveau confrontés.Parce que, jusqu'alors, l'école et les professeurs estimaient tout simplement qu'ils n'en avaient pas besoin. L'institution scolaire privilégie toujours les cours en présentiel, magistraux, avec un enseignant face à un groupe d'élèves, tels qu'ils existent depuis des décennies. "Ce modèle date en réalité de la fin du XVIIe siècle, héritier des écoles chrétiennes de Jean-Baptiste de La Salle, note Bruno Humbeeck, psychopédagogue et chercheur à l'UMons, auteur deLes Leçons de la pandémie. Réinventer l'école ?(éd. De Boeck). Il est trop souvent devenu, pour des raisons historiques et de rentabilité économique, la norme pédagogique. "En clair, il s'est systématisé pour se donner les moyens de "prêcher" devant le plus grand nombre possible d'élèves.Or, donner cours à distance, ça ne s'improvise pas. Cet enseignement oblige à repenser, à scénariser complètement le cours et sa progression, en concevant des activités que l'apprenant peut faire à distance, tout en préservant des moments d'échange en direct et de retours sur ces exercices. A distance, il faut aussi anticiper les difficultés des élèves afin de ne pas les bloquer dans leur apprentissage, le temps d'obtenir une réponse ou une aide de l'enseignant. Tout en gardant à l'esprit que les enfants doivent travailler sans les contraintes scolaires, c'est-à-dire un horaire, une salle de classe, un prof... Ce qui exige de les y préparer eux aussi.Après la première vague, les profs qui concevaient déjà leurs cours en mode "classe inversée" sont sans doute ceux qui possèdent une culture de l'enseignement à distance et ceux qui s'en sont le mieux tiré. Un modèle qui pourrait rapidement se développer, tant il suscite actuellement un intérêt accru.Le principe, en bref : l'enseignant met les leçons à disposition sur des espaces numériques de travail (ENT) - des textes, des images, des capsules vidéo, des quizz, ou n'importe quel support de connaissances (un livre, par exemple). Avant le cours, chez lui (ou à l'école s'il ne dispose pas de matériel à la maison), l'élève visionne ou consulte le contenu des documents et intègre la théorie. L'intérêt du dispositif réside dans le temps d'échange libéré, avec un enseignant disponible, pour les travaux et les exercices. Ainsi, selon les résultats aux questionnaires, le professeur forme les groupes d'élèves qui vont travailler ensemble en classe.Diriger les devoirs à l'école ? Au fond, les élèves sont rarement en activité durant le cours et les enseignants se privent d'interactions réelles reflétant le niveau des élèves puisqu'ils ne les voient pas travailler... "L'enseignant devient le coach d'une communauté d'apprenants. Il ne débite plus son cours à un bloc d'élèves, expose Bruno Humbeeck. L'enseignant n'est pas un répétiteur, il est un propagateur de savoirs. Il n'est pas en classe pour "dire" des leçons, mais bien pour faire en sorte que les apprentissages se réalisent chez chaque élève à travers ce qu'il les invite à faire, entre eux, sous son regard qui les guide, et, avec lui, en s'appuyant sur son expertise." Pour le chercheur, une pédagogie inversée bien pensée permet même de réduire les heures de transmission, pour ne faire en classe que des activités significatives. Les études, bien que peu nombreuses, montrent des résultats positifs sur les élèves en difficulté. Sans être un remède miracle : celui qui ne fait pas ses devoirs chez lui n'aura pas plus envie de visionner un cours sur Internet. Et en classe, il ne profitera pas de la disponibilité de son enseignant puisqu'il devra d'abord regarder le cours.