CHARLES MICHEL - ÂGE : 43 ANS - POSITION : JOUEUR-ENTRAÎNEUR

Il se dit au-dessus de la mêlée. C'est de bon ton pour un chef de gouvernement sortant. Mais, sur le terrain, il brise des chevilles, tire tous les maillots qui passent, et hurle sur l'arbitre qui ne sifflerait pas comme il le veut. Premier ministre en affaires courantes et président du MR en campagne, Charles Michel joue là le match de sa jeune vie. Mais puisque la reconduction de son titre belge n'est pas certaine, il doit envisager, à l'issue du grand mercato qui suivra le 26 mai, la possibilité d'une qualification européenne : pour un ancien Premier, se retrouver simple ministre, fût-ce vice-Premier, dans le gouvernement suivant le sien, est perçu comme une relégation. Yves Leterme peut en témoigner. L'Europe, en revanche, peut à la fois faire office de promotion et de base de repli. Or, Charles Michel, comme chef de gouvernement en affaires courantes, sera personnellement associé aux négociations continentales qui désigneront les commissaires, le président du Conseil européen, ou le Haut représentant pour les Affaires étrangères de l'Union. Il sera joueur, entraîneur et manager du match de sa vie.
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Il se dit au-dessus de la mêlée. C'est de bon ton pour un chef de gouvernement sortant. Mais, sur le terrain, il brise des chevilles, tire tous les maillots qui passent, et hurle sur l'arbitre qui ne sifflerait pas comme il le veut. Premier ministre en affaires courantes et président du MR en campagne, Charles Michel joue là le match de sa jeune vie. Mais puisque la reconduction de son titre belge n'est pas certaine, il doit envisager, à l'issue du grand mercato qui suivra le 26 mai, la possibilité d'une qualification européenne : pour un ancien Premier, se retrouver simple ministre, fût-ce vice-Premier, dans le gouvernement suivant le sien, est perçu comme une relégation. Yves Leterme peut en témoigner. L'Europe, en revanche, peut à la fois faire office de promotion et de base de repli. Or, Charles Michel, comme chef de gouvernement en affaires courantes, sera personnellement associé aux négociations continentales qui désigneront les commissaires, le président du Conseil européen, ou le Haut représentant pour les Affaires étrangères de l'Union. Il sera joueur, entraîneur et manager du match de sa vie. A 50 ans, il débordait encore : l'ailier anglais Stanley Matthews est-il le modèle d'Elio Di Rupo ? Toujours en quête de trophées, le Montois a fait merveille comme meneur de jeu, distributeur de bons ballons et de chouettes mandats. Aujourd'hui excentré vers la gauche, il tentera de rentrer dans le jeu fédéral le 26 mai, comme il l'a toujours fait, mais un peu moins vite qu'avant : passement de jambe sur la pension à 65 ans, petite roulette sur l'impôt sur la fortune, aile de pigeon sur la réduction du temps de travail. Et après ? Au coup de sifflet final, il rêve de retrouver sa place au Seize. Mais personne n'en veut : pas de Flamands, même socialistes, et peu de Wallons, même socialistes. Il a dit qu'il quitterait la présidence du parti une fois les équipes types des gouvernements composées. Il n'est plus bourgmestre. Il ne serait pas Premier ministre. Il ne sera plus président du parti. Que lui resterait-il alors ? Ministre-président wallon ? Transféré en Europe par une subite clémence fédérale ? Le vieux wizzard of the dribble est son meilleur agent. Et il sait qu'il doit cacher son jeu. Tenir et ne jamais céder. Soutenus pas leurs jeunes ultras et très à l'aise dans leur chaudron, les verts encaissent, ces dernières semaines. Ils défendent, coupent les angles et se tordent de douleur à la moindre touchette. Zakia Khattabi tient le flanc gauche de la défense verte. Elle soutient Zoé Genot, porte un programme très à gauche sur le socio-économique et se soulage de la couverture offerte, à longueur de débats, par des socialistes plus prévenants que jamais. Si, au bout de ces interminables minutes d'arrêts de jeu, ils sont champions, leurs cocapitaines devront choisir. Et Zakia Khattabi, dont le précédent partenaire en défense centrale, Patrick Dupriez, a pris sa retraite une fois remportée la joute communale, a déjà annoncé qu'elle choisirait Bruxelles si Ecolo emporte le titre en première division régionale. Et sinon ? Ministre régionale ou vice-Première, c'est moins bien que ministre-présidente. Mais c'est déjà pas mal, non ? Tenir et ne jamais céder. Au dernier mercato, l'arrière-garde verte s'est renforcée d'un stoppeur d'expérience, un de ces costauds couverts de cicatrices qui vont au contact et qui rassurent ceux qui trouvent, surtout à droite, que le noyau souffre d'un manque d'autorité. Alors il colmate, va voir les patrons et les Wallons, botte en touche le plus souvent, renvoie la balle fréquemmenent, arrache le ballon parfois. Là, à la relance, il a le jeu devant lui. Celui de l'équipe, bien sûr, comme cocapitaine des verts. Mais le sien aussi, puisque Jean-Marc Nollet pourrait bien se payer le luxe de choisir son nouveau maillot : vice-Premier ministre, coprésident, voire ministre-président wallon. Et dire qu'une fin de carrière sans gloire ni jubilé lui avait été promise il y a cinq ans, y compris par d'aimables coéquipiers à tunique verte. Il y a deux manières d'occuper le milieu de terrain quand on n'est pas trop grand et qu'on ne saute pas très haut. Soit le ballon est au sol, donc on peut mettre le pied dessus, on distribue le jeu et tout se passe bien. Soit il est en l'air et on le regarde passer. Dans ce rôle épuisant d'opposant au kick and rush, Benoît Lutgen s'était époumoné à essayer de prendre et de garder le contrôle du cuir. Crevé, il s'est fait remplacer par Maxime Prévot. Leur équipe y a encore perdu en taille ce qu'elle a pu gagner en souffle, et elle est au bord de l'élimination. Mais de toute façon, Maxime Prévot prend ce triple scrutin comme un vrai pro aborde sa saison : match par match. Il faut dire qu'il a signé pour plusieurs années comme président de parti, et est bien installé dans son vestiaire de bourgmestre de Namur. Son avenir à lui est assuré. Pas celui de son club : ses derniers éléments vont-ils le quitter ? Il a chassé les ballons pendant des années, mais pas pour rendre à ses équipiers ceux qu'il avait arrachés à des adversaires toujours gauchers, non, plutôt pour les dégager rageusement en tribune en criant qu'il en avait marre de tous ces transferts étrangers qui envahissent notre championnat, et qu'il allait quitter le club si on ne revalorisait pas son salaire et si on ne le repositionnait pas en meneur de jeu. Il a choisi de quitter l'équipe où on le laissait pourtant, au fond, faire ce qu'il voulait au profit d'un nouveau club dont il est président, entraîneur, capitaine, meneur de jeu, soigneur et concierge. Mais s'il ne gagne pas, dimanche, il n'aura rien perdu. Surtout pas le temps de jeu accumulé sous son précédent maillot, et qui lui donne droit à la rémunératrice retraite d'un sportif de haut niveau. Pilier discret de la défense rouche, Jean-Claude Marcourt n'a plus l'allant de ses vertes années. Toujours fort copain avec les sponsors du club, il veut néanmoins cette fois-ci réussir les tests électoro-médicaux et dans la foulée signer le contrat auquel il aspire sans jamais l'avoir obtenu, depuis dix ans. S'il échoue à enfiler le maillot de ministre-président, il devra se contenter de retourner au poste qu'il occuperait aujourd'hui depuis quinze ans si Benoît Lutgen n'avait pas, un de ces jours de juin 2017, décidé d'offrir une balle de but à Willy Borsus, l'adversaire devenu équipier. L'arrière gauche rouche ne se verrait pas ailleurs, même pas à la retraite, et ses équipiers et ses adversaires non plus. Et pourtant... Il en reste peu, dans les tribunes, pour encore crier " Allez les bleus ", mais Didier Reynders, lui, tient sa ligne de près, là-bas, sur le flanc droit, sans paraître atteint par le grondement de foules rageuses. Il a même parfois un drôle de petit sourire en coin, quand il reçoit le ballon. Il la serre de si près, en fait, sa ligne, qu'après avoir débordé depuis tant d'années, au prix parfois de spectaculaires dérapages, et après avoir invraisemblablement évité les tacles qui auraient mis n'importe qui sur la touche, tout le monde se demande s'il ne va pas, cette fois, encore se déplacer vers la droite, et passer, en franchissant la ligne, des affaires extérieures à l'extérieur des affaires, grâce à un lucratif transfert au Conseil de l'Europe. Car oui, il est candidat à un transfert, comme toujours. S'il le loupe, comme toujours, il reviendra sur sa ligne et tentera, comme toujours, d'aller tout seul marquer le but dont il rêve depuis 2007. En vain. Comme toujours. Depuis vingt-cinq ans, il traîne dans les surfaces de réparation un French flair si travaillé qu'il en a des airs de réflexe. Sa rupture de contrat avec les bleus, en 2011, avait fait craindre le pire à l'équipe d'Olivier Maingain. Mais il a habilement noué un accord avec les rouges, qui a assuré les amarantes du maintien en première division bruxelloise, et on ne voit pas pourquoi le contrat ne tiendrait pas une saison de plus. Alors, aujourd'hui, alors que la fin de la partie est proche, il se dit qu'il est bien tranquille, Olivier Maingain. Il se dit que la retraite est au bout du terrain, et qu'après il faudra laisser la place aux jeunes, notamment à son fils, dont il a soigné la formation. N'empêche, pour cette dernière aux airs de benefit match, il leur montrera quand même qu'il est le plus fort, en marquant plein de voix sur une liste européenne qu'il porte seul. Et puis, il fera son tour d'honneur. Et puis vestiaire.Au PTB comme chez les Diables Rouges, on joue en 3-5-2, avec un seul homme pour occuper tout le flanc gauche, du nord au sud du terrain. Leur ailier polyvalent a l'accent liégeois. Mais Raoul Hedebouw ne pourra pas faire ça toute sa vie, et a déjà manifesté plusieurs fois des signes d'essoufflement. Et la tactique peut être efficace, mais, Roberto Martinez en témoigne, elle peut aussi présenter de forts déséquilibres. Alors, pour préserver le Roberto Carlos du Thier-à-Liège, mais aussi pour dédoubler leur flanc gauche, et offrir aux offensives de la droite une défense solide et des contres percutants, les Rode Duivels du PTB veulent, le soir du 26 mai, faire monter leur président, l'Anversois Peter Mertens, sur la pelouse parlementaire. Pour enfin, après quarante années d'entraînement discret sur des petits terrains boueux, aller marquer un goal devant la tribune nord, pleine de supporters qui chantent. En flamand.Avec le talent de Pelé et l'ancrage de Rik Coppens, il a tout gagné ou presque, portant sur ses robustes épaules une équipe jaune et noir que personne n'avait imaginée si haut. Aujourd'hui, il a annoncé vouloir donner une nouvelle dimension à sa carrière. S'il devient capitaine de l'équipe régionale flamande, Bart De Wever devra se trouver un successeur à Anvers, où plusieurs équipiers ont lancé leurs appels de balle, mais aussi à la présidence de la N-VA, qu'il occupe, en dehors du temps réglementaire, depuis quinze ans. On a même parlé de Theo Francken, malgré sa technique parfois rudimentaire. Mais Bart De Wever, au fond, se fiche de son successeur comme son premier ballon. Ce qui compte désormais pour lui, c'est de pourrir le match belge. Et espérer que les adversaires se lassent. Qu'ils déclarent forfait. Que les supporters détruisent le stade. Et qu'on lui laisse enfin son demi-terrain à lui tout seul, pour jouer seulement avec ses petits copains en jaune et noir.