La vie, dit-on, est une question de choix. Olivier Maingain et Elio Di Rupo ont dit choisir de partir bientôt. Pourtant, ils sont là depuis si longtemps qu'ils semblent éternels, comme ce sourire tendu par quatre-vingt-cinq élastiques mentaux de l'un et cet oeil gauche qui cligne à chaque boutade de l'autre. Pourtant, comme pour confirmer l'intuition de Flaubert qui disait qu'il n'y a rien qui ne devienne beau à force d'être regardé, cette longévité aux allures d'éternité leur a offert une formidable popularité. Mais ils vont partir. Ils l'ont répété et martelé avec ce mélange de fermeté et d'indignation qui est l'apanage de ceux qui craignent de n'être pas crus. C'est juré. Dans une grosse année, Olivier Maingain ne sera plus président de DéFI, et Elio Di Rupo ne sera plus président du Parti socialiste. Ils vont quitter ces bureaux qu'ils occupent depuis tant d'années qu'ils en sont les plus vieux meubles, et ces présidences qu'ils incarnent depuis si longtemps que leur visage fait lieu de logo.
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La vie, dit-on, est une question de choix. Olivier Maingain et Elio Di Rupo ont dit choisir de partir bientôt. Pourtant, ils sont là depuis si longtemps qu'ils semblent éternels, comme ce sourire tendu par quatre-vingt-cinq élastiques mentaux de l'un et cet oeil gauche qui cligne à chaque boutade de l'autre. Pourtant, comme pour confirmer l'intuition de Flaubert qui disait qu'il n'y a rien qui ne devienne beau à force d'être regardé, cette longévité aux allures d'éternité leur a offert une formidable popularité. Mais ils vont partir. Ils l'ont répété et martelé avec ce mélange de fermeté et d'indignation qui est l'apanage de ceux qui craignent de n'être pas crus. C'est juré. Dans une grosse année, Olivier Maingain ne sera plus président de DéFI, et Elio Di Rupo ne sera plus président du Parti socialiste. Ils vont quitter ces bureaux qu'ils occupent depuis tant d'années qu'ils en sont les plus vieux meubles, et ces présidences qu'ils incarnent depuis si longtemps que leur visage fait lieu de logo. Ils vont partir, mais quand même, pas si vite. Parce qu'un homme de pouvoir ne se résout jamais à partir que s'il ne peut pas le choisir, et que s'il peut le choisir, il le fera le plus tard possible, ils ne partiront qu'après une dernière longue séquence. Les communales en octobre 2018, puis les régionales, législatives et européennes en mai 2019, puis, surtout, les éventuelles négociations gouvernementales, enfin, devront leur permettre d'encore pouvoir choisir si elles ne les obligent pas à déguerpir. C'est la dernière étape de deux longs chemins présidentiels. Elle sera décisive pour le bilan de deux vies politiques qui ne sont pourtant pas finies. Olivier Maingain aura été le président qui aura repris un parti déjà mort. En 1995 en effet, le trépas du FDF est proclamé de toutes parts. Le parti régionaliste bruxellois, dominant dans les années 1970, a traversé les années 1980 comme un malade, et entamé les années 1990 comme un zombie. Cette famille de partis, disent alors les politologues, est en Belgique " victime de son propre succès ". L'Etat étant devenu fédéral, à quoi servent encore des formations fédéralistes comme le Rassemblement wallon, alors déjà disparu, ou la Volksunie, aussi malade que son adversaire et homologue amarante ? Quand Antoinette Spaak et Georges Clerfayt cèdent les clés du parti à Olivier Maingain, jeune échevin de la Ville de Bruxelles, la formation de la chaussée de Charleroi ne semble pouvoir espérer, au mieux, qu'à flanquer une fédération de centre-droit articulée autour d'un parti libéral dans lequel, au pire, elle se dissoudra. Aujourd'hui pourtant, après sa spectaculaire sécession d'avec le MR en 2011, après la constitution d'un axe privilégié avec le Parti socialiste après 2014, puis la transformation en DéFI en novembre 2015 et l'été de grâce 2017, Olivier Maingain a remis les pétales amarante au centre du tapis de fleurs bruxellois. Elio Di Rupo, lui, aura été le président qui aura repris un parti à peine sauf. En 1999 en effet, le PS quitte hagard une décennie infernale, qui avait commencé par l'assassinat, sur un parking de Cointe, d'un ministre d'Etat et se terminait par une raclée électorale, ne s'épargnant même pas entre-temps l'horreur absolue de calomnieuses accusations de pédophilie. La suivante, celle d'Elio Di Rupo président, vit le PS francophone s'ériger en anomalie dans un paysage social-démocrate européen en perdition. La suivante encore fit d'Elio Di Rupo un Premier ministre, poste réputé inaccessible pour un socialiste wallon. C'est dire si le Montois tenait alors bon, et si son parti semblait bien alors tenir le coup. Mais le renvoi dans l'opposition fédérale en 2014, les affaires Publifin et Samusocial en 2016 et 2017, puis le renvoi dans l'opposition wallonne en 2017 ont fait dire à certains observateurs qu'en fait d'anomalie continentale, le PS d'Elio Di Rupo avait simplement traversé une agonie plus lente que ses frères européens. " Le PS peut mourir ", avait d'ailleurs lancé Paul Magnette, politologue de renom, successeur présumé d'Elio Di Rupo et sauveur putatif du socialisme démocratique, un lundi matin du printemps 2017, aux membres stupéfiés d'un dramatique bureau de parti. Ceci fait qu'à la veille de leur dernière rentrée et sous peine d'entacher rudement leur bilan, Elio Di Rupo doit stabiliser, Olivier Maingain doit consolider. Et que le destin collectif, qui orientera la façon dont leur personne sera jugée, dépend, ça tombe bien, de comment leur personne se comportera pendant et après les communales. Olivier Maingain prend, des deux présidents, le moins de risques. Il l'a juré : s'il prolonge son bail de bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert en octobre, il ne sera candidat nulle part en mai 2019. " C'est irrémédiable, très net, et ce sera appliqué de manière générale dans tout notre parti ", disait-il en juin dernier à nos confrères de L'Echo. Cette tranquille prolongation de bail ne faisant aucun doute, cette fermeté affichée oblige surtout les autres à des choix difficiles. Ses camarades de parti en effet, les Clerfayt surtout, les Gosuin aussi, le petit Maingain, pourquoi pas ? se voient ainsi forcés de se choisir entre un destin municipal et un avenir parlementaire. Une fois ces choix imposés, le président peut poser les siens. Et placer les siens : moins de cumul, c'est plus de places à distribuer à la jeune génération notamment, les Sophie Rohonyi, présidente de DéFI-périphérie pressentie au fédéral, les Michael Vossaert, président de DéFI-Bruxelles, et le petit Maingain, pourquoi pas ? A Mons, Elio Di Rupo a dû choisir, et la succession lui a été imposée. Il a dû céder à Nicolas Martin la tête de la liste PS. Martin, président de la fédération d'arrondissement, a renversé le rapport de force socialiste à son profit. Sous la menace d'un poll pour la tête de liste dont Di Rupo serait, vainqueur ou pas, sorti abîmé, celui-ci s'est résolu à accepter la dernière place. Et à renoncer en fait au mayorat de Mons. Mais puisque ne plus paraître choisir, en politique, c'est un peu mourir, Elio Di Rupo fait campagne comme rarement. Car s'il bat Nicolas Martin, il pourra décider de rester bourgmestre ou pas, ou plutôt faire croire qu'il décide seul de ne pas le rester. S'il ne le bat pas, il devra tenter de faire croire qu'il n'a pas vraiment fait campagne. " On plante un clou à Mons et il est là ", raconte d'ailleurs un socialiste naïf, qui pensait le voir se résoudre à soutenir une liste menée par un autre. Arriveront alors ces élections de mai où Olivier Maingain, avant et après, veut poser ses choix à la place des autres, et où Elio Di Rupo voudra imposer les siens aux siens. Car si l'un n'ira au scrutin qu'avec la volonté de faire monter ses favoris de la nouvelle génération, l'autre s'y rendra avec une idée plus personnelle dans le fond de la tête. C'est en effet un grand secret que tout le monde se répète, au boulevard de l'Empereur, qui prête au président la volonté mal cachée, après les législatives, d'endosser encore cette cape empoussiérée de sauveur du pays pour remonter au 16, rue de la Loi. Ce chemin incertain vers les étoiles passe par un triomphe électoral personnel, sans doute comme tête de liste européenne, et puis par l'installation d'un gouvernement fédéral sans la N-VA, probablement consécutive à de difficiles négociations. Mais aussi, avant cela, par une conservation du fragile équilibre interne qui a maintenu Elio Di Rupo à la présidence. Le Montois sera tenu par cet équilibre antérieur au moment de choisir les éventuels ministres socialistes. Le Woluwéen, lui, pourra composer le casting en n'ayant que sa succession à l'esprit. Car, enfin, si l'on dit d'eux qu'ils ne sont finalement pas éternels, et que donc ils vont bien devoir s'en aller, c'est bien pour que d'autres arrivent. C'est ce successeur qu'il faudra choisir. Olivier Maingain n'a jamais été aussi dominant. Il a ces dernières années renforcé ses positions alors que sa dernière élection présidentielle, en 2015, avait été compliquée (61 % des suffrages contre 22 % à Bernard Clerfayt et 16 % à Christophe Magdalijns). Ses bonnes fortunes personnelles et l'heureuse tenue de DéFI dans les sondages ont élimé les griffes des contestataires, anciens (dont Bernard Clerfayt et Didier Gosuin) et nouveaux (dont Emmanuel De Bock). Le futur président devra, déclarait Olivier Maingain au début de l'été à nos confrères de La Libre, " être au coeur de la vie parlementaire fédérale ". Cela tombe assez bien : puisque le futur bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert a déjà choisi de quitter la vie parlementaire fédérale, et qu'il pourra donc choisir qui y entrera à sa place, il devrait aussi pouvoir décider souverainement de l'identité de son successeur/sa successeure, qui n'aurait alors, attention, que l'adoubement comme légitimité. Elio Di Rupo, lui, a rarement été aussi tangent alors qu'il n'a jamais été contesté à une élection interne. Son successeur auparavant désigné, Paul Magnette, l'a désormais dépassé dans les baromètres de popularité, et l'ancienne harmonie a cédé la place à une sourde inimitié. Le Carolo a déjà affirmé qu'il se présenterait, quelle que soit la configuration, au prochain scrutin présidentiel. Or, beaucoup des cadres avec lesquels Elio Di Rupo a pactisé pour rester à la présidence sont désormais hostiles à Magnette, eux aussi. Une contre-candidature n'est donc pas à exclure. Une guerre de succession non plus. L'exil d'un vaincu encore moins. Ainsi arrive la dernière rentrée politique de deux présidents éternels. Un des deux a renoncé a être bourgmestre mais ne le dit pas, un autre n'y a pas renoncé et l'a dit, l'un se rêve encore un destin national, l'autre pas. Mais les deux veulent encore pouvoir choisir. C'est donc qu'ils ne sont pas morts. Ils ne le seront toujours pas dans un an non plus.