Des paysages politiques très différentes en Flandre et du côté francophone, avec des nuances significatives entre la Wallonie et Bruxelles. Les résultats de ce dimanche montrent que la Belgique est plus, que jamais, un pays confédéral, dans les faits. La marée brune en Flandre sème, en outre, le trouble, avec des menaces de rupture du cordon sanitaire. "La situation est grave", dit-on au Sud du pays, certains socialistes mettant même en garde contre une possible "crise de régime". Au Nord, la N-VA reconnaît sa défaite, mais reste au centre du jeu, prend la main et annonce qu'elle va consulter tout le monde, y compris le Vlaams Belang. En insistant sur l'identité flamande.

Est-ce la rupture finale ? Va-t-on vers le confédéralisme, avec des majorités à ce point différentes dans les Régions qu'elles ne pourraient se retrouver au fédéral qu'autour d'une réforme de l'Etat ? C'est possible et c'est même probable. Le parti de Bart De Wever va sans doute miser sur ce scénario. Avec un bras de fer à la clé. A l'issue de ce scrutin "décoiffant", tout le monde souligne à quel point il sera compliqué de concilier l'eau et le feu à l'échelon belge. Il faudra du temps pour trouver une formule susceptible de sortir de l'ornière. Et pendant ce temps, les majorités régionales pourraient se mettre en place d'ici à la mi-juillet. Comme une version anticipée du confédéralisme.

Mais la Suédoise risque de ne plus être un recours. Le Premier ministre sortant, Charles Michel doit faire ses comptes - rendu compliqués par la lenteur du dépouillement du côté francophone. Au vu de la répartition provisoire en sièges, il a raté son pari. L'été dernier, il affirmait à qui voulait l'entendre que le contexte au sortir de ce scrutin de mai 2019 ne serait pas très différent de celui de mai 2014. A savoir : des majorités "les plus progressistes possibles" pourraient être installées assez rapidement en Wallonie et à Bruxelles. Les socialistes, les écologistes et les humanistes ont déjà affirmé qu'ils refuseraient de parler avec la N-VA au fédéral. La seule formule mathématiquement possible susceptible d'éviter un long blocage ou une réforme de l'Etat, en entendant le signal lancé en Flandre, aurait pu être... une majorité suédoise bis au fédéral. Mais elle n'aura visiblement pas la majorité à la Chambre, même pas avec le soutien du CDH - qui a par ailleurs déjà refusé de le faire.

Alors ? Pour éviter le confédéralisme, une grande union nationale des écologistes, des socialistes, des sociaux-chrétiens et des libéraux risque d'être indispensable. Ce serait un signal fort pour faire barrage au nationalisme flamand et aux extrémismes tant de droite que de gauche. Mais ce serait aussi une coalition contenant plusieurs perdants, surtout en Flandre, allant à l'encontre de la volonté d'une large partie de la population du Nord du pays. La N-VA, pour sa part, a déjà annoncé qu'elle s'opposerait à toute coalition fédérale ne disposant pas de la majorité en Flandre.

Vous vous rappelez de la crise des 541 jours, en 2010-2011 ? Nous sommes peut-être repartis pour une gloire du même type.