"Nous n'entendons pas nous soustraire aux obligations (fixées par les règles européennes), ni demander de dérogations ou de concessions par rapport aux règles", assure le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, tout en soulignant "l'urgence et la nécessité de lancer une discussion" au sein de l'Union européenne afin de mettre en place une "profonde révision" des règles économiques. "L'équilibre des comptes publics (...) ne peut constituer l'unique paramètre de référence de la politique économique et sociale", affirme-t-il dans une lettre de six pages envoyée au président de la Commission, Jean-Claude Juncker, au président du conseil européen, Donald Tusk, et aux Etats membres mercredi soir, et publiée jeudi matin sur sa page Facebook. M. Conte précise d'ailleurs que, malgré la conjoncture économique difficile, le solde budgétaire sera meilleur qu'anticipé grâce à des recettes plus élevées que prévu et des dépenses moindres. Si ce chiffre n'est pas mentionné dans la lettre, M. Conte a récemment assuré que Rome pouvait limiter à 2,2% son déficit public cette année, soit moins que les 2,5% prévus par la Commission européenne et les 2,4% prévus par son gouvernement précédemment. Les deux grandes réformes menées par le gouvernement de coalition de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) - le revenu de citoyenneté et le possible départ anticipé en retraite - ont coûté moins que prévu en raison d'un nombre de demandes inférieures aux anticipations. "Pour 2020, le gouvernement répète qu'il entend améliorer de 0,2 point le solde budgétaire structurel", écrit-il encore. L'Italie, en tant que pays fondateur de l'UE, est prête, dit-il, à "un dialogue ouvert et constructif avec la Commission européenne", comme il l'avait fait en décembre 2018, lors d'une dure négociation avec Bruxelles au sujet de son budget 2019. La société civile montre "des signes croissants de souffrance", qui a "ses origines dans les politiques d'austérité mises en place cette dernière décennie", assure-t-il, plaidant pour un changement. Selon lui, comme le montre la Grèce, "le choix de limiter l'action de gouvernance au respect exclusif et rigoureux des règles budgétaires, sans prendre en compte son impact social (...) se révèle dramatiquement contreproductif". Il demande donc que le "bien-être économique et social des citoyens" soit mis au centre des politiques. La Commission européenne a ouvert la semaine dernière la voie à des sanctions financières contre l'Italie en estimant qu'une procédure disciplinaire était "justifiée" à cause de sa dette colossale (2.300 milliards d'euros), que le gouvernement laisse filer. Elle pourrait formellement proposer d'ouvrir cette procédure mardi, mais celle-ci ne sera effective qu'au terme d'un processus complexe nécessitant l'approbation des autres Etats membres. L'ouverture d'une "procédure pour déficit excessif" peut aboutir à terme à des sanctions allant jusqu'à 0,2% du PIB italien, soit environ 3,5 milliards d'euros. La Commission s'inquiète de voir la dette italienne atteindre de nouveaux records: après 132,2% du PIB en 2018, elle devrait s'élever à 133,7% en 2019 et 135,7% en 2020, soit largement au-delà des 60% du PIB fixés par les règles européennes. Il s'agit du deuxième ratio le plus élevé dans la zone euro, derrière la Grèce. (Belga)