A droite, Alain Destexhe, trublion du MR et chantre de l'expression libérale décomplexée. A gauche, Marc Goblet, ciment de la FGTB et apôtre d'un syndicalisme de combat face au grand capital. Les deux hommes n'ont rien à voir l'un avec l'autre. C'est même l'eau et le feu. Tout les oppose, à commencer par leur personnalité. Le premier est un dandy version Cercle de Lorraine, ancien Médecin sans frontières qui aime plaire, fréquenter les lieux mondains et voyager à travers le monde. Le second est chauffagiste, brut de décoffrage, un ouvrier habité par le syndicalisme de...

A droite, Alain Destexhe, trublion du MR et chantre de l'expression libérale décomplexée. A gauche, Marc Goblet, ciment de la FGTB et apôtre d'un syndicalisme de combat face au grand capital. Les deux hommes n'ont rien à voir l'un avec l'autre. C'est même l'eau et le feu. Tout les oppose, à commencer par leur personnalité. Le premier est un dandy version Cercle de Lorraine, ancien Médecin sans frontières qui aime plaire, fréquenter les lieux mondains et voyager à travers le monde. Le second est chauffagiste, brut de décoffrage, un ouvrier habité par le syndicalisme depuis toujours, ancré dans le sol wallon, échevin PS à Herve dans le passé.Leur positionnement idéologique, ensuite. Destexhe est la caution droitière du MR, qui empêcherait certains électeurs libéraux de se tourner vers le Parti populaire. Un homme qui défie les tabous. Goblet est le gardien du temple gauchiste de la FGTB, sa porte ouverte aux militants tentés par le PTB. Un partisan du Front des gauches. Pourtant, les deux hommes ont des choses en commun. Tous deux incarnent une rébellion interne à leur propre camp et adoptent un franc-parler à la lisière de la radicalité. En Wallonie et à Bruxelles, ils sont devenus des phénomènes. Des épouvantails, brandis pour caricaturer l'autre camp. Marc Goblet est devenu le "meilleur ennemi" de la coalition suédoise de Charles Michel, qui le présente tour à tour comme le "porte-parole d'Elio Di Rupo" ou l'adepte d'un "radicalisme syndical". Alain Detexhe est, lui, le repoussoir idéal pour le PS à Bruxelles, Laurette Onkelinx n'ayant pas hésité à le ranger parmi les "tapés" du MR. Tous deux multiplient les polémiques. Pas toujours consciemment, tant ils sont obnubilés par leur combat. Et avec le sentiment d'être raillés ou boycottés par les médias.Quand Goblet s'étonne que les étudiants ne trouvent pas de solution alternative pour se rendre à leurs examens, en pleine grève, il choque. Quand il cautionne la fronde des services publics pour "faire tomber le gouvernement Michel", il prend le risque de déranger les modérés de son camp pour garder la main sur les plus radicaux de ses membres.Quand Destexhe évoque, sur les réseaux sociaux, les "amis norvégiens" de sa collègue Marion Lemesre, ou la "fille voilée de la RTBF", il heurte. Quand il se déclare fan de Bart De Wever, il rejoint ceux qui, en Wallonie et à Bruxelles, aiment la radicalité de la N-VA.Si on leur reproche parfois ces excès au sein de leurs instances, c'est à demi-mots. Car ils ont su se rendre indispensables et populaires auprès de ceux qui dénoncent le "politiquement correct". Electoralement, Destexhe cartonne à Bruxelles. Syndicalement, Goblet consolide la FGTB dans ces temps difficiles. Ce sont des têtes de turc et des idoles. Des emmerdeurs magnifiques. Dans de longs entretiens au Vif/L'Express, ils répondent aux critiques. Et assènent leurs vérités.