Dans des rapports diffusés séparément, les deux ONG accusent la Turquie d'avoir contraint, "par la tromperie ou la force", des Syriens à signer un document attestant de leur souhait de rentrer "volontairement" en Syrie. Selon Amnesty, des policiers ont piégé des Syriens en leur affirmant qu'en signant ce document, rédigé en turc et qu'ils ne pouvaient donc lire, ils exprimaient leur volonté de rester en Turquie ou confirmaient qu'on leur avait bien fourni une couverture. Pour Anna Shea, une chercheuse d'Amnesty citée dans le rapport, "les retours ont été tout sauf sûrs et volontaires". "Désormais, ce sont des millions de réfugiés syriens qui sont en danger", ajoute-t-elle, appelant à "mettre un terme aux retours forcés". Amnesty dit avoir recensé "20 cas confirmés" d'expulsions forcées, mais estime que leur nombre est "vraisemblablement de plusieurs centaines". Human Rights Watch souligne pour sa part avoir recueilli les témoignages de 14 Syriens affirmant avoir été expulsés entre janvier et septembre à Idleb, une province du nord-ouest de la Syrie visée par des bombardements du régime de Damas et de son allié russe ces derniers mois. Le 9 octobre, la Turquie a déclenché une offensive dans le nord-est de la Syrie visant une milice kurde qu'elle qualifie de "terroriste". Cette opération militaire est la troisième effectuée par Ankara au sud de sa frontière depuis 2016. Selon la Turquie, l'objectif premier de ces incursions est d'établir une "zone de sécurité", qui doit à terme accueillir une partie des quelque 3,6 millions de réfugiés syriens que ce pays abrite depuis le début du conflit, en 2011. La Turquie souhaite que deux millions d'entre s'installent dans la "zone de sécurité" qu'elle veut mettre en place le long de sa frontière. A plusieurs reprises, le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est voulu rassurant sur le caractère "volontaire" des retours en Syrie. Le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères Hami Aksoy a rejeté les accusations des ONG. (Belga)